Stérile, le "No Border Camp" ?

07/10/10 à 16:50 - Mise à jour à 16:50

Source: Le Vif

Anarchie, extrémisme de gauche et électrons libres ont "campé" à Bruxelles pour lutter contre la politique antimigratoire européenne. Discussions, manifestations et violence au menu.

Stérile, le "No Border Camp" ?

© Belga

En 1999, une idéologie internationale tout à la fois rebelle, anarchiste et activiste de gauche, s'était synthétisée sous le label "No Border" ("Pas de frontières"). Cette mouvance se réunit depuis lors de manière annuelle dans un camp international avec pour objectif "d'obtenir la fin du système des frontières, qui nous divisent tous et toutes, de défendre la liberté de circulation et d'installation et de s'opposer aux systèmes capitalistes et autoritaires qui entraînent exil forcé, guerre et misère", résume un récent communiqué.

Jusqu'ici, chaque "No Border Camp" s'était établi de façon symbolique en bordure de l'Union européenne. Un choix contraire fut posé pour 2010 : le coeur de l'Europe, en pleine présidence belge, serait la cible. Voilà pourquoi le camp fut établi entre le 25 septembre et le 3 octobre sur le site bruxellois de Tour & Taxis. Ce qui inquiétait les autorités, notamment policières, d'abord parce que cet extrémisme politique bigarré, entre rouge et noir, s'exprime volontiers par la violence. Cela peut même être organisé, avec l'apparition de "black blocs", des structures libertaires non hiérarchisées se cristallisant à la faveur de manifestations pour agresser ceux qu'ils pensent être les bras armés du capitalisme, les policiers, et détruire si possible ce qu'ils désignent comme ses symboles, entre banques et sièges de multinationales.

Bref, que retenir du camp qui a concentré un petit millier de participants, logeant sous tente à "Tour & Taxis" ou dans des squats ? Qu'il a plus mobilisé l'extrême gauche que les anarchistes, lesquels étaient peut-être deux à trois cents, même s'il "est devenu difficile d'analyser cela, car les affiliations idéologiques sont moins claires que par le passé et les électrons libres, plus nombreux", résume un observateur privilégié. "Quant aux discussions et forums, certains étaient assez riches mais d'autres vraiment creux. Des gens parlent pour s'entendre parler, ici comme ailleurs, alors que les enjeux graves et actuels pour l'immigration et le droit des malheureux du monde à chercher un futur sont bien réels."

Du côté matériel des choses, le "No Border Camp" bruxellois ne laissera pas non plus beaucoup de traces, au grand dam sans doute de ceux qui auraient bien joué aux "black blocs". Les interventions d'une police bruxelloise bien rodée au maintien de l'ordre n'y sont pas pour rien. Ainsi, une manifestation au centre "127 bis" fut encadrée le 26 septembre presque sans coup férir et obtint peu d'échos. Quant à la massive "euromanifestation" du 29 septembre, les membres du NBC n'y eurent guère accès, la police ayant procédé à quelque 250 arrestations administratives préventives, avant que de supposés activistes, dont certains porteurs de bombes de peinture, de masques, etc., la rejoignent. Avec, à la clé, un coup de colère de la Ligue des droits de l'homme, craignant pour la liberté de manifester et dénonçant des violences policières. Enfin, la manifestation de soutien aux sans-papiers et de clôture du camp, le 2 octobre, a réuni un gros millier de participants sans aucune violence.

Malgré tout, la tenue du camp fut émaillée par des "attaques" chères aux activistes. Genre bac à sable, comme à Auderghem lorsque quelques-uns d'entre eux ont répandu de l'huile usagée à l'entrée du siège d'une entreprise souvent ciblée par l'anarchie belge. Ou nettement plus dur, quand une cinquantaine d'autres, blessant légèrement deux policiers, ont mis le commissariat du quartier des Marolles à sac, dégradant de surcroît plusieurs voitures. De quoi marquer l'Histoire ? La petite, tout au plus.

ROLAND PLANCHAR

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