Hongrie: les mesures de répression pour arrêter les réfugiés dévoilées

15/09/15 à 11:07 - Mise à jour à 13:53

Source: Le Vif/l'express

Le journal hongrois Index révèle les plans du premier ministre hongrois Viktor Orbán pour empêcher les demandeurs d'asile de franchir la frontière serbo-hongroise. Ces mesures doivent entrer en vigueur ce mardi 15 septembre.

Hongrie: les mesures de répression pour arrêter les réfugiés dévoilées

© Reuters

Les nouvelles mesures restrictives du Premier ministre conservateur et nationaliste hongrois, Victor Orbán, afin d'endiguer le flux des migrants aux frontières de la Hongrie sont détaillées par le journal hongrois Index, et traduite sur le site Refugee crisis in Hungary. La journaliste Kata Janecskó explique les détails de ce plan mis en oeuvre ce 15 septembre et décrié par les dirigeants européens.

Selon ses informations, Victor Orbán est sur le point de mettre plusieurs mesures en place cette semaine, tout en finalisant la double barrière courant sur les 175 km de la frontière serbo-hongroise, faite de rouleaux de métal sertis de lames de rasoir et d'un grillage de 3, 5 mètres de haut, lui-même hérissé de barbelés, comme le détaille Florence La Bruyère, correspondante à Budapest pour plusieurs médias européens.

C'est un véritable "état de crise pour cause de migration de masse" (un cran en dessous de l'état d'urgence) qu'a décrété le premier ministre hongrois pour protéger son pays de l'arrivée massive de migrants. A partir de ce 15 septembre, des modifications apportées au Code pénal et au droit de la procédure pénale permettront aux autorités d'appliquer des actions répressives envers les réfugiés qui tenteraient de franchir la frontière.

Les réfugiés qui essayent d'entrer en Hongrie par un passage frontalier officiel sans visa pour l'espace Schengen seront ainsi renvoyés en Serbie. Dans le cas où les migrants demandent l'asile à un point de passage frontalier, ils seront aussi renvoyés en Serbie sous prétexte que c'est sur ce sol qu'ils doivent d'abord demander refuge. Ce pays a en effet été déclaré "pays sûr" par l'UE. Belgrade se retrouvant de la sorte obligée d'accueillir des réfugiés pour ne pas perdre son statut de candidat à l'UE.

Jusqu'à cinq ans de prison

Le gouvernement hongrois a aussi prévu des actions encore plus fortes si des réfugiés pénètrent de manière illégale sur le territoire. Et il n'a pas tardé à les mettre en application. La loi prévoit désormais jusqu'à trois ans de prison pour tout franchissement de la clôture érigée à la frontière avec la Serbie. Ce mardi, la Hongrie a annoncé avoir engagé une procédure pénale contre 60 migrants accusés d'avoir "endommagé" la clôture en question, un délit passible de cinq ans de prison en vertu d'une législation entrée en vigueur à minuit. "Soixante personnes ont été arrêtées par la police alors qu'elles cisaillaient ou endommageaient la clôture (...) La police a ouvert une procédure pénale à leur encontre", a précisé Gyorgy Bakondi, un porte-parole du gouvernement, lors d'une conférence de presse à Szeged, dans le sud de la Hongrie.

Il est aussi prévu que les réfugiés sans adresse en Hongrie soient assignés à résidence dans des camps de détention, et présentés ensuite devant un tribunal d'exception qui rendra un verdict sous 8 jours (s'ils sont arrêtés à la frontière) ou sous 15 jours (s'ils sont arrêtés à l'intérieur du pays). Selon l'information obtenue par Index.hu, des conteneurs seront placés à la frontière et feront office de tribunaux temporaires.

Selon le nouveau droit procédural, toujours selon le média hongrois, les réfugiés devront comparaitre en procès sans l'aide d'un interprète. Leurs documents juridiques ne seront pas traduits et ils ne recevront pas de traduction du verdict du procureur et des charges retenues contre eux. Une procédure qui enfreint le droit européen.

Par ce nouveau système, les réfugiés seront expulsés de Hongrie avec une note dans le système d'information Schengen (SIS) qui signalera qu'ils ont commis un "crime". Ils seront automatiquement refusés dans l'espace Schengen pendant une durée de 10 ans. En tant que membre de Schengen, la Hongrie peut ajouter des informations au SIS, mais y ajouter les demandeurs d'asile constituerait un abus flagrant de cet instrument, stipule le quotidien hongrois.

Défendre un continent "menacé dans ses racines chrétiennes"

Florence La Bruyère, correspondante à Budapest, explique sur le site de Libération, qu'avec ces mesures, Viktor Orbán conforte une population déjà repliée sur elle-même. Défendre un continent "menacé dans ses racines chrétiennes", est la mission dont se sent investi Viktor Orbán. "Nous avons été occupés pendant cent cinquante ans par les Ottomans, a rappelé le Premier ministre. La Hongrie ne peut donc pas accepter de réfugiés musulmans."

Selon le rédacteur en chef de Mandiner, un site d'information conservateur modéré, le gouvernement est soutenu par une large partie de la population, et pas seulement par les électeurs de droite. Selon une enquête réalisée en juillet-août par le think tank Republikon basé à Budapest, 79 % des électeurs de droite pensent que les réfugiés sont une menace et ne devraient pas être admis en Hongrie. 71 % des sympathisants d'extrême droite sont du même avis, ainsi que 64 % des électeurs socialistes. En moyenne, 66 % des Hongrois sont opposés aux réfugiés.

Pour le chercheur Dániel Mikecz de Republikon, cette hostilité peut être expliquée par l'isolement ressenti par ce peuple d'Europe centrale. "Les pays d'Europe de l'Ouest ont l'expérience de migrations de ressortissants non-européens, mais pour la Hongrie, c'est un phénomène complètement nouveau. Les Hongrois ont, en outre, le sentiment d'être isolés, car ils sont les seuls en Europe centrale à parler une langue particulière qui n'est pas indo-européenne. Cela les conduit à se replier sur eux-mêmes et à ignorer le monde extérieur. D'autre part, le niveau de vie des Hongrois est beaucoup plus bas qu'en Europe de l'Ouest. Les gens ont peur que la situation économique ne soit encore plus difficile si la Hongrie accueille des réfugiés", explique-t-il à Libération. Une xénophobie latente qui est aussi grandement attisée par la communication du gouvernement qui distille la haine depuis des mois dans l'audiovisuel public et dans les médias privés fondés par le parti d'Orbán commente de son côté Florence La Bruyère dans les colonnes du quotidien français.

Pour l'heure, l'entrée de migrants de Serbie vers la Hongrie était complètement bloquée au passage officiel de Röszke ce mardi matin. Environ 300 personnes, dont des enfants, attendaient devant le point de passage en espérant sa réouverture. Certains migrants ont passé la nuit dans une cinquantaine de tentes, distribuées par des humanitaires, qui ont été dressées à même l'asphalte, sur les deux voies d'habitude empruntées par les voitures pour franchir la frontière. Lundi, un nombre record de 9.380 migrants sont entrés en Hongrie, à la veille de la mise en place de ces mesures restrictives par Budapest qui veut rendre hermétique sa frontière avec la Serbie, selon des données de la police hongroise. Ce chiffre bat le précédent record de 5.809 arrivées dimanche.

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