Liberland : " J'ai trouvé mon pays sur Wikipédia"

17/06/15 à 11:15 - Mise à jour à 18/06/15 à 09:05

Source: Le Vif

"Vivre et laisser vivre",voici la devise du Liberland, le dernier micro-Etat créé il y a moins d'un mois entre la Croatie et la Serbie. Située le long du Danube, cette bande de terre de 7 kilomètres carrés était apparemment libre, considérée comme Terra Nullius par son fondateur. Pourquoi, dès lors, ne pas venir planter son drapeau à la manière des conquistadors et développer sa propre utopie ? C'est le pari un peu fou de Vít Jedlika, Tchèque libertarien de 31 ans et premier président de ce nouvel Etat. Entretien.

Liberland : " J'ai trouvé mon pays sur Wikipédia"

Vit Jedlicka et sa compagne. © DR

Comment avez-vous eu l'idée de créer ce micro-Etat ?

Pendant cinq ans, j'ai été membre d'un parti tchèque (Parti des citoyens libres), et j'ai essayé de faire changer les choses dans mon pays. On a eu un élu au Parlement européen, ce ne fut pas un échec total, mais on n'a pas changé grand-chose. J'ai été déçu par la politique. De nombreux amis m'ont alors dit: "Pourquoi tu ne créerais pas ton propre pays ?". J'ai surfé sur Wikipedia et c'est là que j'ai trouvé la région de Gornja Siga, qui s'appelle donc désormais Liberland.

Le Liberland a-t-il été reconnu officiellement par certains pays ?

Oui, nous avons été reconnus par le Royaume du Nord-Soudan (Ndlr: Le Royaume du Nord-Soudan a été fondé par Jeremy Heaton entre le Soudan et l'Egypte pour faire de sa fille Emily une princesse et alerter la population concernant les questions climatiques) et par Google Map. On a également envoyé des notes diplomatiques à tous les pays. C'est le cas, par exemple, de la France ou de la Belgique. On attend des réponses maintenant, mais, de toute façon, on n'a pas besoin de cela pour exister. Le gouvernement égyptien a dit qu'on était une arnaque... Cela me fait bien rire quand on voit que la plupart des Egyptiens veulent quitter leur pays.

La Croatie et la Serbie se disputent à propos de ce territoire. Vous avez été arrêté par la police croate. On vous reprochait d'avoir traversé illégalement la frontière. Qu'est-ce qu'ils vont ont dit ?

J'ai passé une nuit entre les mains de la police croate. Ils étaient très sympas, on a bien parlé, ils étaient très intéressés par le projet. Ils ne sont juste pas habitués à voir des gens venir au Liberland. Par ailleurs, j'ai été entendu par un juge avec qui on a beaucoup plaisanté. Il m'a même dit que son fils avait passé la frontière pour aller, lui aussi, au Liberland...

Plus de 158 000 personnes vous suivent sur Facebook. Vous avez reçu beaucoup de demandes de citoyenneté ?

On a reçu plus 300 000 demandes. Pour le moment, on a accepté 100 citoyens.

Quels critères faut-il remplir pour devenir un citoyen de Liberland ?

Il y en a plusieurs. Il faut respecter les opinions des autres, considérer la propriété privée comme sacrée, ne pas être communiste ou nazi, ne pas avoir commis de crimes. Enfin, il faut aussi avoir fait quelque chose de bien pour Liberland.

Vous ne croyez donc pas à la repentance, au fait qu'une personne puisse changer ?

Qui voudrait vivre avec des criminels ? La sécurité est très importante pour nous. Malgré tout, dans certains cas, les gens changent, c'est vrai. Si c'est quelqu'un fait quelque chose de grand pour le Liberland, on peut éventuellement accepter sa demande malgré les erreurs du passé, mais à des conditions très strictes.

Liberland : " J'ai trouvé mon pays sur Wikipédia"

© Capture d'écran Youtube

La liberté, c'est ce qu'il y a de plus important pour vous ?

A 13 ans, j'ai lu un livre de l'homme politique et économiste français Frédéric Bastiat qui défendait la liberté, le libre-échange et cela a changé ma vie. Au Liberland, l'Etat est réduit à son strict minimum. Dans les pays européens, l'Etat prend plus de la moitié de ce que gagne la population, ce n'est pas normal. Selon moi, l'Etat est mangé par la corruption, il vole l'argent aux pauvres pour le donner au riche, il est corrosif. Je prends seulement l'exemple du ministre des Finances tchèque Andrej Babis qui est à la tête d'un empire agroalimentaire en République Tchèque et qui a profité de subventions européennes au détriment de petites exploitations agricoles.

Vous ne croyez pas du tout aux politiques de relance économique ou monétaristes ? Vous ne pensez pas que l'Etat puisse atténuer les inégalités entre les riches et les pauvres ?

On a vu ce qu'ont fait les politiques interventionnistes en Europe... Au contraire, la Suisse, s'en sort très bien. En République Tchèque, l'Etat dépense plus d'argent pour rembourser sa dette que pour financer l'éducation. Dans notre constitution, l'Etat n'a pas le droit de contracter une dette publique. Il n'y aura pas non plus de monnaie officielle, pas de banque centrale, car ce n'est tout simplement pas nécessaire.

Vous souhaitez créer un paradis fiscal ? Quels pays vous inspirent ? Monaco par exemple ?

Oui, on s'inspire de pays comme le Liechtenstein, Monaco ou encore Hong Kong. On veut devenir le nouveau Hong Kong. Au Liberland, il n'y aura pas d'impôts obligatoires. Le Liberland sera le premier Etat où le citoyen paiera ses impôts sur une base volontaire.

Sur votre site (https://liberland.org/en/about/), vous définissez votre Etat comme "une république constitutionnelle avec des éléments de démocratie directe". Qui a rédigé cette constitution ? Quelles sont ses inspirations ?

C'est un jeune étudiant anglais de 25 ans en droit constitutionnel qui l'a mise sur pied. Il a pris tout ce qu'il y avait de mieux dans trois constitutions: américaine, suisse et estonienne.

Pourra-t-on vivre au Liberland ?

Non ce n'est pas le but. Il n'y a pour le moment qu'un bâtiment que l'on va agrandir pour pouvoir accueillir les 20 membres du parlement après les élections. La majorité de mon staff est à Prague dans notre ambassade. Les seules choses que l'on souhaite construire, c'est un aéroport et un parc aquatique...

Jacques Besnard

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