Immigrés en Israël : la prison ou 3 500 dollars pour rentrer en Afrique

15/05/15 à 15:37 - Mise à jour à 15:37

Pour répondre aux craintes d'une population qui se sent "envahie", le gouvernement israélien impose un douloureux dilemme aux immigrés : soit croupir en prison pour une durée indéterminée, soit rentrer en Afrique avec un chèque de 3 500$.

Immigrés en Israël : la prison ou 3 500 dollars pour rentrer en Afrique

© Reuters

Israël durcit le ton en matière d'immigration. 45 000 réfugiés érythréens et soudanais du centre de détention à Saharonim (à 3 km de la frontière égyptienne) viennent ainsi de recevoir une lettre des autorités leur annonçant qu'ils disposent de 30 jours pour sceller leur destin : rester enfermés, et ce jusqu'à nouvel ordre, ou rentrer en Afrique avec 3 500$ en liquide dans leur poche.

Ce n'est pas la première mesure prise par les dirigeants israéliens pour tenter de réduire drastiquement l'afflux d'immigrés. En 2013, il annonçait l'achèvement d'un mur long de 266 km à la frontière égyptienne, auparavant lieu de passage privilégier des Africains. Dans la foulée débutait la construction d'un rempart à l'est, censé "mettre à l'abri" du chaos syrien et de ceux qui espéraient en profiter pour rejoindre Israël. Juridiquement parlant, aucune demande d'asile n'est désormais acceptée. Ou presque : depuis 2009, seuls quatre Erythréens et Soudanais ont vu aboutir leur requête.

Un comité restreint dont ne faisait pas partie Mutasim Ali : en 2009, alors âgé de 22 ans, il quitte la région du Darfour (Soudan) et parvient à atteindre le territoire israélien. 5 ans plus tard, il est amené dans un centre de détention. Une expérience qu'il se remémore avec amertume. "C'est un endroit où vous ne pouvez vraiment rien faire, on y perd son temps. Les hommes passent le plus clair de leur temps à regarder leur téléphone portable et attendre le prochain repas", raconte-t-il. Aujourd'hui, comme 9 000 autres Africains depuis 2013, il a accepté l'"offre" de départ.

Alors qu'il accueillait annuellement entre 15 000 et 20 000 immigrés (dont un tiers venu d'Afrique) dans les années 2000, l'Etat d'Israël a dû réorienter sa politique afin, notamment, de faire face au mécontentement de la population, qui se sentait de plus en plus "envahie", selon le Washington Post. "Les gens commençaient à craindre l'arrivée de vagues d'Africains très pauvres, et majoritairement musulmans ou chrétiens", écrit William Booth, leur correspondant à Jérusalem. "Dorénavant, les migrants sont appelés "infiltrés" ici".

Le gouvernement semble, lui, très optimiste. "Ces lois vont sauver beaucoup de vies, car elles dissuaderont les migrants de se lancer dans un voyage périlleux", juge-t-on dans l'entourage de Benyamin Netanyahou. A.V.

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