Les médias français à l'assaut des bloqueurs de publicités

31/03/16 à 12:39 - Mise à jour à 16:04

Pendant une semaine, plusieurs sites de grands médias français ont pris des mesures pour encourager leurs lecteurs à abandonner leur bloqueur de publicités, qui constituent toujours le revenu principal de la presse en ligne.

Les médias français à l'assaut des bloqueurs de publicités

© Youtube / Thomas Greiner

C'est un véritable combat contre les bloqueurs de publicité qu'ont mené bon nombre de sites de médias la semaine dernière. Le site du Monde, du Point, de l'Express, du Figaro et de l'Equipe notamment ont lancé une campagne de sensibilisation initiée par le GESTE, l'association professionnelle des éditeurs de contenus.

Depuis l'instauration de l'opération, les lecteurs voient apparaître de multiples messages les incitant à désactiver leurs bloqueurs de publicité, qui prennent soit la forme d'un avertissement dès l'arrivée sur le site proprement dit, comme surlemonde.fr par exemple (et qui nous explique comment procéder) soit en brouillant volontairement la clarté des articles, rendant le contenu flou, comme sur le figaro.fr. Sur le site de L'Express, les éditeurs ont décidé d'inciter les "Adblockés" à renoncer à l'utilisation du logiciel de manière pédagogique en échange de quoi ils s'engagent à diminuer la gêne provoquée par l'intrusion de certains messages.

1 personne sur 3 utilise un bloqueur de publicités en France

Selon une étude Ipsos réalisée au début du mois de mars, 3 personnes sur 10 utiliseraient un "Adblocker", et ça grimpe même à plus de 5 sur 10 pour la tranche 16-24 ans.

Généralement, ils avouent ne pas être contre le modèle économique à proprement parler, mais pestent plutôt sur la manière dont la pub leur est "imposée", ce qui les pousse à les bloquer. Les internautes préfèrent voir de temps en temps apparaître des messages demandant de désactiver leur bloqueur de publicité plutôt que de voir arriver en masse des pop-up publicitaires sur l'écran. Il s'agirait alors ici plus de convivialité que d'une levée de bouclier contre le système en lui-même. 85% trouvent que la publicité en ligne est une nuisance, 71% une source d'agacement. Les médias peuvent souffler concernant le blocage sur mobile : à peine 22% des sondés y ont recours. De plus, 56% des personnes interrogées avouent désactiver leur "Adblocker" pour accéder à certains contenus.

"Une question de survie"

Selon un article de l'Express, "les bloqueurs de publicité menacent la survie même des sites d'informations et mettent à mal un système économique déjà fort fragile". Cette action a pour volonté d'expliquer que débloquer ces logiciels est une "question de survie", dans un monde où les annonceurs se font plus rares et où les formules d'abonnements aux sites en ligne peinent à vraiment décoller et rapporter de l'argent.

Selon un rapport d'Adobe et PageFair, le manque à gagner pour les sites en ligne se chiffre à 20 milliards d'euros en 2015. On estime à 200 millions le nombre d'utilisateurs de ce type de logiciels. Les sites web, qui ont misé sur la gratuité de leur contenu, sont extrêmement dépendants des revenus publicitaires, essentiels pour subsister, pour proposer du contenu de qualité et pour payer ses journalistes.

Certains sites français comme Les Echos ou Voici avaient déjà proposé aux internautes une alternative à leur "Adblocker", en le remplaçant par un autre logiciel de filtrage des publicités qui ne laisse apparaître qu'une et une seule annonce par page.

Des solutions existent

Nombreux sont ceux qui proposent que les médias repensent la manière dont ils présentent la publicité sur leurs sites, pour qu'elle devienne moins invasive. C'est ce que préconise le navigateur "Brave", un projet initié par un ancien de Firefox, Brendan Eich, qui remplace des publicités par d'autres publicités, c'est-à-dire bloquer les contenus intrusifs ou indiscrets sans pour autant renoncer à la publicité en général. Autrement dit, au revoir les pop-up et les cookies. Le navigateur utilise un robot qui repère les espaces publicitaires standards sur une page consultée et y injecte de la publicité "acceptable".

Une autre proposition émane de Maurice Lévy, président du directoire de Publicis (3e plus grand groupe de communication au monde), qui suggère sur le site du Monde "que le consommateur puisse cocher les cases de la pub qui l'intéresse et bénéficier d'une "compensation financière" pour l'utilisation de ses données personnelles".

En attendant, un logiciel comme "Adblock" est toujours aussi populaire. Des grandes entreprises américaines comme Google, Amazon et Microsoft ont même passé des contrats juteux avec le logiciel pour qu'ils ne rendent plus invisibles leurs contenus. De plus, vu le peu de plaintes à son encontre (même si beaucoup de groupes de presse allemands notamment l'ont attaqué, mais sans succès, le logiciel gagnant tous ses procès), le jour où il disparaîtra semble bien lointain.

Maxime Defays

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