Charlie Hebdo : "il n'est pas sage" de récidiver

14/01/15 à 07:12 - Mise à jour à 10:22

Source: Belga

L'Union mondiale des oulémas musulmans, dirigée par le prédicateur Youssef al-Qaradaoui, a estimé qu'il n'était "pas sage" de publier de nouveaux dessins du prophète Mahomet, comme le font mercredi de nombreux journaux dans le monde, par solidarité avec Charlie Hebdo.

Charlie Hebdo : "il n'est pas sage" de récidiver

Luz, auteur de la couverture du Charlie Habdo à paraitre ce mercredi. © Reuters

"Il n'est ni raisonnable ni logique, ni sage de publier les dessins et les films offensant le prophète ou attaquant l'islam", écrit dans un long communiqué cet organisme, basé au Qatar et présidé par le prédicateur qatari d'origine égyptienne, Youssef al-Qaradaoui, considéré comme l'éminence grise des Frères musulmans.

"Si on est d'accord que (les auteurs d'attentats) sont une minorité qui ne représente ni l'islam ni les musulmans, alors comment peut-on y répondre par des actes qui ne sont pas dirigés contre eux, mais contre le prophète vénéré par un milliard et demi de musulmans? ", s'interroge l'organisme dans son texte publié tard mardi.

Selon l'Union mondiale des oulémas, publier de tels dessins ne fera que "donner de la crédibilité à la thèse (des auteurs des attentats) selon laquelle l'Occident est contre l'islam". Ces publications ne feront qu'"attiser les haines, l'extrémisme et les tensions", poursuit l'organisme.

Les rescapés de Charlie Hebdo ont sorti mercredi leur premier numéro post-attentat croquant en Une Mahomet la larme à l'oeil.

L'Iran condamné la couverture de Charlie Hebdo, l'EI la trouve "stupide"

L'Iran a condamné le "geste insultant" du magazine français Charlie Hebdo, estimant que ce dessin "porte atteinte aux sentiments des musulmans". La radio de l'organisation Etat islamique (EI) a, pour sa part, jugé "extrêmement stupide" la publication de nouvelles caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo.

"Nous condamnons le terrorisme partout dans le monde (...) mais dans le même temps nous condamnons ce geste insultant de l'hebdomadaire", a affirmé la porte-parole de la diplomatie iranienne, Marzieh Afkham, réagissant à la publication du premier numéro du magazine satirique depuis l'attaque qui a fait 12 morts. Le dessin "porte atteinte aux sentiments des musulmans" et "il peut relancer un cercle vicieux de terrorisme", a-t-elle ajouté. "Chartie Hebdo a de nouveau publié des caricatures portant atteinte au prophète et cela est un acte extrêmement stupide", a dit la radio al Bayane de l'EI, qui contrôle de larges pans de territoire en Irak et en Syrie.

Les nouveaux dessins du prophète vont "attiser la haine"

Al-Azhar, principale autorité de l'islam sunnite basée en Egypte, a estimé mardi que la publication de nouveaux dessins représentant le prophète Mahomet dans le journal satirique français Charlie Hebdo allait "attiser la haine."

La Une du numéro de Charlie Hebdo à paraître mercredi représente le prophète Mahomet, une larme à l'oeil, tenant une pancarte "Je suis Charlie", comme celles des millions de personnes qui ont manifesté en France pour défendre la liberté d'expression après les attentats.

La publication de ces dessins "insultants à l'égard du prophète" va "attiser la haine (...). Elle ne sert pas la coexistence pacifique entre les peuples et entrave l'intégration des musulmans dans les sociétés européennes et occidentales," a indiqué le centre de recherches islamiques d'Al-Azhar dans un communiqué.

Charlie Hebdo a été attaqué au fusil d'assaut mercredi dernier par deux djihadistes français qui ont tué 12 personnes parmi lesquelles le directeur de l'hebdomadaire, Charb, et les dessinateurs vedettes Wolinski et Cabu. L'institution dit "condamner la violence et refuser le terrorisme" mais estime également que cette "provocation ne sert pas les intérêts communs des peuples." "Il s'agit d'une véritable provocation pour les sentiments des musulmans," a indiqué à l'AFP un représentant d'Al-Azhar, Abbas Shoman.

Plus tôt mardi, l'instance représentant l'islam auprès des autorités égyptiennes, Dar al-Ifta, avait "mis en garde" contre la publication de ces dessins, y voyant également "une provocation injustifiée pour les sentiments de 1,5 milliard de musulmans à travers le monde." "Nous appelons tous les musulmans à ne pas participer à des violences", a affirmé à l'AFP Ibrahim Negm, le conseiller du Mufti de la république, qui dirige Dar al-Ifta. "Nous dénonçons la violence et respectons la liberté d'opinion. Mais l'autre partie doit comprendre que nous aimons le prophète Mahomet", a-t-il ajouté.

Washington soutient le droit du journal satirique à publier sa caricature

Washington a assuré mardi que l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo avait le droit de publier en Une sa caricature du prophète Mahomet, dans un pays très attaché à la liberté d'expression mais où la satire religieuse est taboue.

"Quelles que soient les opinions personnelles, et je sais que les esprits s'échauffent fortement à ce sujet, nous apportons notre soutien absolu au droit de Charlie Hebdo à publier des choses comme cela", a argumenté la porte-parole du département d'Etat Marie Harf interrogée sur la prochaine Une du magazine français.

"Il y a tout un éventail de facteurs qui entrent en ligne de compte pour décider de publier, qu'il s'agisse de la liberté de la presse ou de la sensibilité religieuse et je sais à quel point c'est important pour beaucoup de gens. (Mais) cela ne justifie jamais la violence ou la haine", a insisté Mme Harf. "Nous soutenons de manière absolue le droit de ces organisations à publier librement. (...) C'est ce qui se passe dans une démocratie. Point à la ligne", a-t-elle encore martelé.

L'administration américaine n'a pas toujours été aussi favorable à Charlie Hebdo, lorsqu'elle avait critiqué en 2012 une décision de la justice française autorisant la publication de caricatures du prophète Mahomet, en pleine vague, à l'époque, de menaces de violences islamistes contre des intérêts occidentaux. De fait, aux Etats-Unis, pays de la liberté d'expression totale, critiquer la religion est paradoxalement un quasi tabou.

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