Cahuzac, entre démission et confession

16/04/13 à 19:38 - Mise à jour à 19:38

Source: Le Vif

L'ex-ministre français au Budget Jérôme Cahuzac, qui a provoqué un séisme politique après avoir menti sur la possession d'un compte secret en Suisse, a annoncé mardi sa démission de l'Assemblée nationale, lors d'un entretien-confession sur la chaîne de télévision BFMTV.

Cahuzac, entre démission et confession

© Reuters

L'ex-ministre français du Budget Jérôme Cahuzac, devenu un paria avec ses mensonges sur son compte secret à l'étranger à l'origine d'un séisme, s'est livré mardi à une longue confession télévisuelle, reconnaissant "une faute morale" rendant impossible son retour en politique. Lors de cet exercice de contrition d'une demi-heure, l'ancien ministre, exclu du Parti socialiste, a annoncé qu'il ne redeviendrait pas député, comme la loi l'y autorise.

"J'estime que la gravité de cette faute ne me permet pas de rester parlementaire. J'ai le sentiment assez puissant qu'une page se tourne. La vie politique n'a de sens que lorsqu'on est élu. Ne l'étant plus, je n'ai de fait plus de vie politique", a-t-il dit sur un ton grave.

M. Cahuzac a démissionné du gouvernement le 19 mars lors de l'ouverture d'une information judiciaire le mettant en cause pour blanchiment de fraude fiscale. Il a avoué le 2 avril avoir ouvert un compte en Suisse il y a 20 ans, transféré ensuite à Singapour, après avoir nié à plusieurs reprises détenir un tel compte, notamment lors d'une séance mémorable à l'Assemblée nationale.

Dans son mea culpa, l'ancien ministre a évoqué à plusieurs reprises sa "part d'ombre", qu'il a tenté de "repousser" tout au long de sa carrière. "J'ai commis une folle bêtise, une folle erreur! ", a-t-il martelé.

Et comment avoir accepté le portefeuille du Budget tout en pratiquant de l'évasion fiscale? Quand François Hollande lui a proposé le poste en mai 2012, "ce jour-là, à cet instant-là, j'aurais dû avoir la force d'âme de refuser, j'ai commis une faute en acceptant ce poste", répond-il.

Lorsque le site d'information Mediapart a révélé l'existence de ce compte en décembre 2012, François Hollande pouvait-il aussi en être au courant? "J'ignore quel était son degré de connaissance de cette affaire", répond Jérôme Cahuzac, tout en répétant lui avoir "menti".

M. Cahuzac s'est efforcé de dédouaner ses anciens collègues, en particulier le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, accusé par l'opposition de droite d'avoir cherché à le couvrir. "Je leur ai menti", a-t-il assuré, tant à propos du président que de Jean-Marc Ayrault et des ministres. Il a demandé pardon par écrit au chef de l'Etat, mais celui-ci ne lui a pas répondu.

Devenu un paria en France, Jérôme Cahuzac fait avec cette confession sa première intervention médiatique depuis l'annonce de ses mensonges. Il avait affirmé récemment à un ami journaliste être obligé de changer de domicile tous les deux jours, voire de coucher dans sa voiture, pour fuir les paparazzis.

Cette interview de Jérôme Cahuzac a été diffusée au lendemain de la publication par l'ensemble des membres du gouvernement de leur déclaration de patrimoine, un gage de transparence voulu par l'exécutif pour tenter de tourner la page des aveux de l'ex-ministre. Un projet de loi, qui sera présenté le 24 avril, doit imposer cette même transparence aux parlementaires qui, à droite mais aussi à gauche, y renâclent et dénoncent un "voyeurisme".

Ancien chirurgien esthétique, Jérôme Cahuzac a répété que la somme qu'il avait placée en Suisse était de 600.000 euros, démentant avoir placé "plus", et affirmé que son compte n'avait "jamais servi à financer de campagne du Parti socialiste".

Ces fonds provenaient de "son travail", y compris d'"une activité légale auprès d'entreprises de santé et de laboratoires pharmaceutiques" qu'il a exercée après son départ comme conseiller médicament du ministère de la Santé en 1991 et jusqu'à son élection comme député en 1997.

Il a assuré qu'il n'y avait pas eu à cette époque de "confusion des genres", alors que François Hollande entend également légiférer sur cette question du conflit d'intérêts des élus.

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