Des milices chrétiennes organisent la résistance face à l'Etat Islamique

26/02/15 à 15:59 - Mise à jour à 16:39

Face à l'État Islamique, de nombreuses milices chrétiennes organisent désormais la résistance. En leur sein, des centaines d'Occidentaux, partis en croisade "pour éviter la fin du monde."

Des milices chrétiennes organisent la résistance face à l'Etat Islamique

© Reuters

Ils viennent des États-Unis, de Suisse, d'Allemagne, voire de Belgique. Ce sont, au choix, d'anciens Marines, de jeunes vétérans militaires ou des citoyens "simplement" chrétiens. Souvent, ils ont tout sacrifié pour s'offrir le voyage, à l'image de Tim Locks, ce businessman britannique qui a vendu son immense demeure "avec piscine intérieure et télévision dans chaque pièce", avant de prendre l'avion pour l'Irak. Pour chacun, l'objectif est identique : rejoindre une milice chrétienne afin de combattre l'État Islamique.

Fréquemment victimes des atrocités perpétrées par Daesh, les chrétiens du Moyent-Orient ont entrepris de s'organiser pour tenter de contrer les islamistes sur "leurs" terres. Un des premiers groupes armés, le Conseil militaire syriaque (CMS), créé début 2013, compte aujourd'hui en ses rangs plus de 1 500 combattants.

Une initiative qui fait des émules. Depuis plusieurs mois, de nombreux Occidentaux prennent effectivement le chemin de l'Irak ou de la Syrie, sans forcément partager la même idéologie. "Je ne souhaitais pas spécialement rejoindre tel ou tel groupe, mais juste aider les civiles", avance, au Métro anglais, Tim Locks, qui a quant à lui rallié "Dwekh Nawsha", une milice active dans le nord de l'Irak et "prisée" par les étrangers. Pour ces premiers jours, il fut assigné aux travaux de construction, en attendant d'être jugé apte à monter au front. Tatouage de Jésus sur le bras droit, Brett, lui, se bat bel et bien : il est un des piliers de "Dwekh Nawsha". "Le terrorisme entrave les libertés. Nous nous battons pour que les gens puissent vivre en paix, sans persécution", annonce-t-il.

Ancien Marine, Louis fut parmi les premières recrues de "Dwekh Nawsha". Pour lui, affronter Daesh, c'est avant tout défendre les intérêts de son pays, les États-Unis. "Je suis terriblement patriotique. Si mon gouvernement ne veut pas combattre l'EI, je le ferai, moi".

Esprit de croisade

"Ces Occidentaux qui partent combattre au nom d'une religion sont dans une logique apocalyptique", analyse Myriam Benraad, spécialiste de l'Irak et du monde arabe, interrogée par Le Parisien. "C'est la fin du monde qui se joue et il faut défendre la civilisation judéo-chrétienne. Ce phénomène grandissant est une réponse à l'idéologie fondamentaliste du groupe État islamique." Selon elle, il existe désormais une "sacralisation" du combat. "Ils partent rejouer l'Histoire, c'est une grande aventure au nom de la religion. Ils assument l'esprit de croisade. Au-delà de la nationalité, "c'est cause contre cause, civilisation contre civilisation". Ce n'est pas là le fait d'être Américains ou Britanniques qui rassemble mais "c'est la religion qui crée la coalition"."

L'État Islamique ne constitue toutefois pas le seul "ennemi" des milices chrétiennes syriennes. Se trouve également dans leur ligne de mire : Bachar El-Assad. "Son régime est responsable des malheurs actuels du peuple syrien. Il a renforcé les islamistes aux dépens de l'ASL (l'Armée Syrienne Libre) et poussé certains à renoncer, par désespoir, aux aspirations démocratiques de la Révolution", argumente à Slate Ibrahim, président de l'Union des partis syriaques. "Le clan Assad a soumis tout un peuple à la terreur et marginalisé les chrétiens, alors qu'il prétend défendre les minorités."

En pratique, les combats contre l'armée se font cependant assez rares, et les deux camps restent plutôt en "statu quo". Une situation expliquée, en partie, par la position de l'Église, plutôt favorable au régime.

A contrario, les affrontements avec l'EI sont, eux, quotidiens. De quoi rebouter les "nouveaux venus" occidentaux ? Pas Tim Locks, en tout cas : "Je n'ai aucune raison de rentrer tant que le boulot ici n'est pas terminé. Je n'envisagerai mon retour que quand Daesh sera totalement éradiqué." (A.V.)

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