Mel Gibson. © Belga

Acteurs en roue libre : Mad Mel

Le Vif

Autodestructeur. Un mot souvent entendu lorsque l’on parle de Mel Gibson. Obsédé par l’idée de rédemption, ce catholique fervent et conservateur serait aussi lunatique et dangereux que ses personnages fétiches, le sergent Riggs de L’Arme fatale et « Mad » Max Rockatansky. Des démons qui ont fini par torpiller sa carrière.

Lorsqu’on rencontre Mel Gibson au dernier festival de Cannes, à l’occasion de la projection de Blood Father dont il tient le rôle-titre, le malaise est palpable. Le thriller de Jean-François Richet est solide mais anecdotique. L’acteur le sait et semble craindre sans cesse que l’on évoque ses déboires légaux et conjugaux. De Hacksaw Ridge, son premier film comme réalisateur depuis dix ans (qui devrait sortir en novembre prochain), on n’aura droit qu’à un résumé de l’intrigue (l’histoire de Desmond Doss, premier soldat décoré de la médaille d’honneur du Congrès américain sans avoir jamais tiré un coup de feu). C’est que Gibson a toujours été incapable de jouer le jeu de la célébrité et n’affectionne guère les interviews.

Eduqué par des parents dévots et extrêmement stricts qui délocalisèrent leur tribu de onze enfants vers l’Australie lorsqu’il avait 12 ans, Mel connaît des problèmes d’alcool dès l’école secondaire. Problèmes qui culminent dans deux scandales médiatiques. En 2006, arrêté une énième fois pour conduite en état d’ivresse, il insulte un policier qu’il croit juif. Malgré des excuses télévisées, le mal est fait. En 2010, sa compagne l’accuse de violences conjugales et diffuse des enregistrements téléphoniques avinés remplis d’insultes racistes et de menaces de mort. La coupe est pleine. Son agence le lâche, son projet de film sur les Vikings avec Leonardo DiCaprio tombe aux oubliettes et l’ancienne superstar se retrouve à cachetonner dans Machete 2 et Expendables 3. Gibson devient un has been dont le succès passé ne s’expliquerait que par sa belle gueule et beaucoup de chance.

Succès et décadence

De la chance, il en a certes eu en 1978. Il a alors 22 ans et envisage la prêtrise. La carrière d’acteur, il y est poussé par sa famille, admirative de ses dons d’imitation. Lors d’une audition, son charisme va séduire George Miller qui lui confiera le rôle-titre d’une production à petit budget : Mad Max. Le succès du film va lancer Gibson en Australie. Il enchaîne avec Gallipoli de Peter Weir (futur réalisateur du Cercle des poètes disparus) puis avec la suite de Mad Max, The Road Warrior, qui en fait une star internationale en 1981. L’Américain, de retour pour de bon sur sa terre natale, se révèle ensuite un interprète polyvalent, capable d’alterner films d’action, comédies et même drames shakespeariens, s’en sortant plus qu’avec les honneurs en Hamlet pour Franco Zeffirelli (1990).

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La légende veut que ce soit pendant le tournage des Révoltés du Bounty (1984), et malgré les avertissements d’Anthony Hopkins, lui-même alcoolique abstinent, que Gibson succombe définitivement à son addiction. Le paradoxe du personnage est là : il fait tout pour obtenir le succès et la reconnaissance, mais il ne sait pas les gérer. Seule sa femme Robyn, une assistante dentaire rencontrée avant Mad Max et avec qui il restera marié trente et un ans, sait le recadrer. Gibson achète un ranch dans lequel il disparaîtra pendant deux ans. Paradoxe encore, il ne sortira de sa retraite que pour tourner le film qui le propulsera plus haut que jamais : L’Arme fatale (1987). La comédie d’action de Richard Donner a été tellement imitée (y compris dans trois suites à chaque fois un peu moins réussies) qu’on en a oublié la fraîcheur et l’insolence. Gibson y campe un flic instable, aux sautes d’humeur légendaires…

Alors au sommet du star système, l’acteur se pique de passer à la réalisation. A la surprise générale, L’Homme sans visage (1993) est un succès critique et commercial. Récemment élu homme le plus sexy du monde par le magazine People, Gibson y porte une prothèse lui déformant le visage. Toujours la peur d’être catalogué. Couronné par cinq Oscars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, Braveheart (1995), son second effort derrière la caméra, est devenu un classique.

Ce qui ne l’empêche pas de continuer à jouer pour les autres. En 2002, il connaît même son plus grand succès au box- office avec Signes, où il interprète un prêtre en pleine crise de foi pour M. Night Shyamalan (lui aussi futur has been). Gibson cinéaste est prêt maintenant à s’attaquer à son opus le plus ambitieux et le plus personnel : La Passion du Christ. Il engloutit 25 millions de dollars de sa fortune personnelle dans ce projet fou, entièrement interprété en latin et en araméen par un casting d’inconnus. Engrangeant 612 millions de dollars en salles, La Passion rembourse vingt fois son budget et est le film dont tout le monde parle en 2004. Inspiré des toiles de Chirico et d’El Greco, l’oeuvre est visuellement splendide. Sa violence graphique sert le seul propos du film : au bout de la souffrance se trouve l’illumination. Cette conviction, Gibson s’y accroche coûte que coûte dans sa vie privée de plus en plus dissolue, et à travers cette obsession de cinéaste, révèle sa qualité d’auteur. Il poursuivra cette ligne dans son meilleur film à ce jour : Apocalypto (2006), sommet d’adrénaline tourné cette fois en langue maya.

Mais alors que sa Passion fait l’objet d’accusations d’antisémitisme pourtant difficilement soutenables à la vision du film, Hutter Gibson, le patriarche, se répand en propos négationnistes dans la presse ! Des déclarations que Mel, peut-être encore sous la coupe de ce père violent, refuse de dénoncer. L’opprobre public s’abat sur lui. L’alcoolisme le reprend. Sa femme le quitte et sa nouvelle compagne diffuse leurs violentes disputes sur Internet. Dans ces tristes documents, on peut entendre un Gibson effrayant, au sommet de la colère et de l’ivresse, hurler pour le salut de son âme.

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A le regarder dans ce salon cossu du Palais des festivals, il faut avouer que l’homme, mal à l’aise, plein de tics nerveux et parlant dans sa barbe (qu’il a longue désormais) fait un peu pitié. Et si sa performance dans Blood Father n’a rien à envier à celles des beaux jours, sa carrière de comédien est sans doute derrière lui. Par contre si Hacksaw Ridge est une réussite, il pourrait ouvrir la voie à un véritable retour en grâce du réalisateur torturé. D’autant que Randall Wallace, son scénariste attitré, vient d’annoncer travailler sur un projet qui en rappelle un autre, fameux : La Résurrection du Christ !

PAR MATTHIEU REYNAERT

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