La santé de Sergueï Skripal "s'améliore rapidement"

06/04/18 à 17:04 - Mise à jour à 19:35

Source: Afp

Alors que les experts s'interrogeaient sur leurs chances de survie, l'état de santé de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia "s'améliore rapidement", un mois après leur empoisonnement avec un agent innervant à Salisbury (Angleterre), ont annoncé vendredi leurs médecins.

La santé de Sergueï Skripal "s'améliore rapidement"

Skripal en 2006 © AFP

Sergueï Skripal "répond bien au traitement, son état de santé s'améliore rapidement, il n'est plus dans un état critique", ont déclaré les médecins de l'hôpital de Salisbury (sud-ouest), où il est traité depuis le 4 mars.

L'état de santé de sa fille Ioulia, 33 ans, s'améliore "quotidiennement", a précisé un médecin, Christine Blanshard. "Elle attend avec impatience le jour où elle pourra sortir de l'hôpital".

"Nous sommes très heureux que l'état de santé de M. Skripal et sa fille Ioulia s'améliore", a réagi le ministère britannique des Affaires étrangères. Le service public de santé britannique "continuera à prodiguer des soins au Skripal, lesquels continueront probablement à avoir des besoins médicaux", souligne un communiqué.

Londres accuse Moscou d'avoir empoisonné l'ex espion et sa fille et l'affaire a provoqué une grave crise diplomatique entre Moscou et les Occidentaux, qui s'est traduite par la plus importante vague d'expulsions croisées de diplomates de l'Histoire.

Vendredi également, le ministère britannique de l'Intérieur a annoncé avoir refusé un visa d'entrée dans le pays à la nièce de Sergueï Skripal. "Nous avons rejeté une demande de visa de visiteur pour Viktoria Skripal au motif que sa demande n'était pas conforme aux règles d'immigration", a déclaré un porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Viktoria, cousine de Ioulia, réside en Russie. Elle avait indiqué avoir demandé un visa britannique pour pouvoir rendre visite dès lundi prochain à sa famille à l'hôpital de Salisbury.

Guérison

Selon des experts, les chances de rétablissement de Sergueï Skripal sont d'autant plus élevées que le traitement adéquat est administré rapidement. Alors "la guérison est généralement très bonne", a expliqué Chris Morris, du Centre de toxicologie médicale de l'Université de Newcastle.

"Pour autant que l'on sache, il n'y a pas d'antidote spécifique pour le Novitchok", l'agent innervant d'origine soviétique utilisé selon Londres, a précisé à l'AFP le chimiste et toxicologue Ralf Trapp. "Ce que vous faites en pareil cas, c'est stabiliser les fonctions vitales du corps (respiration, rythme cardiaque) et donner de l'atropine pour contrebalancer les symptômes" des agents innervants. Ceux-ci affectent le système nerveux en s'attaquant à une enzyme cruciale pour son fonctionnement, l'acétylcholinestérase.

Montrée du doigt, Moscou dément catégoriquement et a explicitement accusé les services secrets britanniques et américains de se trouver derrière cette attaque.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a accusé vendredi Londres de "chercher fébrilement et frénétiquement chaque jour une quelconque confirmation de leur position indéfendable".

"Porton Down russe"

Moscou a nié aussi que le poison aurait été fabriqué dans la ville fermée de Chikhany (sud-ouest de la Russie), où on ne pénètre pas sans autorisation officielle, comme l'a affirmé The Times vendredi en citant des sources au sein des services de sécurité britanniques.

Chikhany ne serait rien moins qu'un "Porton Down russe", du nom du laboratoire militaire britannique spécialisé dans les recherches chimiques et biologiques, selon le journal.

"Toutes les bases où des armes chimiques ont été stockées sont bien connues. Chikhany n'est pas une d'entre elles", a balayé Mikhaïl Babitch, représentant du Kremlin dans le district fédéral de la Volga et ancien président de la Commission d'Etat russe pour le désarmement chimique, cité par Interfax.

Le nom de Chikhany n'est pas totalement inconnu. Cette ville où est installée une branche de l'Institut de recherches d'Etat pour la Chimie et les Technologies organiques (GNIIOKhT) a été citée par plusieurs scientifiques russes ayant travaillé sur le programme soviétique Novitchok.

Vil Mirzaïanov, le chimiste qui avait révélé dans les années 1990 l'existence de ce programme, a affirmé dans un livre qu'il a été mis au point dans les années 1980 à Chikhany.

Un autre scientifique russe, Leonid Rink, a affirmé en mars à l'agence de presse russe Ria Novosti qu'un "grand groupe de spécialistes développait le Novitchok à Moscou et à Chikhany", avant que ce média ne revienne sur ses propos.

Selon le site internet de l'Institut GNIIOKhT, sa branche de Chikhany est maintenant engagée dans un travail visant à "assurer la sécurité" du pays et à détruire des armes chimiques encore possédées par la Russie.

En septembre 2017, le président Vladimir Poutine avait déclaré que Moscou avait détruit ses dernières réserves d'armes chimiques héritées de l'époque de la Guerre froide, conformément aux termes de la Convention de 1997 sur l'interdiction des armes chimiques.

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