Le vrai héros de Gaza reçoit le prix de P&V de la citoyenneté à Bruxelles

30/11/12 à 07:39 - Mise à jour à 07:38

Source: Le Vif

Le Dr Izzeldin Abuelaish reçoit, à Bruxelles, le prix P&V de la citoyenneté. Ce médecin palestinien, qui a perdu trois filles dans l'opération Plomb durci en 2009, croit encore au dialogue avec les Israéliens.

Le vrai héros de Gaza reçoit le prix de P&V de la citoyenneté à Bruxelles

© Khalil Hamra/Reporters

Le jury du prix de la Citoyenneté de la Fondation P&V n'aurait pas pu désigner un lauréat 2012 plus ancré dans l'actualité. Le médecin palestinien Izzeldin Abuelaish est honoré ce jeudi à Bruxelles, une semaine après la fin de la dernière confrontation entre Israël et le Hamas palestinien dans la bande de Gaza (voir en page 74). Le 16 janvier 2009, son cri de détresse et de colère secoue les consciences : il vient de perdre trois de ses filles et sa nièce dans un bombardement de Tsahal lors de l'opération Plomb durci et il crie toute son incompréhension sur les antennes de la télévision israélienne.

Premier médecin palestinien à être autorisé à exercer en Israël, il est connu comme un homme de dialogue. Cela n'aura pas permis d'épargner sa famille. Pourtant, Izzeldin Abuelaish ne versera jamais dans la haine des Israéliens et verra au contraire confortée son aspiration inlassable à la paix. "Le mal - notre ennemi - c'est l'ignorance de l'autre", écrit-il en conclusion du livre qu'il a tiré de son expérience, Je ne haïrai point (1). L'opération Pilier de défense l'a démontré, on est encore loin de la quête de "la compréhension de l'autre".

Le Vif/L'Express : Que représente pour vous ce prix de la Citoyenneté de la Fondation P&V ?

Izzeldin Abuelaish : Une grande responsabilité en souvenir de mes filles et de ma nièce et à l'égard de tous ceux dont les droits sont déniés dans le monde.

Vous avez créé, en 2010, la "Fondation Daughters for Life" ("Filles pour la vie"). Quels en sont les objectifs ?

Elle oeuvre en faveur de l'éducation des jeunes filles et des femmes qui, j'en suis persuadé, est la meilleure arme pour parvenir au changement dans le monde arabe. Si nous voulons changer, il est temps que les femmes prennent le leadership.

Avec la victoire des islamistes dans les pays théâtres des "printemps arabes", ne craignez-vous pas que le monde arabe ne prenne pas vraiment cette direction ?

D'abord, je ne sais si c'est un printemps, un été, un hiver ou un automne arabes. Chaque changement entraîne des résistances. Ce changement, nous en avions besoin depuis bien longtemps. Pour juger, encore faut-il que le phénomène se stabilise. Comme en chirurgie, le plus difficile n'est pas l'intervention elle-même, mais le suivi postopérationnel. D'ores et déjà, il y a un acquis évident et précieux, c'est la fin de la peur. Qui en tire les dividendes ? Les jeunes. Les hommes et les femmes qui ont commencé à se lever et ont proclamé : "Assez, c'est assez." Leur action a démontré que la force militaire ne peut oppresser et contrôler le peuple que temporairement. Maintenant, nous devons travailler ardemment pour aider hommes et femmes à atteindre un but : ne pas dominer, se compléter, se respecter et construire un monde qui ne pourra pas être indépendant sans les femmes.

Croyez-vous encore possible la paix entre Israéliens et Palestiniens ?

Je ne perdrai jamais espoir. Comme médecin, je dis que tant que le patient est en vie il y a espoir. Demain, nous trouverons le moyen de remédier à la maladie. L'espoir est un moteur, pas seulement un mot.

Attendez-vous quelque chose des élections israéliennes en janvier ?

Il est temps que l'opinion publique israélienne se réveille, choisisse le changement comme dans les pays arabes et qu'elle comprenne qu'il faut installer un dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Cela passe par l'élection d'une direction rationnelle qui croit en la paix et en la justice.
Pensez-vous jouer un rôle plus politique dans le futur ?

Je ne sais ce qui arrivera demain. Peut-être.

(1) Je ne haïrai point, par Izzeldin Abuelaish, Robert Laffont, 324 p. Une édition en format de poche vient de paraître chez J'ai Lu.

ENTRETIEN : GÉRALD PAPY

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