Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

12/01/15 à 10:54 - Mise à jour à 10:54

Charlie Hebdo : après l'émotion, les questions

Après la démonstration de dignité du peuple de France, le gouvernement est désormais confronté aux défis posés par les attentats : sécuritaire, politique et autour du vivre ensemble. Un chantier immense.

Charlie Hebdo : après l'émotion, les questions

© Belga

Aux attentats de Paris, le peuple de France a répondu dimanche par une impressionnante démonstration de dignité, d'unité et d'intelligence. Ces émotions exprimées, l'heure est bientôt venue de se pencher sur les défis que posent les événements de la semaine dernière. Revue des enjeux sous forme de questions.

Les questions sécuritaires. L'appréciation que l'on peut avoir du travail des services de renseignement est toujours biaisée par ce que l'on ignorera forcément des actions qui ont permis d'éviter des faits délictueux. Il n'empêche que la relative facilité avec laquelle les frères Kouachi et Amedy Coulibaly ont perpétré leurs actes terroristes interpelle. D'autant qu'aux lacunes apparentes dans la surveillance par les services français des trois terroristes s'ajoute un probable déficit de transmission d'informations entre Américains, qui avaient identifié un séjour de Saïd Kouachi auprès d'Al-Qaeda dans la péninsule arabique au Yémen, et Français.

Dans le même ordre d'idées, la révélation par le procureur de la République de Paris des liens étroits entre les épouses de Chérif Kouachi et d'Amedy Coulibaly (plus de 500 contacts téléphoniques en un an) amène à s'interroger sur la surveillance de l'auteur de la prise d'otages de la porte de Vincennes. N'aurait-il pas pu être neutralisé avant celle-ci, lui qui avait déjà tué une policière la veille et agressé un joggeur dans le parc qui s'étend au pied de l'immeuble où il avait son appartement ?

Les questions politiques. Les attentats et les éventuels dysfonctionnements constatés au terme des enquêtes vont indubitablement induire une réponse politique. Outre la question des services de renseignement, le gouvernement français devra s'emparer des dossiers du contrôle a priori et a posteriori des candidats au djihad en Irak et en Syrie, de la répression de leurs agissements, des processus de dé-radicalisation qui devront le cas échéant être mis en place à leur retour, du prosélytisme islamiste sur Internet et dans les prisons sans compter le combat sur le terrain contre les donneurs d'ordre ou les inspirateurs de ces terroristes, l'Etat islamique et Al-Qaeda.

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L'unité affichée par la classe politique française ne résistera pas aux débats sur la réponse législative à apporter aux nouveaux défis

On se doute bien que l'unité affichée jusqu'à ce week-end par la classe politique française ne résistera pas aux débats sur la réponse législative à apporter à ces nouveaux défis. Il appartiendra à un François Hollande, "représidentialisé", d'à tout le moins assurer la plus grande consultation possible des formations politiques sur cette question d'intérêt national. Le peuple qui a défilé en masse dimanche dans les rues de France ne comprendrait pas que des querelles politiciennes entravent la recherche de solutions. Lui qui peut déjà légitimement suspecter une forme de récupération et de déni politiques dans la présence à la marche de Paris de chefs d'Etat prédateurs de la liberté de presse et d'expression.

Les question de société. Le plus grand défi que devra relever le gouvernement français est cependant la restauration d'un vivre ensemble harmonieux. La mobilisation populaire du week-end est assurément un socle sur lequel les dirigeants politiques peuvent espérer rebâtir une nouvelle société. Mais on voit bien aussi la difficulté de la tâche en regard des "absents" de ce rendez-vous, que ce soient les membres de la communauté musulmane qui ne se reconnaissent pas dans l'adhésion au slogan "Je suis Charlie" voire même dans les valeurs de la République française ou les électeurs du Front national qui, se sentant à tort ou à raison exclus, n'arrivent toujours pas à distinguer sans équivoque le terroriste islamiste français du policier français musulman.

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