Après le cessez-le-feu, la vie reprend à Gaza

27/08/14 à 17:46 - Mise à jour à 17:59

La bande de Gaza reprenait vie petit à petit mercredi, au lendemain d'un accord de cessez-le-feu mettant fin à 50 jours d'un conflit dévastateur dans l'enclave, alors qu'Israël et les Palestiniens revendiquaient la victoire.

Après le cessez-le-feu, la vie reprend à Gaza

© REUTERS

L'accord, conclu sous l'égide de l'Egypte, est entrée en vigueur mardi à 16H00 GMT, après une guerre qui a fait 2.143 morts côté palestinien, en majorité des civils, et 70 côté israélien, dont 64 soldats, et qui a ravagé l'enclave palestinienne. L'armée israélienne a indiqué qu'aucune roquette n'avait été tirée depuis Gaza et qu'elle n'y avait elle-même mené aucun raid.

Gaza, les habitants commençaient à respirer de nouveau, les magasins ont rouvert et les bateaux des pêcheurs sont ressortis du port. Certains préféraient cependant ne pas se réjouir trop vite. Avant de penser à l'avenir, "il faut que le cessez-le-feu dure", déclare Ehab Abou Jalal. "On en a assez de la guerre, aucun peuple n'a enduré tout ce que nous avons enduré", explique cet habitant de Gaza.

"Cette guerre a été un désastre, les maisons ont été détruites, les terres agricoles dévastées, il ne nous reste plus rien", résumait, amer, un autre Gazaoui.

L'accord suscitait cependant de l'espoir car il prévoit l'ouverture des points de passage entre Israël et la bande de Gaza et un allègement du blocus imposé par Israël depuis 2006. "L'ouverture des passages pour des besoins humanitaires et des vivres, pour du matériel médical et tout ce qui va permettre de réparer les systèmes d'eau, d'électricité et de téléphonie mobile" devrait entrer immédiatement en vigueur, a indiqué mardi soir le chef de la délégation palestinienne au Caire, Azzam al-Ahmed.

La limitation de la zone de pêche à 3 milles nautiques devrait être levée pour passer à 6 milles (11km) puis à 12, selon lui. Aucun détail n'a cependant filtré sur la possible reprise des importations de matériel de construction à Gaza, dont la reconstruction prendra des mois sinon des années après qu'au moins 55.000 maisons ont été touchées par les frappes israéliennes, selon l'ONU.

Par ailleurs, les questions les plus sensibles, comme la libération de prisonniers palestiniens, la réouverture de l'aéroport à Gaza ou la démilitarisation de l'enclave, doivent être discutées lors de pourparlers prévus au Caire sous un mois.

Les dirigeants du Hamas, invisibles pendant la guerre, sont ressortis mardi soir pour célébrer devant une foule en liesse la "victoire", assurant aux Gazaouis qu'ils auraient bientôt un aéroport et un port.

Un espoir douché mercredi par un proche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "Il n'y aura pas de port, pas d'aéroport, et aucun matériel pouvant servir à la production de roquettes ou pour creuser des tunnels n'entrera" à Gaza, a indiqué le vice-ministre des Affaires étrangères Tzahi Hanegbi à la radio publique.

Le Hamas, qui a infligé à Israël ses plus lourdes pertes militaires depuis 2006 avec 64 soldats tués, s'est targué d'avoir défait une armée "qui se dit invincible" et obtenu l'allègement du blocus, principale revendication des Palestiniens. A l'inverse, côté israélien, un porte-parole de M. Netanyahu a assuré que le Hamas avait "subi une défaite militaire et politique", alors que trois de ses hauts commandants militaires ont été tués dans des raids israéliens. "Le Hamas n'a rien obtenu de ce qu'il exigeait", a-t-il martelé. La presse israélienne était-elle dubitative.

"Match nul", titrait ainsi le quotidien Maariv (centre droite). "Trop peu et trop tard", estimait le Yédiot Aharonot à propos du bilan de l'opération "Bordure protectrice" lancée le 8 juillet, et le quotidien Israël Hayom, bien que pro-Netanyahu, affirmait que "le Hamas s'est rendu, mais a survécu".

Selon les médias, M. Netanyahu a refusé de procéder à un vote du cabinet de sécurité avant de donner son feu vert, au moins quatre de ses huit membres étant opposés à la trêve. Ce désaccord s'est exprimé au sein du gouvernement par la voix d'Uzi Landau, ministre du Tourisme et membre du parti nationaliste Israël Beitenou. "Le sentiment général est que le terrorisme paye. Israël a donné l'impression que nous voulions le calme à n'importe quel prix ce qui a diminué notre pouvoir de dissuasion", a-t-il affirmé à la radio publique.

A l'étranger, les Etats-Unis et la France ont salué l'accord, tout comme le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon qui a espéré que le cessez-le-feu sera un "prélude à un processus politique". L'Iran a salué la "victoire" des Palestiniens, tandis que le Qatar, l'un des principaux alliés du Hamas, a proposé son aide pour la reconstruction de l'enclave où vivent 1,8 million d'habitants dans un territoire exigu de 362 km2.

Par ailleurs, pour la première fois depuis 2007, lorsque le blocus a été renforcé, un convoi d'aide humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) a pu traverser la frontière égyptienne pour entrer à Gaza, avec suffisamment de nourriture pour 150.000 personnes pendant cinq jours. Un deuxième convoi est attendu dans les prochains jours dans l'enclave, où quelque 475.000 personnes ont été déplacées par le conflit.

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