Deux avions russes se posent en Syrie: aide humanitaire ou préparation d'une base avancée ?

12/09/15 à 17:52 - Mise à jour à 21:10

Deux avions russes transportant une aide humanitaire ont atterri samedi en Syrie, a rapporté un média officiel, en pleine polémique sur un éventuel renforcement par Moscou de ses moyens militaires dans ce pays en guerre.

Deux avions russes se posent en Syrie: aide humanitaire ou préparation d'une base avancée ?

© Reuters

"Deux avions russes ont atterri aujourd'hui à l'aéroport international de Lattaquié (ouest) transportant 80 tonnes d'aides humanitaires offertes par la Fédération de Russie au peuple syrien", a précisé l'agence syrienne SANA à Damas sans autres précisions.

La ville côtière de Lattaquié est l'un des principaux fiefs du régime de Bachar al-Assad, qui a perdu de vastes territoires depuis le début de sa guerre contre les rebelles en mars 2011.

Allié indéfectible du pouvoir syrien, la Russie a défendu cette semaine l'envoi de matériel militaire au régime Assad, dont l'armée est en grande difficulté à la fois face surtout aux jihadistes d'Al-Qaïda et du groupe Etat islamique (EI).

Mais elle a rejeté des accusations américaines sur un déploiement récent de matériel et de soldats près de Lattaquié.

"Nous avons aidé, continuons d'aider et aiderons le gouvernement syrien pour fournir à son armée tout ce dont elle a besoin", a dit le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov.

Il a néanmoins admis pour la première fois que des avions russes à destination de Syrie transportaient non seulement de l'aide humanitaire, mais aussi "des équipements militaires conformément aux contrats existants" signés avec le pouvoir syrien.

'Mauvaise nouvelle'

Ces derniers jours, des responsables américains ont affirmé avoir observé dans la province de Lattaquié une dizaine de véhicules blindés de transport de troupes et des dizaines de soldats venus de Russie.

L'arrivée de deux avions cargos géants et d'un avion de transport de passagers suggère la construction d'une "base aérienne avancée" à Lattaquié, ont-ils ajouté.

De plus, deux navires de débarquement de chars russes sont arrivés au port méditerranéen de Tartous où la Russie dispose d'une base permanente, selon ces mêmes sources. Tartous, au sud de Lattaquié, est un autre fief du régime.

Ces mouvements russes ont été rapportés alors depuis mars dernier, les forces du régime subissent défaite après défaite, notamment dans la province d'Idleb, désormais entièrement sous le contrôle d'une coalition composée d'Al-Qaïda et de rebelles islamistes.

La Russie a par ailleurs demandé à Chypre de dévier son trafic aérien car elle compte mener la semaine prochaine des manoeuvres militaires au large de la côte syrienne distante d'une centaine de km de la côte chypriote, selon des responsables chypriotes.

Pour le président américain Barack Obama, qui soutient l'opposition syrienne, la stratégie de la Russie consistant à soutenir le régime syrien est "vouée à l'échec". "La mauvaise nouvelle est que la Russie continue à croire qu'Assad est quelqu'un qui mérite d'être soutenu".

La France s'est aussi dite "inquiète", jugeant qu'il ne fallait pas "ajouter la guerre à la guerre".

Depuis le début du conflit, les médias officiels syriens ont rapporté l'arrivée de plusieurs avions russes d'aide humanitaire.

Pas "d'alternative" au régime

Par ailleurs, le Kremlin a estimé samedi qu'il n'y avait pas d'"alternative" au régime syrien pour lutter contre l'organisation Etat islamique (EI), rejetant les critiques du président américain Barack Obama sur la stratégie russe en Syrie.

Le président Barack Obama a estimé vendredi que la stratégie de la Russie en Syrie consistant à soutenir le régime de Bachar al-Assad était "vouée à l'échec".

Les critiques américaines "ne sont absolument pas nouvelles", lui a répondu samedi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ajoutant que la Russie "les avait déjà entendues".

"Malheureusement, jusqu'à présent personne ne peut de manière compréhensible expliquer quelle serait l'alternative au gouvernement syrien légitime pour assurer la sécurité dans le pays, lutter contre l'avancée de l'EI et assurer l'unité du pays", a lancé M.Peskov, cité par les agences de presse russes.

Alliée indéfectible du président syrien Bachar al-Assad, la Russie s'est toujours opposé à son départ, appelant la coalition internationale menée par les Etats-Unis à coopérer avec l'armée syrienne régulière pour mieux coordonner ses frappes contre l'EI.

"C'est peut-être le plus important des postulats, le point de départ essentiel, celui dont découle la position de Moscou: nous considérons qu'imposer une quelconque décision au peuple syrien est inacceptable et dangereux", a déclaré M. Peskov.

Le président russe Vladimir Poutine a à de nombreuses reprises estimé qu'il fallait respecter la souveraineté du régime de Damas.

Depuis plusieurs jours, les tensions sont vives entre Moscou et les Etats-Unis sur le dossier syrien, Washington accusant Moscou de déployer du matériel et des soldats russes près de Lattaquié, fief alaouite du président Bachar al-Assad, tandis que Moscou a démenti toute renforcement de sa présence militaire en Syrie.

Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a néanmoins admis pour la première fois que des avions russes à destination de Syrie transportaient non seulement de l'aide humanitaire, mais aussi "des équipements militaires conformément aux contrats existants" signés avec le pouvoir syrien.

Deux avions russes transportant une aide humanitaire ont atterri samedi en Syrie, selon l'agence officielle syrienne Sana.

De plus, deux navires de débarquement de chars russes sont arrivés au port méditerranéen de Tartous, où la Russie dispose d'une base permanente, selon des responsables américains.

Le conflit en Syrie a été déclenché par la répression sanglante de manifestations antigouvernementales pacifiques qui ont dégénéré en révolte armée puis en guerre civile.

Les combats opposent désormais régime, rebelles, Kurdes et jihadistes sur un territoire morcelé. La guerre a fait plus de 240.000 morts et poussé la moitié de la population à la fuite.

Avec l'AFP

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