Comment la Hongrie réhabilite un ancien allié de Hitler

18/06/12 à 10:07 - Mise à jour à 10:07

Source: Le Vif

La droite de Viktor Orban renoue avec le culte de l'ancien régent Miklós Horthy, qui a toujours été considéré comme un héros par l'extrême-droite.

Comment la Hongrie réhabilite un ancien allié de Hitler

© Image Globe

Imagine-t-on des politiciens de l'UMP dévoilant une statue du Maréchal Pétain ? C'est à peu près ce qui se produit en Hongrie où la droite au pouvoir soutient la réhabilitation de l'ancien régent Miklós Horthy (1920-1944), qui fut l'allié d'Adolf Hitler. Samedi 16 juin, un buste en pierre de Horthy a été inauguré à Csokakö, petite commune à 60 km de Budapest, par un maire du Fidesz, la droite populiste du premier ministre Viktor Orban, devant quelque 800 participants, dont des sympathisants d'extrême-droite.

Multiplication des honneurs

Trois autres villes hongroises ont récemment célébré Miklós Horthy, donnant son nom à un parc, érigeant une statue de bois grandeur nature ou encore replaçant une plaque de marbre à son honneur sur les murs d'une école dont elle avait été enlevée en 1947.

L'extrême-droite hongroise a toujours vu Horthy comme un héros qui, grâce à son alliance avec Hitler, récupéra des territoires perdus par la Hongrie en 1920. Mais aujourd'hui, "il semble que le Fidesz soutienne lui aussi la réhabilitation de l'ancien amiral", dénonçait récemment Ágnes Vadai, députée d'opposition.
Début mai, deux députés du parti du Premier ministre Viktor Orban ont participé à un bal organisé pour lever les fonds nécessaires à une statue de l'amiral à Budapest. Et dans une interview parue ce dimanche dans le quotidien autrichien Die Presse, Orban lui-même se refuse à qualifier Miklós Horthy de dictateur.
Interrogé sur la multiplication des événements à sa mémoire, le Premier ministre a déclaré: "Les décisions incombent exclusivement aux collectivités locales".

"Orban fait du 'Horthy light'"

Depuis son retour au pouvoir en 2010, le chef de la droite populiste, qui dispose d'une majorité des deux tiers, a réduit le rôle de la Cour constitutionnelle et du parlement, imposé une nouvelle constitution qui bétonne le pouvoir de son parti, et muselé les médias. "La Hongrie de Horthy n'était pas une dictature, mais un régime autoritaire. Orban fait du 'Horthy light'" estime le journaliste Thomas Schreiber.

En quête de légitimité historique, la droite renoue avec les symboles du régime Horthy, ordonnant la rénovation de la place du Parlement, à Budapest, qui va retrouver son apparence ...d'avant 1940. "Avec ce geste symbolique, Orban donne un clair signal aux gens : retournons à l'ère Horthy !" fustige Janos Hallama. Ce père de famille de 45 ans est scandalisé que le conseil municipal de sa ville de Gyömrö ait débaptisé la place de la Liberté pour lui donner le nom de l'amiral. "Horthy était un criminel de guerre, il a une responsabilité dans le génocide des juifs hongrois" souligne J. Hallama. En 1944, sous occupation allemande, l'Etat hongrois participa à la déportation de 437 000 juifs hongrois dans les camps de la mort.

L'affaire divise cette paisible ville-dortoir à 30 kilomètres de Budapest, qui n'est pourtant pas gérée par la droite, mais par une majorité sans étiquette. Cependant, lorsque l'unique élu d'extrême-droite a proposé de rebaptiser la place, "ils ont tous voté pour. Peut-être parce qu'ils sentent le vent souffler vers la droite" analyse le père de famille.

Pour Attila Székely, directeur de la maison de la culture et élu sans étiquette, la décision de rebaptiser la place était tout à fait logique. "Elle s'appelait place Horthy avant 1945, et la famille de l'amiral avait un château ici. On sait de plus en plus de choses sur Horthy, et ce n'était pas quelqu'un d'aussi affreux que le disaient les communistes. Quand j'étais enfant, c'était défendu de parler de tout ça. Mais ma mère parlait parfois du régent, et toujours de manière positive".

A la suite d'une manifestation de quelques centaines d'habitants, le conseil municipal a fait marche arrière. Finalement seul le parc de la ville portera le nom de l'amiral. Mais Janos Hallama et ses amis s'y opposent et veulent un référendum local. Pour l'historien Laszlo Karsai, "l'exemple de Gyömrö, où une partie de la population a réagi, est une exception. Les Hongrois sont indifférents, apathiques. Ils ne veulent pas voir leur passé en face."

Florence La Bruyère, L'Express

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