Charlotte Flechet
Charlotte Flechet
Jeune professionnelle dans le domaine des politiques environnementales.
Opinion

04/12/15 à 07:25 - Mise à jour à 07:25

COP21: "1,5°C pour rester en vie", l'appel des nations vulnérables

Pour de nombreux commentateurs, ramener l'objectif à 1,5°C est irréaliste d'un point de vue politique. Pourtant, atteindre cet objectif est techniquement et économiquement faisable. Mais aussi une question de survie pour certains pays.

COP21: "1,5°C pour rester en vie", l'appel des nations vulnérables

Un habitant des îles Kiribati © Reuters

Parmi la foule de chefs d'Etat et les nombreux évènements organisés lors de l'ouverture de la COP21, ce sont les 43 pays du "Climate Vulnerable Forum" qui ont retenu l'attention du monde entier.

Les membres de ce forum qui regroupe des états vulnérables au changement climatique tels que le Bangladesh et le Soudan ont signé une déclaration appelant à atteindre 100% d'énergies renouvelables en 2050, une décarbonisation totale de l'économie globale et une hausse de la température moyenne limitée à 1,5°C.

Selon l'Office Météorologique du Royaume-Uni, le seuil symbolique de 1°C de réchauffement moyen par rapport à la période préindustrielle sera probablement franchi cette année, et déjà, les nations vulnérables subissent de plein fouet les impacts du changement climatique.

En 2009, la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur le Climat avait adopté l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à la période préindustrielle. Quoique largement présenté dans les médias comme étant un objectif consensuel, plus de la moitié des états du monde - 106 sur 196 - sont en faveur d'un objectif limité à 1,5°C, considéré comme bien plus sûr pour la survie des nations les plus vulnérables.

Depuis la session de négociations de Bonn en juin dernier, les appels se sont multipliés pour ramener l'objectif de température à 1,5°C. Les groupes africain et AOSIS (petits états insulaires) ont insisté sur le fait que 2°C de réchauffement d'ici la fin du siècle les mettrait dans une situation insoutenable et qu'il est absolument nécessaire d'augmenter l'ambition à ce sujet.

Pour de nombreux commentateurs, ramener l'objectif à 1,5°C est irréaliste d'un point de vue politique.

Atteindre cet objectif est pourtant faisable à la fois techniquement et économiquement selon un rapport de la Banque Mondiale publié en 2014. Bill Hare, l'un des auteurs de ce rapport, a affirmé qu'atteindre cet objectif nécessiterait d'avancer toutes les actions de dix ans, ce qui couterait environ 50% de plus que si l'on visait 2°C, mais permettrait d'économiser une quantité bien plus grande d'argent en évitant toute une série de désastres climatiques. Ses conclusions ont néanmoins été critiquées pour leur dépendance trop élevée à des technologies qui ne sont pas encore au point.

Toutefois, "Ce n'est pas une question de faisabilité mais bien une question morale. Deux degrés est peut-être une option sûre pour certains, mais pour d'autres, c'est une menace pour leur survie" affirme Monica Araya de l'organisation Costa Rica Limpia.

Pour les dirigeants des pays des Caraïbes, il est essentiel que l'objectif de température reflète les besoins du monde entier et non ceux de quelques nations privilégiées.

S'exprimant au sommet des chefs d'Etat ce lundi, le président de l'île caribéenne de Sainte Lucie Dr. Kenny Anthony a déclaré : "les effets dévastateurs du changement climatique sur nos pays sont bien connus et documentés. Nous n'avons pas besoin de répéter les faits. Pourtant, malgré des preuves irréfutables et des données scientifiques, il semble qu'il y ait une tentative funeste de nier et minimiser l'unique vulnérabilité de nos états dans les résultats de la COP21."[1]

Pour le CNCD 11.11.11 qui représente 80 associations et ONG de développement belges francophones, inscrire l'objectif de 1.5°C dans l'accord de Paris est l'un des trois éléments essentiels pour s'assurer que celui-ci soit équitable pour les populations du Sud.

Selon Véronique Rigot, Chargée de recherche & plaidoyer 'Environnement et Développement' au CNCD 11.11.11 "C'est le point le plus important, on travaille pour régler le problème à sa source, pour limiter le plus possible le réchauffement et ses impacts."

Les pays développés sont de leur côté plus réticents à l'option d'1,5°C car elle impliquerait inévitablement davantage d'efforts et la mise à disposition de ressources supplémentaires pour aider les pays plus pauvres à se développer en émettant le moins de carbone possible. Pourtant, l'Europe et les autres pays riches auraient beaucoup à gagner si elles souscrivaient à cette option.

En tant que contributeurs principaux au financement climatique, davantage d'impacts du changement climatique signifierait pour eux davantage de soutien à apporter aux nations qui en sont les victimes. La question des pertes et préjudices liés aux impacts du changement climatique est l'un des éléments clé des négociations à Paris. Les Parties sont actuellement en train de discuter comment cette thématique va être intégrée dans l'accord de Paris et quel type de soutien serait fourni par les pays développés. Dans un scénario à 1,5°C, les impacts du changement climatique seront moins nombreux que dans une perspective de 2°C. Cela éviterait donc aux états riches de devoir mettre davantage d'argent sur la table.

"Je pense que les pays développés doivent réaliser que leur réalité est très différente de celle des pays en développement. Pour les pays en développement, le changement climatique a lieu maintenant, chaque jour. L'érosion côtière, les sécheresses et autres impacts du changement climatique sont en train de dépouiller les gens de leurs droits fondamentaux. Les pays en développement doivent commencer à réfléchir au bien de l'humanité et non pas uniquement à leur intérêt national" affirme Dizanne Billy, présidente du Réseau Caribéen des Jeunes pour l'Environnement pour la section Trinidad et Tobago.

La question de l'objectif maximum de réchauffement est extrêmement délicate car elle met toute une série de pays émergents comme la Chine, le Brésil et l'Inde dans l'embarras. Alliés traditionnels des pays en développement, leur croissance économique soutenue va les amener à émettre davantage de gaz à effet de serre afin de sortir leurs populations de la pauvreté.

Néanmoins, on voit que certains discours sont en train de changer. Dans son allocution d'ouverture de la COP, François Hollande a appelé les délégués à viser les 1,5°C "si possible ", tandis que Barack Obama a affirmé vouloir 2°C ou moins.

Au niveau européen, on ne sait pas encore quel type de compromis peut être attendu sur la question. Néanmoins, si l'Europe veut respecter ses propres principes de justice et de respect des droits de l'homme, elle se doit d'entendre l'appel des nations vulnérables. Comme le rappelle très clairement le slogan d'une campagne menée actuellement à travers les petits états insulaires et les pays les moins avancés, il s'agit bien de "1,5°C pour rester en vie."

[1] Traduction par l'auteur.

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