La mobilisation continue autour de Raif Badawi, blogueur saoudien condamné à 1.000 coups de fouet

19/02/15 à 16:37 - Mise à jour à 16:37

Il y a trois ans, Raif Badawi, blogueur saoudien, était mis en prison pour cause d' "insulte à l'islam". Son châtiment en 2014 était de recevoir 1.000 coups de fouet, à raison de 50 par semaine. Depuis, c'est toute une communauté mondiale qui se bat pour sa libération.

La mobilisation continue autour de Raif Badawi, blogueur saoudien condamné à 1.000 coups de fouet

Rassemblement d'Amnesty International en janvier © BELGAIMAGE

La mobilisation continue autour de Raif Badawi. Souvenez-vous, ce jeune homme, âgé de 31 ans, avait été emprisonné en juin 2012. Son crime? Être né dans un pays qui ne tolérait pas la liberté d'expression, et principalement celle contre l'État. En Arabie saoudite, la population musulmane se réclame presque entièrement d'un islam sunnite. Tout autre culte étant interdit malgré une certaine acceptation d'autres formes religieuses, dans le cadre privé.

En 2008, Raif crée un blog nommé "Free Saudi Liberals" dans lequel il tente justement de militer pour une libéralisation morale de son royaume. Son blog interpelle rapidement les autorités qui l'arrêteront cette même année. Obligé de quitter le pays, le jeune homme reviendra en 2009, la plainte qui le concerne semblant être abandonnée. Pourtant, il sera à nouveau la cible de l'État et se voit interdire toute sortie du pays.

Le jeune homme sera ensuite accusé d'apostasie et d'insulte à l'islam et finalement mis en prison dès juin 2012. Human Rights Watch, organisation non gouvernementale internationale de défense des droits de l'homme, avait précisé à l'époque que le blogueur avait déclaré "musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux".

Le cheikh saoudien Abdul-Rahman al-Barrak l'accuse donc d'apostat. La sentence tombe alors en mai 2014: il est condamné à 1.000 coups de fouet, à raison de 50 par semaine, et 10 années de prison. Sa flagellation est alors prévue pour le 9 janvier 2015. Il reçoit 50 coups de fouet en public ce même jour devant la mosquée de Saoud à Djeddah.

Ralliement international

La condamnation du jeune atteindra rapidement les foules comme les hautes sphères étatiques de par le monde. Des protestations se font entendre petit à petit aux quatre coins de la planète, elles vont permettre de reporter ses coups de fouet, comme le rapportait le Courrier International il y a quelques semaines.

Les États-Unis, le Canada, la Communauté européenne et d'autres nations vont publiquement demander à l'Arabie saoudite de cesser les flagellations. Le 15 janvier 2015, l'ONU demande au roi "d'exercer son pouvoir de mettre fin à la flagellation publique en pardonnant M. Badawi." Le lendemain, sa deuxième séance de flagellation est reportée pour cause de souci médical. Depuis, le militant saoudien n'a plus été fouetté.

Le rassemblement autour de Raif Badawi s'est également fait sur la Toile et principalement sur Twitter. Dans la même perspective que le hashtag #JeSuisCharlie, #JeSuisRaif a fait le tour du net pour rassembler les foules. L'objectif était de noyer les réseaux sociaux afin de mobiliser l'attention du royaume d'Arabie saoudite.

Gratifié pour sa lutte

En 2014, Badawi est lauréat pour le prix Netizen décerné par Reporters sans frontières. Il l'est également pour le One Humanity Award de l'association PEN Canada, groupouscule d'écrivains qui tente de lutter pour la liberté d'expression.

Début 2015, il reçoit l'Aikenhead Award attribué par la Scottish Secular Society. Cette année, il est aussi proposé pour les nominations pour recevoir le prix Nobel de la paix.

La Belgique, partenaire de Badawi dans sa résistance

Amnesty International, qui a notamment lancé une pétition le 13 janvier 2015, tente de réunir ses membres chaque jeudi vers 17h. Devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Bruxelles, ils réclament perpétuellement la libération du jeune blogueur.

L'épouse de Raif Badawi lors d'un rassemblement en janvier dernier à Ottawa

L'épouse de Raif Badawi lors d'un rassemblement en janvier dernier à Ottawa © Reuters

"Tant que la peine n'est pas annulée, les coups de fouet peuvent reprendre"

Interviewée il y a quelques jours par Paris Match, son épouse Ensaf Haidar s'est livrée sur son inquiétude par rapport au destin de son mari. Après avoir été transféré dans une nouvelle prison, Raif Badawi a pu communiquer régulièrement avec elle. "Il peut me téléphoner deux à trois fois par semaine, quand il veut" a-t-elle précisé.

Quant à l'avenir de son mari, elle doute et met en avant les difficultés rencontrées avec un pays comme le leur "la communauté internationale nous aide énormément, mais elle ne suffira pas avec un pays comme l'Arabie saoudite." "En Arabie saoudite, la liberté d'expression, les organisations de défense des droits de l'homme, ou encore les droits des femmes n'existent pas !" avait déjà précisé la jeune femme dans une autre interview fin janvier.

E.C.

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