Crise migratoire: l'UE et la Turquie concluent un "plan d'action commun"

16/10/15 à 07:15 - Mise à jour à 07:15

Source: Afp

La Commission européenne a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi qu'elle avait conclu un "plan d'action commun" avec la Turquie pour endiguer les flux migratoires, à l'issue d'un sommet des chefs d'Etats à Bruxelles. Ce plan d'action consiste à augmenter le soutien - notamment financier - à ce pays confronté en première ligne à l'afflux de réfugiés syriens en échange d'une meilleure coopération pour gérer cet afflux, a indiqué le Premier ministre belge Charles Michel à l'issue de la réunion.

Crise migratoire: l'UE et la Turquie concluent un "plan d'action commun"

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La Turquie a transmis aux négociateurs de la Commission européenne une liste de souhaits dont elle veut discuter avec l'UE, et notamment une mobilisation de moyens financiers européens qu'elle souhaite voir atteindre trois milliards d'euros.

Européens et Turcs pourraient aussi ouvrir certains chapitres des négociations d'adhésion à l'UE, comme celui qui traite des libertés fondamentales, de l'Etat de droit et de la Justice. La question chypriote (la partie nord de l'île est occupée depuis 1974 par la Turquie) sera sans doute aussi abordée, selon le Premier ministre.

Charles Michel n'a "pas voulu soutenir une phrase (des conclusions du sommet) qui donnait une perspective de relancer franchement les négociations avec la Turquie", la possibilité d'ouvrir des chapitres de négociations n'impliquant aucune obligation de résultats, selon lui.

"On est dans un processus de négociations, un certain nombre de principes ont été validés par la Commission européenne et le Conseil (les dirigeants des 28 Etats membres, ndlr) a exprimé un sentiment favorable", a souligné M. Michel.

Les relations avec la Turquie pour gérer ensemble l'arrivée importante de réfugiés provenant notamment de Syrie ont fait l'objet d'une "discussion assez approfondie". "Nous avons tout à gagner à mener un dialogue ouvert, mais sans naïveté, avec la Turquie", a poursuivi le Premier ministre. "La collaboration est nécessaire aussi dans la lutte contre le terrorisme."

"Nous nous sommes mis d'accord sur le contenu exact de ce plan d'action", a indiqué le chef de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker, lors d'une conférence de presse dans la nuit de jeudi à vendredi. "La Turquie se montre prête à accueillir davantage de réfugiés et à leur offrir plus de perspectives pour leur éducation et leur travail, à mieux les enregistrer, à une surveillance des frontières plus efficace et aussi à une lutte commune contre les réseaux criminels de trafic d'êtres humains", a détaillé le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. En échange, "on va aider, car investir financièrement en Turquie est aussi dans notre intérêt à nous", a-t-il ajouté, confirmant qu'Ankara exige trois milliards d'euros d'aide de la part des Européens.

M. Juncker a indiqué que cet aspect du plan devait encore être négocié "dans les jours qui viennent".

Le président français François Hollande a confirmé qu'"il n'y a pas de montant qui a été fixé". "Il ne s'agit pas de donner de l'argent. Il s'agit de savoir" à quoi ces fonds peuvent servir, a-t-il plaidé. Les aides doivent notamment être consacrées "à la création de centres de réfugiés" et "la prise en charge des enfants", a souligné M. Hollande. La Commission a d'ores et déjà prévu de dégager "500 millions d'euros sur ses moyens propres" pour "assurer de premières actions", a-t-il précisé.

Le feu vert politique des dirigeants européens à ce plan est "une étape majeure" dans la gestion de la crise migratoire, a indiqué de son côté Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui réunit les chefs d'Etats et de gouvernement des 28 membres de l'UE. Les Européens promettent en échange à Ankara d'"accélérer" les négociations pour faciliter l'octroi de visas aux ressortissants turcs voyageant dans l'UE.

"Mais ceci ne veut pas dire que nous renonçons aux critères de base qui sont la règle dans ce domaine", a souligné M. Juncker, ajoutant qu'une première évaluation des progrès dans les négociations sera réalisée au printemps 2016.

"Il ne peut y avoir de libéralisation des visas s'il n'y a pas de contrôles. C'est un mouvement parallèle", a renchéri le président François Hollande.

Les dirigeants de l'UE sont également convenus d'oeuvrer à un système intégré de gestion des frontières qui "ira au-delà du mandat de Frontex", l'agence européenne de surveillance des frontières.

"Dans les prochains mois, l'agence va se transformer en un organe plus opérationnel", a expliqué M. Tusk. "Notre but est de donner à Frontex le droit de renvoyer les migrants illégaux de sa propre initiative, et de la rendre plus proactive en ce qui concerne la protection des frontières extérieures" de l'UE, a indiqué le président du Conseil.

Les 28 ont également aussi débattu de la création d'un corps de gardes-frontières européens pour renforcer les frontières extérieures de l'Union européenne. "L'idée a progressé", a assuré M. Hollande. "Cette proposition n'est plus une proposition, c'est une décision. Ce sera un coût bien moins élevé que s'il fallait rétablir des frontières nationales", a-t-il ajouté.

Enfin, les dirigeants ont convenu que les règles dites de Dublin, qui définissent quel est l'Etat chargé d'examiner une demande d'asile, devraient être améliorée. Ces règles seront évaluées "avant la fin de l'année" par une commission. "Pour la Belgique, une révision (des règles) de Dublin est possible, mais il faut voir ce qui viendrait après Dublin", a encore indiqué le Premier ministre.

(source AFP + BELGA)

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