Abdel Serghini
Abdel Serghini
Citoyen de Bruxelles
Opinion

01/02/16 à 15:25 - Mise à jour à 15:26

Ce que nos journalistes auraient dû rappeler à Tariq Ramadan

Invité au grand oral de la RTBF et du Soir, Tariq Ramadan a pu exposer ses idées avec une certaine aisance. Il a poussé le culot jusqu'à inverser les rôles à un moment de l'interview. Un véritable coup de maître.

Ce que nos journalistes auraient dû rappeler à Tariq Ramadan

Tariq Ramadan © RTBF.be

Loin de moi l'idée de critiquer les deux journalistes, mais je souhaiterais pointer quelques occasions manquées de répliquer aux propos de Tariq Ramadan.

Lorsque Tariq Ramadan prétend "il ne peut pas y avoir de différences entre les citoyens dans les sociétés majoritairement musulmanes", nos journalistes auraient dû lui rappeler qu'il accepte d'être employé par les autorités du Qatar, pays où la constitution n'offre aucun autre choix à ses citoyens que l'islam et où les étrangers doivent s'abstenir d'afficher tout signe extérieur lié à une autre religion que l'islam.

Lorsque Tariq Ramadan critique l'Iran, l'Arabie Saoudite et leurs pétrodollars, nos journalistes auraient dû lui souffler que les gaz dollars du Qatar ont un autre effet sur lui.

Lorsque Tariq Ramadan se réfère à Sartre, nos journalistes auraient dû lui rappeler sa position scandaleuse d'estimer qu'être français se limite à une situation géographique et d'embrayer que justement lorsqu'on est français ou européen, c'est aussi être l'héritier d'oeuvres philosophiques marquant l'humanité tout comme les oeuvres religieuses.

Lorsque Tariq Ramadan met en relief les enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, nos journalistes auraient dû l'interpeller sur le rôle particulièrement troublant et déstabilisant du Qatar qui, en alliance stratégique avec les Frères Musulmans, use de tous les instruments du soft power pour diffuser une idéologie visant à une politisation de la religion.

Lorsque Tariq Ramadan critique les bombardements français en Syrie, nos journalistes auraient dû l'interpeller sur la Libye et le rôle financier et politique du Qatar dans ces interventions militaires.

Lorsque Tariq Ramadan dit que les Européens doivent avoir la décence d'accueillir les réfugiés, nos journalistes auraient dû lui rafraîchir la mémoire en citant le nombre de réfugiés déjà accueillis et lui poser la question du nombre de réfugiés accueillis par les pays arabes qui disposent des richesses inépuisables, avec à leur tête le Qatar, pays dont il semble devenir un ambassadeur de premier plan.

Lorsque Tariq Ramadan s'émeut que "lorsqu'on s'énerve à Paris, on ressent la nervosité à Bruxelles, malheureusement.", nos journalistes auraient dû lui rappeler que la nervosité se ressent dans le monde civilisé, dans son entièreté, par solidarité avec ce pays qui a offert au monde entier les lumières et dont la révolution constitue la source des démocraties occidentales.

Lorsque Tariq Ramadan affirme qu'il est interdit d'imposer le port du foulard à une femme et qu'il défendra toute femme qui se dit musulmane, mais qui ne souhaite pas porter un voile, nos journalistes auraient dû lui demander pourquoi il ne se saisit pas de sa proximité privilégiée avec les autorités qataries afin de diffuser, via leur instrument de propagande Aljazeera, ce message à l'aide d'une campagne de communication efficace et durable, comme cette chaîne sait le faire sur d'autres sujets tels que la couverture affichée ou dissimulée de l'idéologie des Frères Musulmans.

Lorsque Tariq Ramadan ose parler des pratiques de l'industrie du textile, nos journalistes auraient dû l'interpeller sur le statut des centaines de milliers de Philippins, Pakistanais, Bangladais et Indiens ainsi que sur les traitements inhumains que leur réserve le Qatar pour, notamment, s'offrir une coupe du monde achetée à coup de millions de gaz dollars.

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