Afrique du Sud : la justice impuissante face au braconnage des rhinocéros

10/08/15 à 10:01 - Mise à jour à 10:00

Depuis six ans, Ansie Venter est procureure dans des affaires de braconnage de rhinocéros, dans le petit tribunal en briques de Skukuza, la "capitale" du célèbre parc sud-africain Kruger, et son constat est pessimiste.

Afrique du Sud : la justice impuissante face au braconnage des rhinocéros

© Reuters

Car si de plus en plus de prévenus comparaissent pour braconnage et si les peines sont de plus en plus lourdes, la justice sud-africaine est impuissante à stopper le massacre, les commanditaires restant impunis.

Son tribunal, dit-elle, traite les affaires de braconnage avec la même fréquence que "les affaires de vol à l'étalage en ville".

Les chiffres ne lui donnent pas tort puisque l'Afrique du sud devrait battre en 2015 le record établi l'année précédente de 1.215 rhinocéros tués pour leur corne, très populaire en Asie où on lui prête des vertus médicinales.

Dans la pièce voisine de la salle d'audience, les détenus, essentiellement des immigrés illégaux du Mozambique voisin, sont menottés derrière les barreaux et attendent de comparaître devant le juge.

Ce matin de juin, étonnamment doux pour un début d'hiver austral, c'est Elliot Mzimba qui est dans le viseur d'Ansie Venter.

Portant jean bleu délavé, ce père de famille de 43 ans a été arrêté plus tôt dans l'année dans le parc Kruger avec un fusil de calibre .375 et des munitions.

Le verdict est implacable : Elliot Mzimba qui a plaidé coupable se voit infliger une peine de sept ans de prison pour présence interdite dans le parc, possession illégale d'armes à feu et de munitions et intention de commettre un crime.

"Plus la sentence est lourde, plus ce sera dissuasif" pour les autres, estime la procureure, qui reconnaît pourtant que le nombre des prévenus augmente d'années en années.

"Je pense que c'est de pire en pire", estime cette femme de 54 ans, chevelure auburn et chemisier rayé noir et blanc.

"Mais nos mains sont virtuellement liées", regrette-t-elle. De fait, l'Afrique du Sud n'a pas de législation particulière pour combattre le braconnage de rhinocéros et il est difficile de prouver le braconnage sans flagrant délit.

La plupart du temps, le parquet doit donc se résoudre à demander les peines maximales pour des délits moins graves comme l'entrée interdite dans un parc ou la possession illégale d'armes à feu.

'C'est écoeurant'

"Nous devons espérer que ces lourdes peines vont nous aider. Mais il y a tellement de cas..." soupire Ansie Venter.

Au cours des quatre premiers mois de cette année, 393 rhinocéros ont déjà été victimes du braconnage, un chiffre en augmentation de 18% par rapport à la même période en 2014, selon les chiffres annoncés en mai par la ministre de l'Environnement, Edna Molewa.

Certains braconniers réussissent même à échapper à la justice en obtenant une libération sous caution qui leur permet de fuir l'Afrique du Sud et de ne jamais être punis.

"Le Mozambique n'a pas de traité d'extradition, ce qui signifie que (les braconniers) s'enfuient et ne sont jamais traduits devant un tribunal", explique Mme Venter.

Les militants de la lutte contre le braconnage sont sur la même ligne et critiquent régulièrement le manque de coopération entre l'Afrique du Sud et le Mozambique dans ce domaine.

Dex Kotze, l'un d'entre eux, se bat pour que le braconnage soit considéré comme un crime au même titre qu'un meurtre.

"Un braconnier reconnu coupable serait ainsi condamné à 15 ans de prison minimum et devrait rembourser la valeur du rhinocéros tué à son propriétaire", plaide t-il.

"C'est écoeurant", s'emporte Dex Kotze, dénonçant l'absence de traité d'extradition avec le Mozambique frontalier du parc Kruger qui traduit selon lui "un manque de volonté politique".

"Nous ne faisons pas de progrès, la plupart des cas sont des arrestations rapides, des condamnations rapides et non de véritables enquêtes criminelles", peste de son côté Julian Rademeyer, l'auteur de "Killing for Profit", un livre sur le braconnage des rhinocéros.

"Les criminels internationaux ont 10 longueurs d'avance sur les lois", ajoute t-il, estimant que les autorités devraient s'attaquer aux gros bonnets plutôt qu'aux petits braconniers.

"Les ressources ne sont pas là, le gouvernement dit que c'est sa priorité mais il y tant de priorités qu'honnêtement celle-ci est plutôt au bas de la liste", ajoute-t-il.

Malgré son combat quotidien pour sauver les rhinocéros, Ansie Venter assure pourtant comprendre ce qui pousse les braconniers à commettre leurs crimes : "Peu importe à quel point nous méprisons et détestons les gens que nous attrapons, il ne faut pas oublier que ce sont des gens peu éduqués qui cherchent désespérément des revenus".

Avec l'Afp

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