"L'approche occidentale de la radicalisation est vouée à l'échec"

21/09/15 à 14:29 - Mise à jour à 14:29

Source: Knack

"Le califat de l'EI met très peu notre vie en danger" affirme l'expert en terrorisme David Kenning. "Mais il entraîne la polarisation de sorte qu'à terme tout musulman sera considéré à tort comme un ennemi potentiel."

"L'approche occidentale de la radicalisation est vouée à l'échec"

Archive. © REUTERS

"L'approche occidentale de la radicalisation est vouée à l'échec" déclare l'expert en terrorisme David Kenning au quotidien néerlandais NRC Next. Selon lui, l'approche occidentale ne fait que favoriser le terrorisme. C'est pourquoi il plaide en faveur d'une tactique psychologique. Il ne faut pas trop se focaliser sur la forme radicale de l'islam" dit-il.

"Soyons honnêtes. On ne peut nier que la fondation du califat et du jihadisme est liée à l'islam" écrit le philosophe moral Patrick Loobuyck dans son livre intitulé "De Lokroep van IS" (L'attrait de l'EI). Kenning, qui pendant dix ans a conseillé des gouvernements sur la lutte contre le jihadisme, estime que Loobuyck se trompe. Pour lui, le jihadisme n'a pas grand-chose à voir avec l'islam. "99,99% des un milliard et demi de musulmans sont immunisés contre l'idéologie de l'EI" affirme-t-il.

Problème d'adolescence

Aussi critique-t-il la façon brutale dont les gouvernements occidentaux tentent de lutter contre le jihadisme. "Ils exigent de la part de musulmans modérés qu'ils se sentent responsables de cette forme extrémiste, mais le jihadisme n'a pas grand-chose d'idéologique".

Pour Kenning, la psychologie et l'âge jouent un rôle. Il souligne que 90% des jihadistes ont moins de 24 ans. "Ils ne mènent pas de combat idéologique, mais un combat psychologique. Le jihadisme est une solution adolescente pour des cerveaux adolescents" résume Kenning. C'est pourquoi les gouvernements devraient davantage tenter de résoudre ces problèmes psychologiques, au lieu de soutenir l'islam modéré dans la lutte contre l'islam radical. "Le soutien de l'islam modéré est devenu une véritable industrie" dit-il.

La semaine dernière, le ministre belge de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) a encore augmenté le budget de la lutte contre la montée du radicalisme violent.

Semer la panique

Le seul à tirer profit de cette stratégie, c'est le groupe terroriste EI lui-même. L'expert explique que le califat ambitionné par l'EI, met très peu notre vie en danger, "mais hypothèque notre mode de vie et notre société en semant la peur et la panique". À titre d'illustration, le quotidien cite l'incident de vendredi passé à Rotterdam. Comme un homme s'était enfermé dans les toilettes du train, toute la gare a été bouclée et une équipe de police lourdement armée est intervenue. Il s'est avéré que l'homme ne portait pas d'armes sur lui.

"Avec cette polarisation, tout musulman pourra être considéré comme un ennemi potentiel. De cette façon, les éléments qui poussent des jeunes dans les bras du califat restent plus forts que les arguments qui les en éloignent". (AVE)

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