Le Rwanda commémore les vingt ans du génocide

01/04/14 à 10:58 - Mise à jour à 10:58

Source: Le Vif

Le Rwanda entame le 7 avril les commémorations du 20ème anniversaire du génocide de 1994 qui fit en 100 jours quelque 800.000 victimes, principalement dans la minorité tutsi.

Le Rwanda commémore les vingt ans du génocide

© REUTERS

Ces célébrations sont vues comme un test diplomatique pour le pays, dont les relations avec ses alliés occidentaux se sont récemment tendues. La commémoration, c'est "le devoir de mémoire, se souvenir des victimes (...) et pour les individus, un processus de guérison", a expliqué un conseiller juridique de la Commission nationale de lutte contre le génocide, Diogéne Bideri, à l'AFP. "Après le génocide, il n'y avait plus aucun espoir pour le peuple rwandais de pouvoir encore vivre, de former une nation (...). Vingt ans après, il y a de la reconstruction dans tous les secteurs", a-t-il poursuivi.

Le Rwanda, exsangue en 1994, est montré en exemple pour sa renaissance économique, mais certains observateurs estiment que la réconciliation affichée est loin d'être achevée. Le 7 avril 1994, quelques heures après l'assassinat la veille au soir du président Juvénal Habyarimana, dont l'avion est abattu au-dessus de Kigali, les extrémistes du régime hutu -- dirigeants, soldats et miliciens du parti au pouvoir -- commençaient à massacrer Tutsi et Hutu leur étant réputés proches.

En allumant lundi, vingt ans après jour pour jour, une flamme du souvenir au Mémorial du génocide de Gisozi à Kigali, le président Paul Kagame, qui en juillet 1994 s'emparait de la capitale rwandaise à la tête d'une rébellion majoritairement tutsi et mettait fin au génocide, lancera un deuil de 100 jours, en référence à la centaine de journées que durèrent les massacres.

Le 7 avril sera également marqué par une "marche du souvenir" vers le plus grand stade de la capitale rwandaise où M. Kagame prononcera un discours et où se tiendra ensuite une veillée funèbre. Ces commémorations devraient revêtir un fort enjeu diplomatique pour le Rwanda, sévèrement critiqué ces derniers mois pour son rôle présumé déstabilisateur dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), puis pour son implication supposée dans les meurtres ou tentatives de meurtre de dissidents rwandais réfugiés en Afrique du Sud. Longtemps, Kigali a bénéficié, dans ses relations diplomatiques, du sentiment de culpabilité de la communauté internationale, fautive de n'avoir rien fait pour arrêter le génocide. Mais, vingt ans après, la période de grâce semble achevée et certains de ses alliés les plus proches, États unis en tête, ont récemment pris certaines distances et n'ont pas ménagé Kigali.

La composition des délégations sera ainsi scrutée à la loupe. L'ONU, incapable en 1994 d'empêcher les massacres malgré une force de 2.500 Casques bleus -- dont plus de 350 Belges, parmi lesquels dix furent assassinés le 7 avril et dans l'histoire de laquelle le génocide au Rwanda reste une tache noire, sera représentée par son secrétaire général, Ban Ki-moon. "Le génocide rwandais a été un terrible échec de la communauté internationale", a déclaré fin février M. Ban assurant que l'ONU avait "appris d'importantes leçons".

La délégation américaine sera conduite par son ambassadrice à l'ONU, Samantha Power, et comprendra plusieurs hauts diplomates, dont la secrétaire d'État adjoint aux Affaires africaine, Linda Thomas-Greenfield. La Belgique, qui a exercé la tutelle sur le pays durant plusieurs décennies, sera représentée par ses ministres des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, Didier Reynders et Jean-Pascal Labille. Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, et le ministre pour l'Afrique, Mark Simmonds, seront présents à Kigali.

Officiellement réconciliée avec le Rwanda qui l'a longtemps accusée de complicité dans le génocide pour ses liens avec le régime hutu de 1994, la France, dont les relations avec Kigali restent fluctuantes, sera représentée au niveau ministériel. L'Afrique du Sud, en pleine crise diplomatique avec le Rwanda, ne sera représentée que par son ambassadeur à Kigali. "Chaque pays réagit de la manière dont les évènements (de 1994) sont perçus et de leur niveau d'implication dans la région, selon la manière dont ils se sont comportés au cours de cette période et au-delà", explique André Guichaoua, universitaire français et témoin expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). "Certains pays ont marqué le coup", comme la Belgique, "d'autres ont préféré adopter un profil plus bas avec une représentation par le biais d'ambassadeurs, c'est le cas de l'Afrique du Sud", a-t-il ajouté, soulignant que Washington se situait "entre ces deux positions".

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