Côte d'Ivoire : à Duékoué, la piste du règlement de comptes

04/04/11 à 19:20 - Mise à jour à 19:20

Source: Le Vif

Ce week-end, l'Onuci et plusieurs organisations ont fait état de massacres perpétrés dans la région ouest de la Côte d'Ivoire, à Duékoué. Les différentes hypothèses selon les observateurs internationaux.

Côte d'Ivoire : à Duékoué, la piste du règlement de comptes

© REUTERS/Emmanuel Braun

330 morts pour l'Onuci, au moins 800 pour le Comité international de la Croix Rouge (CICR), et un millier de morts ou disparus selon l'ONG Caritas. Les chiffres concernant les massacres perpétrés entre le 27 et le 29 mars à Duékoué, et révélés ce week-end, varient selon les sources. Une chose est sûre: toutes s'accordent à dire que ces faits sont imputables aux deux camps belligérants.

Vengeance ?

Selon l'Onuci, "la plupart" des 330 morts ont été tués par des combattants pro-Ouattara, les autres - "plus de 100" - l'auraient été essentiellement par des miliciens et mercenaires libériens du président sortant Laurent Gbagbo. Le CICR parle pour sa part de "violences intercommunautaires". Enfin, pour le directeur général d'Action Contre la Faim (ACF), les "exactions ont lieu des deux côtés", et selon lui, elles se poursuivent encore actuellement.

Les doutes à présent portent sur les circontances de ces massacres, et penchent vers un règlement de compte. Selon l'ONG Caritas, les exactions auraient été perpétrées essentiellement dans le quartier Carrefour, le jour où les forces pro-Ouattara entraient dans la ville de Duékoué, le 29 mars. Et l'AFP indique qu'avant l'arrivée de ces dernières, ce quartier évoqué par Caritas abritait la base des miliciens pro-Gbagbo pour Duékoué et sa région, commandés par un certain "Colombo".

Dans la banlieue de Duékoué, à Niambi, des habitants témoignent et dénoncent les exactions du camp Gbagbo: "Ici les miliciens et les mercenaires libériens de Colombo ont tué 20 personnes avant l'arrivée des FRCI [Forces Républicaines pro-Ouattara]", raconte Kouadio Gao Hubert, un habitant. "Ils ont brulé nos maisons, pillé nos biens et même violé nos femmes", ajoute-t-il. L'Onu a quant à elle indiqué ce dimanche qu'elle attribuait une centaine de morts aux pro-Gbagbo, "juste avant la prise de la ville".

Face à ces actes, les habitants, que les FRCI n'ont apparamment pas empêché d'agir, auraient alors voulu se venger. "Quand les FRCI sont arrivées, nous on s'est vengés, on a brûlé leurs maisons [des miliciens, ndlr] et on a tué ceux qu'on pouvait tuer aussi", raconte ce même habitant de Niambi. Cet habitant n'a pas pu, ou pas voulu dire le nombre de personnes tuées lors de ces actes de vengeance. En guise de précisions, le camp Ouattara affirme depuis ce week-end que tous les tués étaient des "miliciens", donc des combattants armés, et non des "civils".

Pour mémoire, Guillaume Soro, Premier ministre d'Alassane Ouattara et chef de l'offensive des FRCI, avait assuré vendredi dernier sur la radio RFI, qu'en cas de victoire de ses forces sur les Forces de défense et de sécurité (FDS) de Laurent Gbagbo, aucune représaille ne serait orchestrée contre les populations ayant soutenu le chef de l'Etat sortant, sans préciser s'il parlait des FDS ou des autres partisans armés de Laurent Gbagbo.

Imbroglio intercommunautaire

Autre déclaration, même soupçon de réglement de comptes. "Avant notre arrivée, les pro-Gbagbo avaient emmené les 'alogènes' dans une maison et s'apprêtaient à les brûler quand nous les avons libérés", affirme une source proche des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) d 'Alassane Ouattara.

Une fois libérés, ces personnes "ont dit qu'ils savaient où se cachaient" ceux qui les avaient rassemblés dans cette maison et "sont allés les attaquer; il y a eu au moins douze morts", ajoute cette source, sans préciser si les FRCI ont tenté ou non d'empêcher la vengeance des "allogènes". Dans l'ouest ivoirien, note l'AFP, au conflit politique s'ajoute donc celui entre "autochtones" guéré, réputés pro-Gbagbo, et "allogènes" étrangers ouest-africains et d'autres tribus, considérés comme pro-Ouattara.

De son côté, l'Onuci a affirmé que "la plupart" des victimes ont été "exécutées par les 'dozos' des FRCI." Ces chasseurs traditionnels du Nord, qu'on dit dotés de pouvoirs mystiques ont rejoint le camp des insurgés dès le début de la crise en Côte-d'Ivoire, à l'automne 2002 comme l'indiquait un reportage de Libération en 2005.

Pour sa part, l'ambassadeur Ali Coulibaly, a déclaré ce lundi que l'ouest de la Côte d'Ivoire était "une zone de non droit", où le président sortant "Laurent Gbagbo a recruté pendant des années des mercenaires". "Il y a souvent des affrontements entre communautés, des affrontements à propos de la terre", a-t-il ajouté.

Seule certitude, la situation humanitaire se dégrade à Duékoué

Outre la question des morts, l'organisation Action contre la Faim souligne aussi le problème des déplacés et des sans abris, en grand nombre dans cette région ouest de la Côte d'Ivoire. "Je n'ai jamais vu une telle concentration de personnes déplacées, dénuées de tout moyen et apeurées", a témoigné François Danel, directeur général de l'ONG.

"20 000 à 30 000 personnes - essentiellement des femmes et des enfants - s'entassent dans un périmètre réduit, sans abri. Les vivres disponibles seront rapidement insuffisants", a ajouté le responsable d'ACF, qui a décidé de renforcer fortement ses équipes en Côte d'Ivoire", notamment "pour améliorer l'accès à l'eau". "On est en train de préparer une réponse humanitaire plus massive en fonction des besoins", a expliqué à l'AFP la directrice de la communication de l'organisation humanitaire française, Valérie Daher.

Le Vif.be, avec L'Express.fr

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