Abdication attitude : après Albert II, Juan Carlos

02/06/14 à 12:55 - Mise à jour à 12:55

Source: Le Vif

Moins d'un an après l'accession au trône de Philippe de Belgique, Felipe d'Espagne succède à Juan Carlos. Il était grand temps !

Abdication attitude : après Albert II, Juan Carlos

© Belga Image

Et de quatre ! Après la reine Beatrix des Pays-Bas, le pape Benoît XVI et le roi des Belges Albert II, le roi d'Espagne passe la main. L'annonce de l'abdication de Juan Carlos au profit de son fils, le prince Felipe, a été faite par le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. Plus encore qu'Albert II, Juan Carlos a connu une fin de règne marquée par les ennuis de santé et les scandales à répétition. Pendant trente-cinq ans, les deux grands partis espagnols, socialiste et conservateur, ont conclu une sorte de pacte pour protéger la monarchie et neutraliser toute critique. Mais alors que le pays est plongé dans la crise économique et frappé par le chômage, les écarts de la famille royale ne passent plus. Ces derniers mois, de plus en plus de voix ont laissé entendre que le roi d'Espagne devait céder son trône à son fils avant qu'il ne soit trop tard. En clair : avant que le prince Felipe, resté populaire, ne soit sali à son tour.

En Belgique aussi, il y a un an, juste avant l'abdication d'Albert II et l'accession au trône de Philippe, le feu atteignait les marches du Palais. Les antimonarchistes et les partisans d'une réduction des pouvoirs du roi pouvaient se frotter les mains chaque semaine ou presque, tant pleuvaient les polémiques autour de la famille royale. Les révélations sur les projets successoraux de la reine Fabiola, suspectée de faire de l' "optimisation fiscale", suscitaient, en pleine crise économique, un profond malaise. De même, la nouvelle "affaire Delphine" a fait du bruit : à quelques semaines des célébrations des vingt ans du règne d'Albert II, la "Mazarine belge" a introduit une action en justice afin de prouver, via des tests ADN, qu'elle est bien le quatrième enfant du roi. La communication déficiente du Palais et le piteux spectacle d'Astrid et Laurent croisant le fer à propos de leur dotation princière ajoutaient encore à l'ambiance de fin de règne. De toute évidence, l'abdication d'Albert II a apaisé la tourmente.

En sera-t-il de même en Espagne ? Les politologues locaux en sont persuadés. L'abdication de Juan Carlos permettra de procéder, estiment-ils, à une régénération. Le 5 janvier dernier, jour du 76 anniversaire de Juan Carlos, un sondage publié par le journal El Mundo révélait que 62 % des Espagnols souhaitaient que leur roi abdique. A peine un sur deux soutenait encore la monarchie. Deux jours plus tard, un juge espagnol inculpait la fille cadette de Juan Carlos pour fraude fiscale et blanchiment de capitaux présumés. Inculpation qui a terni un peu plus la couronne espagnole. Depuis trois ans, la popularité de Juan Carlos n'a cessé de chuter, en grande partie sous l'effet de l' "affaire Noos", du nom de la fondation sans but lucratif présidée entre 2004 et 2006 par Iñaki Urdangarin et dont l'épouse, l'infante Cristina, était membre du conseil d'administration. Des dizaines d'emails remis au juge d'instruction par l'ancien associé du gendre du roi indiqueraient que ce dernier a utilisé le prestige et les contacts de sa femme et de son beau-père pour faire des affaires.

A cette affaire de corruption politique s'ajoutent les maladresses du roi. Au printemps 2012, il a dû adresser aux Espagnols des excuses publiques alors qu'il venait d'être hospitalisé après une chute lors d'une partie de chasse à l'éléphant au Botswana, un coûteux voyage qui avait choqué le pays plongé dans la crise. La presse a alors évoqué l'existence d'une "amie intime" de Juan Carlos, organisatrice du safari, ajoutant un zeste de scandale à la polémique. El Mundo révélait aussi, en mars 2013, que le roi aurait hérité de 375 millions de pesetas déposés sur trois comptes en Suisse. Affaibli après avoir subi plusieurs opérations, Juan Carlos cède la place à Felipe. Il était plus que temps !

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