Raoul Hedebouw : "La violence est d'abord le fait de l'Etat"

23/04/15 à 10:19 - Mise à jour à 10:25

Source: Le Vif/l'express

La colère contre la coalition suédoise gronde toujours, entretenue par un PTB en embuscade. Raoul Hedebouw, député fédéral, balise la montée en puissance : "Il faut d'abord élargir la contestation sociale avant de la radicaliser."

Raoul Hedebouw : "La violence est d'abord le fait de l'Etat"

© Belga - THIERRY ROGE

Le Vif/L'Express : Taxe des millionnaires, semaine de 30 heures, ville neutre en carbone : laquelle des "brillantes" idées ramassées dans son livre-manifeste (1) serait pour le PTB un préalable non négociable à l'entrée dans un gouvernement ?

Raoul Hedebouw : La taxe des millionnaires est un élément important de notre vision politique. Pas par plaisir de faire payer les plus riches, mais par pragmatisme.

"Taxe des millionnaires" plutôt qu'"impôt sur la fortune", c'est pour faire plus joli ou moins peur ?

Pour mieux cibler les fortunes construites sur l'activité actionnariale ou les grands héritages Soit 88 000 familles millionnaires en euros en Belgique. Cette taxe épargnerait donc 98 % de la population.

Est-ce bien la place du PTB de siéger au Parlement, incarnation de la démocratie bourgeoise et libérale ?

Il existe d'autres endroits où je me sens mieux. Le Parlement ne pourra à lui seul faire reculer le gouvernement. Le député que je suis n'a aucun espoir de convaincre Charles Michel de modifier sa politique ou de changer de camp, celui du patronat et des millionnaires. Ce ne sont pas des interpellations parlementaires qui empêchent Charles Michel de poursuivre son boulot. Ce qu'il craint, c'est une extension du mouvement social. Un peuple qui se lève peut faire bouger les lignes. Les gens doivent encore en prendre conscience. C'est pour cela que les députés PTB veillent à entretenir la relation rue-Parlement-rue. Charles Michel l'a dit : " Le PTB donne le ton dans l'opposition."

La clé du changement se trouve dans la rue plus qu'au Parlement ?

Notre histoire sociale le montre. Sans les grèves de 1893 et de 1913, on ne peut pas comprendre le suffrage universel. Ni la semaine des 40 heures sans les grèves de 1936. Ni la Sécu sans le mouvement social de 1945-1946.

Ces grandes luttes sociales se sont souvent déroulées dans la violence et le sang... On pourrait y replonger ?

J'espère que non, du fond du coeur. Cette violence est souvent d'abord le fait de l'Etat. C'est la gendarmerie qui tirait dans le tas lors des grèves des 1950 et de 1960. Et c'est la gendarmerie à Liège qui, lors des manifs étudiantes de 1995, a introduit à coups de matraque les idées du socialisme dans mon petit crâne...

La contestation sociale est loin d'atteindre ce climat pré-insurrectionnel...

Parce qu'une partie de la population en est encore à se dire : "J'attends, la crise va passer."

(1) La taxe des millionnaires et sept autres idées brillantes pour changer la société, sous la direction de Peter Mertens, Editions Solidaire, 175 p.

L'intégralité de l'entretien dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec :

  • le PTB peut-il accéder au pouvoir ?
  • dur de mobiliser ?
  • élargir le mouvement social pour mieux l'infiltrer ?
  • où reste la grande révolution libérale ?
  • de qui le PTB a-t-il surtout peur ?
  • que manque-t-il au PTB pour entrer dans la cour des grands ?

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