Bart Maddens
Bart Maddens
Politologue à la KULeuven et proche du mouvement flamand
Opinion

21/08/15 à 09:00 - Mise à jour à 20/08/15 à 17:00

Politique fiction : Tous les nationalistes flamands proclament l'indépendance flamande

Le politologue Bart Maddens rêve tout haut et a établi une liste de nationalistes flamands de tous les partis. "Leur seul point commun, c'est qu'ils proclameront l'indépendance flamande au parlement flamand s'ils ont la majorité absolue".

Politique fiction :  Tous les nationalistes flamands proclament l'indépendance flamande

Tom Van Grieken (VB), Bart Staes (Groen), Nelly Maes, Bert Anciaux (SP.A) et Bart De Wever (N-VA) © Belga

Imaginez-vous la chose suivante : lors des prochaines élections du parlement flamand, les partis nationalistes flamands unissent leurs forces. Ils forment un cartel et soumettent des listes communes partout. En tête de ces listes, figureront non pas les chefs de file de ces partis, mais les représentants du mouvement flamand et qui n'est pas lié à un parti politique.

Le président du Vlaamse Volksbeweging (VVB) Bart De Valck est tête de liste à Anvers. Le président de la N-VA Bart de Wever occupe la quatrième position, suivi immédiatement par Tom Van Grieken (le président du Vlaams Belang). Mais sur les listes du cartel figurent également des flamingants progressifs tels que Bert Anciaux (SP.A), Nelly Maes (ex-VU/SLP) et Bart Staes (Groen).

Le cartel représente pratiquement tout le spectre idéologique flamand. Et outre les politiques il y a de nombreux BV (Flamands célèbres) sur les listes : sportifs, artistes et personnages médiatiques de tous poils.

Le seul rapport entre eux, c'est leur accord de proclamer l'indépendance flamande au parlement flamand en cas de majorité absolue. Une fois cette indépendance assurée, il faudra organiser des nouvelles élections le plus rapidement possible où les anciens partenaires de cartel redeviennent des adversaires politiques. De cette façon, les flamingants mettent en pratique ce qu'Eric Defoort a crié en 2006 à la Veillée de l'Yser : "Quand il s'agit de la nation, nous sommes unis".

Il s'agit évidemment d'une pure rêverie, d'une hallucination flamingante. Il n'y a aucune chance d'avoir un jour un cartel aussi large acquis à l'indépendance. Comment les partis seraient-ils un jour capable de dépasser leurs oppositions idéologiques ?

Junts pel si

Pourtant, c'est exactement ce qu'il se passe en Catalogne. Tous les partisans de l'indépendance mettent leurs différences idéologiques de côté et constituent un front catalan impressionnant. Mi-juillet, les indépendantistes se sont mis d'accord pour organiser des élections plébiscitaires. D'un point de vue purement institutionnel, il s'agit simplement d'une élection anticipée du parlement catalan.

Cependant, les partisans de l'indépendance soumettent des listes collectives sous le nom de Junts pel sí: ensemble pour le oui. En tête de ces listes figurent des représentants du mouvement d'indépendance qui ne concernent pas la politique d'un parti. Si le camp du oui atteint la majorité absolue au parlement catalan, elle proclamera l'indépendance catalane. De cette façon les élections régionales se transforment un référendum sur l'indépendance.

L'indépendance, c'est la solution

L'indépendance, c'est la solution © Reuters

"L'indépendance, c'est la solution"

Cependant, je l'admets, la comparaison entre la Flandre et la Catalogne ne tient pas tout à fait la route. Ainsi, le camp du oui catalan ne possède pas de composante d'extrême droite. Pour des raisons historiques, l'extrême droite en Catalogne est surtout nationaliste espagnole. Au demeurant, le CUP, un parti d'extrême gauche séparatiste, n'a pas rejoint Junts pel sí. Cependant, les sièges obtenus par ce parti seront ajoutés au camp du oui.

Longueur d'onde idéologique

Pourtant, la longueur d'onde idéologique au sein de Junts pel sí reste considérable. Les deux composantes principales du cartel sont le parti libéral Convergèncía Democràtica de Catalunya (CDC) et le parti de gauche républicain Esquerra Republicana de Catalunya (ERC): deux partis diamétralement opposés, hormis en ce qui concerne l'indépendance de la Catalogne. Sur les listes on trouve aussi d'anciens socialistes catalans. Et le chef de file principal du oui, en tête de liste à Barcelone, n'est pas le ministre-président sortant Artur Mas du CDC, mais un ancien parlementaire européen écologique : Raül Romeva.

