Copenhague : objectif zéro carbone pour 2025 ?

17/05/16 à 16:14 - Mise à jour à 18:36

Après le fiasco de la COP15 organisée sur ses terres en 2009, Copenhague veut prendre sa revanche et devenir la première capitale du monde qui n'émet plus de CO2 dans l'atmosphère. Un objectif réalisable dans une ville où seul un quart de la population possède une voiture. Les écologistes et scientifiques restent cependant sceptiques.

Copenhague : objectif zéro carbone pour 2025 ?

Champ d'éoliennes dans la baie de Copenhague. © REUTERS

La ville danoise, désignée Capitale verte européenne en 2014, continue d'avancer dans son projet ambitieux qu'elle s'est fixée pour 2025 : devenir carbon free, à savoir ne plus émettre de CO2 dans l'atmosphère. Un objectif qui devient de plus en plus réalisable sachant que la ville a déjà réussi à réduire de 35% ses émissions depuis 2005, et ce malgré l'augmentation de la population d'environ 10.000 habitants par an.

Une ville où les cyclistes sont rois

Ce projet pourrait d'ailleurs voir le jour en partie grâce à sa population comme l'indique à Libération l'adjoint à l'Environnement, Morten Kabell : "A Copenhague, ce ne sont pas les élus et la mairie qui engagent la population. Ce sont les habitants qui nous poussent à agir". Une population avertie dans une ville où seulement un quart des habitants possèdent une voiture et où près de la moitié d'entre eux se rend au travail ou à l'école à vélo. Un constat qui fait que la ville de la petite sirène est à l'heure actuelle perçue comme la ville cycliste par excellence en Europe avec Amsterdam.

Cette culture de la bicyclette trouve son origine dans la 1ère crise pétrolière de 1973. Les habitants troquent alors leurs voitures, à cause de l'essence devenue trop chère, contre des vélos, ce qui entraînera dans le même temps la construction des premières pistes cyclables. La ville est maintenant équipée de plus de 390kms de pistes et sentiers cyclables et près de 42.000 cyclistes circulent chaque jour sur la Nørrebrogade, la piste cyclable la plus utilisée d'Europe de l'Ouest, qui relie le nord et le centre-ville.

Plusieurs mesures en cours

Afin de poursuivre sa marche en avant et devenir neutre en carbone, plusieurs gros investissements sont censés donner un coup d'accélérateur. "Le défi va être de trouver des idées pour faire disparaître les 300 000 dernières tonnes de CO2", explique, encore une fois au journal Libération, Jorgen Abildgaard, directeur du projet climat à la mairie. On y retrouve la conversion des centrales de cogénération (qui avaient elles-mêmes remplacé les centrales électriques) qui ne consommeront que de la biomasse, la construction d'une centaine d'éoliennes en périphérie de la capitale danoise - Copenhague dispose déjà d'un des plus grands parcs éoliens offshore au monde mis en service au début des années 2000- ou encore l'extension du métro. Pas de doute, devenir une capitale verte est une priorité, mais aussi un effort permanent, comme le confirme Morten Kabell : "C'est prendre en compte le développement durable dans tous les aspects de la politique municipale. Tout doit contribuer à réduire les émissions de CO2. Nous savons que Copenhague aurait sombré dans la récession, après la crise de 2008, sans nos efforts pour devenir neutre en carbone".

Pas soutenu par le gouvernement danois

Néanmoins, actuellement, le plus grand ennemi de la mairie semble être le gouvernement. Un gouvernement libéral soutenu par les conservateurs et les populistes du Parti du Peuple danoisen opposition régulière avec la municipalité. "Ils sont en déni total sur le climat et font tout pour empêcher ce que nous essayons de mettre en place ici", rapporte Morten Kabell. Le gouvernement refuse d'ailleurs la mise en place d'une taxe pollution sur les voitures souhaitée par la municipalité.

Des doutes du côté des experts

Malgré un constat encourageant, l'optimisme qui règne actuellement à Copenhague ne semble pas obligatoirement être partagé par des experts et écologistes, selon l'AFP. Pour eux, la diminution des émissions de carbone est plus due à des coïncidences climatiques -la succession d'hivers doux qui a permis de réduire les besoins en chauffage, mais aussi de grosses journées venteuses qui ont aidé les éoliennes - qu'aux résultats des mesures implantées.

En outre, la ville a annoncé qu'une partie des réductions d'émissions néfastes proviendront du remplacement du charbon par des déchets et de la biomasse tel que le bois. Or, pour les spécialistes, encore faut-il replanter ces arbres et donc parfois attendre 100 ans avant que la "dette" de carbone soit neutralisée par les nouveaux arbres. Dans l'intervalle, la combustion contribue à l'augmentation des émissions de dioxyde de carbone. Klaus Illum, consultant en énergie et ardent critique des objectifs de 2025 de Copenhague, parle même de "falsification des comptes", toujours selon l'AFP. Pour d'autres environnementalistes, l'expression "neutre en carbone" est trompeuse, car elle exclut des sources d'émission comme l'alimentation, l'aviation et la consommation de biens fabriqués hors de Copenhague, soit la quasi-totalité de ceux-ci. En somme, une question de point de vue vis-à-vis de cette neutralité du carbone.

Dans tous les cas, la capitale danoise reste pour le moment pionnière en la matière par sa lutte à grande échelle contre les émissions de CO2. Qu'elle réussisse ou non à atteindre son objectif pour 2025, la ville espère tout de même en inspirer d'autres à suivre la même voie, notamment au lendemain des premières sessions de négociations de l'ONU sur le climat suite à l'adoption de la COP21, en décembre dernier, à Paris.

Par F. Ca.

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