Des partisans de la rupture avec Pékin entrent au "Parlement" de Hong Kong

05/09/16 à 13:18 - Mise à jour à 13:18

Source: Afp

De jeunes militants prônant la rupture avec Pékin ont été élus pour la première fois lundi au "Parlement" hongkongais, un résultat susceptible de déplaire à la Chine deux ans après les grandes manifestations prodémocratie de 2014 dans l'ex-colonie britannique.

Des partisans de la rupture avec Pékin entrent au "Parlement" de Hong Kong

Nathan Law. © Reuters

Plus de 2,2 millions de personnes, soit près de 60% des inscrits - un record - ont participé à ce scrutin où se présentaient des nouveaux candidats partisans de l'indépendance ou de l'autonomie du petit territoire du sud-est de la Chine.

Les élections au Conseil législatif (LegCo) surviennent au moment où de nombreux Hongkongais ont le sentiment que Pékin veut renforcer son emprise sur la ville semi-autonome.

Le dépouillement a confirmé que cinq candidats demandant la rupture avec Pékin avaient obtenu un siège au LegCo, une victoire qui adresse selon les analystes un signal "fort" à la Chine, laquelle n'a eu de cesse de dénoncer les partisans du divorce.

Parmi ces jeunes élus, Nathan Law, 23 ans, qui avait été à l'automne 2014 une des figures de proue du "Mouvement des Parapluies", ces manifestations massives qui avaient paralysé des quartiers entiers de Hong Kong.

Son mouvement, Demosisto, demande un référendum sur l'indépendance, insistant sur les droits des Hongkongais à choisir leur avenir.

"Les Hongkongais veulent vraiment le changement", a-t-il déclaré. "Les jeunes ont un sentiment d'urgence en ce qui concerne leur avenir".

- 'Combattre le Parti communiste' -

Malgré la défiance suscitée par les partisans de la rupture dans le camp démocrate traditionnel, Nathan Law a plaidé lundi pour l'union des forces d'opposition.

"Nous devons être unis pour combattre le Parti communiste" chinois, a-t-il dit à l'AFP.

Beaucoup de Hongkongais craignent que les libertés dont dispose Hong Kong, en vertu de l'accord qui avait permis la rétrocession à la Chine en 1997, ne soient en train de s'éroder. L'affaire des libraires hongkongais disparus alors qu'ils publiaient des titres salaces sur la classe politique chinoise, puis réapparus en Chine cet hiver, en est une illustration.

Malgré plus de deux mois de blocage des rues, le "Mouvement des Parapluies" avait échoué à obtenir la moindre concession de la Chine en matière de réformes politiques.

Sur les cendres de cette révolte était né le mouvement dit "localiste" qui cherche à prendre ses distances avec la Chine. Et est apparue une nouvelle génération demandant l'indépendance pure et simple, une notion jusqu'alors taboue, tandis que d'autres militent pour l'autodétermination du territoire.

Les autorités hongkongaises avaient disqualifié des candidats ouvertement indépendantistes, affirmant que leur cause était illégale. Pour pouvoir concourir, certains ont savamment évité d'utiliser ce terme.

Parmi eux, Yau Wai-Ching, candidate du nouveau mouvement Youngspiration, qui a été élue, en défendant le droit de Hong Kong à "parler de sa souveraineté".

- Resserrer l'étau? -

Autre candidat de ce parti, Baggio Leung, 30 ans, dont le discours était truffé d'appels à l'indépendance, entre aussi au LegCo.

Les électeurs ont voulu envoyer "un message fort" à Pékin, a jugé l'analyste politique Willy Lam.

"Pekin sera très mécontent de ce résultat et il est très possible qu'il s'en serve comme prétexte pour resserrer encore plus durement l'étau sur Hong Kong", a-t-il dit à l'AFP.

Le commentateur politique Joseph Cheng s'attend aussi à ce que la Chine adopte une position "très dure".

Les autorités chinoises comme hongkongaises ont martelé avec constance que l'indépendance était anticonstitutionnelle.

Certains avaient pu craindre qu'une percée des "localistes" dans les urnes ne renforce paradoxalement l'emprise de Pékin sur le LegCo, en affaiblissant le camp des démocrates traditionnels.

Mais après dépouillement de la quasi totalité des bulletins de vote, le camp démocrate --y compris les élus indépendantistes-- est assuré de conserver sa minorité de blocage au LegCo.

L'Assemblée penche toujours toutefois du côté de Pékin aux termes d'un système électoral alambiqué, qui empêche quasiment à coup sûr le camp démocrate d'obtenir la majorité.

Trente des 70 sièges sont réservés à des groupes socio-professionnels acquis à la Chine continentale.

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