L'issue est incertaine. On ignore si le oui obtiendra la majorité absolue espérée. Lors des élections régionales de 2012, trois partis catalans (CiU, ERC et CUP) ont obtenu une large majorité de 74 des 135 sièges. CiU était un cartel du CDC avec le parti démocrate-chrétien UDC. À présent, UDC se présente séparément aux élections parce qu'il ne soutient pas l'indépendance défendue par le CDC. Cependant, l'aile radicale du UDC a fait sécession pour rejoindre le camp du oui.

Tout compte fait, la situation en Catologne est inédite et donc imprévisible. Il n'y a pas encore de sondages fiables et la véritable campagne électorale doit encore commencer. Mais il est déjà clair maintenant que la diversité politique au sein de Junts per sí est à la fois une force et une faiblesse.

Discorde

Les adversaires de l'indépendance, y compris les médias hispanophones, essaient de semer la zizanie au sein du camp du oui. La semaine dernière, le désaccord entre différents segments de Junts per sí sur le revenu de base a fait la une des médias. Au début de la semaine, il y a également eu une polémique parce que la tête de liste Romeva n'a pas voulu confirmer qu'Artur Mas est candidat à la ministre-présidence de Junts pel sí.

Le fait qu'il ne s'agit pas d'un référendum formel risque de jouer des tours au camp du oui. Ce sont surtout les opposants modérés de l'indépendance qui essaient de briser l'enjeu du référendum en focalisant sur les thèmes socio-économiques et la politique du gouvernement. Les conservateurs du Partido Popular (PP) fulminent aussi contre le caractère plébiscitaire de cette élection, tout en continuant à polariser. "On doit envoyer des 'guérilleros' au parlement catalan pour lutter contre le séparatisme" a déclaré le chef de file du PP Xavier Albiol.

No pasarán

Le premier ministre Mariono Rajoy (PP) se concentre surtout sur les élections nationales de décembre. Il espère tirer profit du désaccord sur la question catalane au sein du parti socialiste. L'attitude parfois ambiguë des Catalans socialistes embarrasse parfois le PSOE national, ce dont Rajoy désire profiter au maximum.

Mariano Rajoy

Mariano Rajoy © AFP

Nous voici dans le vif du sujet. Dans la question catalane, le PP défend uniquement ses intérêts personnels. Ces dernières années, le parti a envenimé un maximum les désaccords avec les nationalistes catalans. Le PP n'a pas totalement abandonné ses racines franquistes et souhaite se profiler comme le défenseur ultime d'une Espagne une et indivisible.

Le parti espère faire son beurre de l'aversion très répandue en Espagne vis-à-vis des séparatistes basques et catalans. Pour cette raison, Rajoy a toujours rejeté toute offre de dialogue. La demande pourtant raisonnable des Catalans de bénéficier d'un statut spécial en tant que nation historique en Espagne, s'est toujours heurtée à un no pasarán.

C'est la raison pour laquelle le camp du oui a une chance réelle de gagner le 27 septembre. Les Catalans ne réalisent que trop qu'ils ont une chance historique de faire front contre l'autorité centrale qu'ils haïssent.

Les indépendantistes catalans se sont tellement engagés pour ces élections que la perte du camp du oui représenterait un triomphe inédit pour le nationalisme espagnol avec tout ce qui s'en suit. La lutte d'indépendance catalane n'aura pas de sitôt des conditions aussi propices. La Catalogne restera ce qu'elle est aujourd'hui: une des 17 régions espagnoles qui gémit sous le pouvoir central. Quel triste sort pour un pays aussi fier, qui a sa propre langue et sa culture, une identité nationale forte et un passé grandiose.

Une chose est sûre: si la poudrière espagnole explose, l'onde de choc dans l'UE et en Belgique sera énorme. Soyez certains que l'état espagnol s'opposera par tous les moyens à l'indépendance de la Catalogne. La Commission européenne et les différents états de l'UE devront choisir leur camp : reconnaîtront-ils la Catalogne ou pas ?

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La Belgique, dominée par un parti séparatiste, se hâtera de reconnaître l'indépendance de la Catalogne

Je connais d'ores et déjà un pays où le choix sera vite fait. C'est le seul pays de l'UE où le gouvernement national est dominé par un parti séparatiste. Il ne fait pas de doute que ce sera le premier pays à se hâter de reconnaître l'indépendance de la Catalogne. Ou suis-je à nouveau en train d'halluciner ?

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