La France lancera un "bonus-malus" plastique en 2019

12/08/18 à 14:20 - Mise à jour à 14:20

Source: Afp

Le gouvernement français entend mettre en place à partir de 2019 un système de "bonus-malus" pour généraliser le recyclage du plastique, donc passer par le portefeuille des consommateurs, en pleine vague mondiale de réglementation du secteur.

La France lancera un "bonus-malus" plastique en 2019

© Getty Images/iStockphoto

"Demain, quand il y aura le choix entre deux bouteilles, l'une fabriquée en plastique recyclé et l'autre non, la première sera moins chère", a déclaré la secrétaire d'Etat française à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson, dans un entretien au Journal du dimanche (JDD).

Cette mesure, que Mme Poirson veut mettre en oeuvre en 2019 avant de la "faire monter en puissance", consistera en un "bonus-malus" sur les produits à base de plastique et pourra aller jusqu'à 10% de leur prix.

Le président français Emmanuel Macron avait promis pendant sa campagne d'arriver à 100% de recyclage des plastiques d'ici 2025 en France, contre 25% environ aujourd'hui, selon le magazine 60 Millions de consommateurs.

La diffusion massive sur les réseaux sociaux d'images des océans et de la faune marine étouffant sous les déchets, et le lancement de certaines initiatives telles que les "Plastic Attacks" - des rassemblements de consommateurs qui entassent leurs emballages à la sortie d'un supermarché - commence à susciter des réponses politiques dans le monde.

Mme Poirson ne précise pas dans quelle proportion le dispositif abaisserait le coût des objets en plastique recyclé et relèverait celui de ceux qui ne le sont pas. Contacté par l'AFP, le ministère n'était pas joignable dans l'immédiat.

Le bonus-malus est "une logique dans laquelle on se retrouve", a réagi dimanche auprès de l'AFP Emmanuel Guichard, délégué général de la Fédération française de l'emballage plastique (Elipso).

Encore faut-il que les alternatives au plastique existent, nuance-t-il toutefois: "Pour les bouteilles, c'est un choix du consommateur qui est possible. Mais il ne faut pas oublier les autres. Sur le pot de yaourt, il n'y a aujourd'hui pas de plastique recyclé".

"On espère que les industriels joueront le jeu pour que les consommateurs ne soient pas directement pénalisés", a relevé pour sa part Flore Berlingen, directrice de l'association Zero Waste France, interrogée par l'AFP.

- Production mondiale de plastique en hausse -

Mme Poirson confirme la ligne du gouvernement: collaborer avec le secteur plutôt que bannir immédiatement certains produits, même si elle rappelle que l'exécutif français veut interdire le commerce des pailles en plastique d'ici 2020.

"Le recyclage est essentiel mais pas suffisant. Il faut absolument couper le robinet et avoir des mesures plus fermes pour tout ce qui concerne le suremballage, les objets jetables", regrette Mme Berlingen.

Le gouvernement français avait reçu début juillet une cinquantaine d'entreprises et de fédérations qui ont pris différents engagements, par exemple doubler le taux d'incorporation de matières premières issues du recyclage dans les produits en plastique.

"Si dans deux ans le compte n'y est pas, alors on passera au règlement", assure Mme Poirson.

Michel-Edouard Leclerc, le PDG de l'enseigne de grande distribution française portant son nom, annonce dans la même édition du JDD avoir décidé "d'anticiper la loi" en ne proposant plus de pailles et de vaisselle en plastique début 2019.

Parmi d'autres grandes enseignes, Carrefour veut cesser la commercialisation des pailles fin 2018 et supprimer ses emballages plastiques non recyclables de fruits et légumes bio.

De son côté, la Commission européenne veut réduire drastiquement l'utilisation d'objets à usage unique, du coton-tige au matériel de pêche.

Les sacs en plastique à usage unique ont été par exemple interdits cette année au Chili et en Nouvelle-Zélande, comme c'est déjà le cas en France pour ceux qui ne sont pas compostables.

Le secteur reste néanmoins florissant: la production mondiale de plastique a progressé de plus de 40% en dix ans, avec l'emballage comme premier débouché.

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