Fraîchement nommé, Mike Pompeo à l'Otan pour réclamer plus de dépenses militaires

26/04/18 à 21:58 - Mise à jour à 27/04/18 à 07:19

Source: Belga

Tout juste investi, Mike Pompeo va passer sa première journée complète dans les habits de chef de la diplomatie américaine à marteler, vendredi à Bruxelles, l'une des antiennes les plus chères à Donald Trump: exiger aux alliés de l'Otan qu'ils mettent la main à la poche.

Fraîchement nommé, Mike Pompeo à l'Otan pour réclamer plus de dépenses militaires

Mike Pompeo © REUTERS/Aaron P. Bernstein

Ce "faucon" aura également l'occasion d'évoquer avec eux plusieurs dossiers brûlants: la menace de la Russie, l'avenir de l'accord iranien et la Corée du Nord, avant de poursuivre sa première tournée internationale en Arabie saoudite, en Israël et en Jordanie, "des partenaires clés dans la région".

A peine quelques heures après avoir prêté serment, l'ex-patron de la CIA a mis le cap sur Bruxelles pour rencontrer ses nouveaux homologues lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Otan, organisée avant un sommet de l'Alliance les 11 et 12 juillet.

Le message qu'il leur apportera est déjà bien connu: le président américain martèle depuis ses premières heures de campagne que les autres membres de l'Alliance atlantique doivent augmenter leurs dépenses militaires afin de réduire la participation de son plus gros contributeur, Washington.

"Les Etats-Unis mettront l'accent sur la nécessité de mieux partager le fardeau, de renforcer la dissuasion et la défense, ainsi que de renforcer le rôle de l'Otan dans la lutte antiterroriste", a expliqué un haut responsable américain.

Certains alliés, notamment l'Allemagne, sont loin de l'engagement pris par les membres de l'Otan en septembre 2016 d'allouer 2% de leur PIB pour la défense.

Donald Trump a publiquement épinglé à plusieurs reprises Berlin, l'accusant même l'an dernier de devoir d'"énormes sommes d'argent". L'Allemagne avait sèchement démenti.

"Six pays de l'Otan le font, neuf autres ont présenté des plans crédibles pour s'y conformer, et il est temps pour les 13 autres membres de l'Alliance de se mettre à niveau, particulièrement l'Allemagne, le membre européen de l'Otan le plus grand et riche", a affirmé le responsable américain, ajoutant que Berlin ne prévoit d'augmenter ses dépenses militaires que jusqu'à 1,25% de son PIB d'ici 2021.

Des propos qui résonnent d'autant plus fortement qu'Angela Merkel doit rencontrer Donald Trump à Washington ce même vendredi.

Ces retrouvailles très attendues s'annoncent moins chaleureuses qu'avec le président français Emmanuel Macron, invité en début de semaine pour une visite d'Etat de trois jours à Washington.

La Russie "facteur déstabilisant"

Mike Pompeo devrait justifier la nécessité d'augmenter les dépenses en brandissant la menace posée par le Russie, "un facteur déstabilisant en Ukraine, en Géorgie et en Syrie", selon le haut responsable américain.

"Nous allons souligner à quel point c'est important pour tous les alliés de prendre cette menace sérieusement, de respecter leur engagement" concernant les dépenses militaires, a poursuivi la même source.

Lors d'une conférence de presse avant cette réunion - la première depuis l'empoisonnement de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia au Royaume-Uni -, le secrétaire général de l'Alliance Jens Stoltenberg avait accusé Moscou d'avoir un "comportement dangereux".

L'Alliance reste toutefois ouverte à "un dialogue sérieux" avec la Russie, avait-il avancé.

Sur ce dossier, la confirmation jeudi de Mike Pompeo au poste de secrétaire d'Etat inquiète certains membres de l'Otan, qui craignent que sa réputation de va-t-en-guerre n'entrave la double voie poursuivie face à la Russie, mêlant dissuasion militaire et diplomatie.

Ex-militaire âgé de 54 ans, à la tête depuis janvier 2017 de l'agence de renseignement la plus puissante au monde, Mike Pompeo a tenté devant le Congrès américain d'adoucir cette image de faucon, affirmant: "La guerre est toujours et doit toujours être en dernier ressort".

Comptant sur le ferme soutien de Donald Trump, qui l'a qualifié jeudi d'"atout exceptionnel" pour les Etats-Unis à un "moment critique", Mike Pompeo avait été dépêché dès fin mars pour une rencontre un temps tenue secrète avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, afin de préparer le terrain avant le sommet inédit prévu d'ici début juin avec le président américain.

Ses capacités diplomatiques seront également rapidement mises à l'épreuve avec la décision attendue le 12 mai de Donald Trump sur l'accord sur le nucléaire iranien qu'il a maintes fois promis de "déchirer".

Article 5

La réunion des ministres des Affaires étrangères vendredi sera la dernière avant que l'Alliance n'emménage dans son nouveau quartier général.

Jens Stoltenberg devrait donc marquer la fin de cette rencontre par quelques mots dans la salle où l'Article 5 du traité fondateur de l'Alliance atlantique --qui prévoit que les pays membres volent au secours d'un allié en cas d'agression-- a été invoqué pour la seule et unique fois après le 11-Septembre.

Les ministres devraient également aborder les projets d'expansions des missions de formation en Irak ainsi que l'Afghanistan, où 13.000 militaires des pays de l'Otan et de leurs alliés sont encore déployés.

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