Armes aux USA: l'aide ne viendra pas de Dieu

04/12/15 à 11:41 - Mise à jour à 12:11

Source: Knack

Aux États-Unis où beaucoup de citoyens sont très croyants, sous-entendre que Dieu seul ne peut pas résoudre la violence par arme est considéré comme du blasphème. Et provoque de nombreux remous.

Après une énième fusillade sanglante, le journal new-yorkais Daily News a publié une "Une" surprenante : "Dieu ne va pas résoudre ça". Accompagné de tweet de républicains qui prient pour les victimes. Une mise en abîme que beaucoup ne goûtent pas ou très peu.

Le Daily News milite depuis longtemps pour un renforcement des lois sur les armes aux États-Unis. Sa Une provocante aura au moins eu l'avantage d'ouvrir le débat. "Alors que les innocents américains meurent dans un bain de sang, les lâches qui pourraient y mettre fin se cachent derrière d'insignifiants lieux communs" précise le journal. Et d'ajouter quelques pages plus loin que 80% des Américains, selon un sondage effectué il y a quelques jours, étaient pour un renforcement des lois sur armes. Ce qui ne veut pas dire que 80% des Américains sont contre les armes, mais par exemple que les personnes qui ont des problèmes mentaux ne pourraient plus aussi facilement acheter une arme, que la vente d'armes de combats lourdes devrait être restreinte ou, comme l'a déjà demandé Obama, que ceux qui sont soupçonnés de terrorisme ne peuvent plus acquérir une arme. En effet, selon la législation actuelle, ils ne peuvent pas monter à bord d'un avion, mais achètent sans le moindre problème un fusil. Le journal se fend ensuite d'une ribambelle de réactions de candidats républicains aux présidentielles américaines suite au bain de sang de San Bernardino. Mis bout à bout, tous ces messages ressemblent à des duplicata d'un seul et même message. Mais aussi à des copies de leurs messages de compassion lors des autres tueries.

Ted Cruz (qui, comme le montre très élégamment son clip de campagne, fait cuire son bacon en le rapprochant avec son arme) : "Nous prions pour les victimes, leurs familles et les services de secours qui sont prêts à risquer gros pour sauver d'autre vie".

Rand Paul, libertarien et contre la restriction de la vente d'arme : "Mes pensées vont aux victimes, à leur famille et aux courageux services de secours".

Chris Christie: "Je prie pour toutes les victimes de la fusillade San Bernardino, Californie".

Jeb Bush: "Je prie pour les victimes, leurs familles et les services de secours de San Bernardino à la lumière de cette terrible fusillade". Ben Carson: "mes pensées vont aux victimes et à leur famille à San Bernardino".

Le seul qui sort du lot est Donald Trump, mais pas pour critiquer la législation sur les armes, non : "La fusillade en Californie n'est pas belle à voir. Je souhaite aux autorités le meilleur et que Dieu vous bénisse. C'est dans des moments comme ceux-ci que l'on apprécie notre police"

Priez pour le pardon

Parmi les trois candidats démocrates, ce n'est pas le même son de cloche puisqu'ils souhaitent un changement de la législation sur les armes. Hillary Clinton: "je refuse de trouver ça normal. Nous devons agir pour arrêter la violence armée". Bernie Sanders: "des fusillades de masse sont presque devenues un fait quotidien dans ce pays. Ces violences maladives et inutiles doivent prendre fin." Martin O'Malley: "terribles nouvelles de San Bernardino. Assez c'est assez : il est temps de s'opposer à la NRA et de faire passer des lois plus restrictives."

La National Rifle Association, le lobby tout puissant des armes

La réaction d'un autre démocrate, le sénateur Chris Murphy du Connecticut, a été retweeté quelque 7000 fois en quelques heures : "Vos "pensées" doivent être pour le chemin qui reste à parcourir pour arrêter ce genre de bains de sang." écrit-il. Vos "prières" doivent demander la miséricorde si vous ne faites rien, encore une fois."

Igor Volsky de ThinkProgress, un blog d'actu de gauche, va encore un peu plus loin et associe les montants que la NRA a donnés à ces pieux candidats. Dans une interview accordée à la chaîne d'actualité MSNBC, Volsky remarque aussi que sur la plupart des sujets, ces candidats ne font pas que prier, mais qu'ils agissent aussi. Sauf dans le cas bien précis des armes, où , là, ils ne se contentent que de prier.

Cette "Une" a provoqué un tollé de l'autre côté de l'Atlantique. Dans un pays encore très croyant, ils sont encore nombreux à trouver blasphématoire de sous-entendre que la prière n'est pas une réponse valable à un problème. Certains ont crié au coup publicitaire de mauvais goût, d'autres à une manoeuvre pathétique pour prendre des parts aux New York Post, le très conservateur tabloïd qui se trouve être aussi la propriété de Rupert Murdoch. On notera au passage que ce journal avait lui plutôt choisi de titrer que l'auteur présumé de la fusillade était musulman. Étrangement la Une était nettement moins vindicative la semaine dernière lorsque c'était un chrétien qui avait assassiné des gens dans un planning familial.

Que la "Une" du Daily News provoque du mécontentement, on pouvait s'en douter, mais de façon plus surprenante le journal The Atlantic qui est de centre gauche a aussi participé au mouvement de grogne. Emma Green, journaliste politique : "Ces attaques sur la prière sous-entendent plusieurs choses: que les croyants , et en particulier les chrétiens, sont pour les armes. Et qui si au contraire ils sont contre, ils doivent se taire après des évènements aussi tragiques. Avant la gauche et la droite partageaient une même langue de dieu, mais ce n'est clairement plus le cas : chaque référence à dieu est vue comme une préférence implicite pour des idées de droite."

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