Vu de Flandre : La dernière chance de Di Rupo

17/05/11 à 15:27 - Mise à jour à 15:27

Source: Le Vif

Même dans son rôle de formateur, il y a un risque qu'Elio Di Rupo bloque toutes les tentatives d'une réforme approfondie de l'Etat. Il préférera n'importe quoi à des concessions accordées à la N-VA, quitte à maintenir le gouvernement dirigé par Yves Leterme. Or, opter pour un gouvernement qui n'a pas la majorité en Flandre constitue une vraie menace pour la survie de la fédération.

Vu de Flandre : La dernière chance de Di Rupo

© Image Globe / VIRGINIE LEFOUR


Par Rik Van Cauwelaert, Directeur de Knack.
Le PS est un bureau de communication qui ne compte qu'un seul client : Elio Di Rupo. En aucun cas, l''image de ce client ne peut être entachée. Cela s'est encore vérifié jeudi dernier, après que le négociateur royal Wouter Beke eut exprimé sa volonté d'être déchargé de sa mission. Beke avait fini un texte dans lequel il présentait un large aperçu de la nouvelle réforme de l'Etat. Le négociateur s'apprêtait à remettre ce document au chef de l'Etat. Mais Di Rupo voulait savoir à tout prix qui d'autre, hormis le roi, recevrait ce document.

Après avoir entendu ses collègues francophones et fort soucieux de la tournure politique que pourrait prendre la crise politique, Di Rupo a fait porter le soir même une missive à Beke dans laquelle il insistait sur le fait qu'il ne se sentait lié par aucune de ses propositions. Di Rupo redoutait très fort que certaines des pistes, largement empruntées pendant des semaines, sur la scission de la circonscription électorale de BHV et sur la réforme de la loi de financement fussent rendues publiques. En aucun cas, l'opinion publique francophone ne devait avoir l'impression que le président du PS partageait, d'une manière ou d'une autre, la logique réformatrice des Flamands, et encore moins celle de De Wever et de sa N-VA.

La mission de formateur est l'ultime chance d'Elio Di Rupo. Celui-ci a déjà raté, à l'été 2010, la première occasion de former un gouvernement, après la réunion du PS et de la N-VA à Vollezele. Le président du PS n'a pas osé prendre le risque, comme Spitaels en son temps, de conclure un grand accord communautaire avec les Flamands, en l'espèce avec Bart De Wever. Il est à craindre que Di Rupo essaie, désormais, de gagner du temps pour protéger la Wallonie et Bruxelles d'une réforme de l'Etat qui devrait aboutir, inévitablement, à un assainissement des finances publiques. La "règle" que la réforme de l'Etat ne peut coûter le moindre euro aux francophones fait figure de dogme politique chez Di Rupo et le PS.

Le gouvernement fédéral est fier d'étaler au grand jour des prévisions économiques très favorables. Mais passe sous silence que la croissance est surtout réalisée dans le nord du pays, oeuvrant dans le sillage de l'Allemagne. Cette croissance est due aussi à de nombreux investissements décidés par les entités fédérales et les pouvoirs locaux. Les bulletins de victoire présentés par le gouvernement en affaires courantes servent à créer l'impression que cette grande réforme de l'Etat n'est pas la première des priorités.

Or la fédération reste suspendue à un assainissement colossal. Les chiffres des inévitables efforts financiers à réaliser, rendus par le Haut Conseil des Finances et transmis à l'Europe, révèlent que le solde belge primaire (le budget sans les charges d'intérêts), planté dans le rouge durant deux années déjà, devra être corrigé, entre 2011 et 2015, par 4,2 % du PNB. Et ce à l'heure où la Wallonie présente un solde primaire négatif de quelque 6,2 milliards d'euros, à en croire le Cerpe (l'institut de recherche des économistes de l'université de Namur). Qui plus est, l'étude namuroise indique que ce chiffre a augmenté, depuis 2006, de 4,5 milliards d'euros. Ce qui laisse présager que le PS continuera à refuser une vraie réforme de l'Etat, si incontournable soit-elle pour assurer le sauvetage de la fédération et de la sécurité sociale.

Même le bureau de notation Standard & Poor's juge que cette réforme de l'Etat et surtout la révision de la loi de financement sont inéluctables. Le risque est très réel que le formateur Di Rupo utilisera tous les moyens dont il dispose pour bloquer toutes les tentatives d'une réforme approfondie de l'Etat. Il préférera n'importe quoi à des concessions accordées à la N-VA de Bart De Wever, Il ira même jusqu'à tenter le maintien du gouvernement dirigé par Yves Leterme. Or opter pour un gouvernement qui n'a pas la majorité en Flandre constitue une vraie menace pour la survie de la fédération.

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