"Plusieurs dizaines de milliers de Belges sont touchées par les dérives sectaires"

24/03/14 à 18:08 - Mise à jour à 18:08

Source: Le Vif

Pour ses vingt ans d'existence, la fédération européenne des centres de recherche et d'information sur le sectarisme (FECRIS) tire la sonnette d'alarme. Les sectes sont en augmentation et diversifient de plus en plus son champ d'action.

La fédération européenne des centres de recherche et d'information sur le sectarisme (FECRIS)a organisé son colloque annuel à la Chambre des représentants, ce lundi à Bruxelles, à l'occasion de ses 20 années d'existence. L'événement, qui a réuni environ 130 personnes et était organisé avec l'asbl belge d'aide aux victimes des sectes AVISO, a notamment mis en exergue la nécessité d'une meilleure coordination au niveau international dans la lutte contre les mouvements sectaires.

Basée à Marseille, la FECRIS regroupe actuellement 58 associations, principalement en Europe, dont AVISO. A l'heure des nouvelles technologies et face à des mouvements sectaires qui peuvent se transformer, se déguiser ou se déplacer, la volonté de ces associations est plus que jamais de se fédérer au niveau international, explique André Frédéric, député fédéral et président d'AVISO.

Depuis environ une dizaine d'années, on constate une augmentation du phénomène et une diversification du champ d'actions des mouvements sectaires. "On est passé des organisations dites apocalyptiques à d'autres secteurs d'activités comme le développement personnel, la formation professionnelle et le domaine de la santé. Dans ce dernier cas, on voit des gens abandonner des thérapies classiques pour se laisser vendre de la biologie totale des êtres vivants, de la transmission de la lumière ou du respirianisme", un mouvement selon lequel l'homme pourrait se nourrir exclusivement de lumière, poursuit André Frédéric, qui a également présidé le groupe de travail sur les sectes au Parlement fédéral.

Lors de son intervention au colloque, la ministre de la Santé publique, Laurette Onkelinx, a d'ailleurs estimé qu'il "fallait agir contre les 'dérapeutes'", ces personnes "mal intentionnées ou irresponsables qui profitent d'un vide juridique ou de la faiblesse de patients et qui peuvent causer un tort considérable à des personnes fragilisées." Alors que plusieurs émanations de sectes identifiées sont fort actives, notamment, dans le domaine de la psychiatrie et de la psychothérapie, Mme Onkelinx a annoncé le vote définitif, cette semaine, du cadre légal pour l'exercice de la psychothérapie. En France, pays en pointe dans la lutte contre les sectes, on estime que les dérives sectaires dans le domaine de la santé représentent près de 25% de l'ensemble des signalements reçus.

Si le phénomène semble en augmentation, on ne connaît pas avec précision le nombre de sectes actives en Belgique. "En 10 ans, le Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires (CIAOSN) a reçu 1.200 demandes. Mais toutes ces demandes ne concernaient pas forcément des sectes", constate André Frédéric. Par ailleurs, les travaux de la commission d'enquête parlementaire mise sur pied par le Parlement en 1996 et 1997 avaient donné lieu à la rédaction d'un tableau synoptique faisant état de 189 groupes cités par des instances officielles ou d'anciens adeptes lors de ses travaux. Mais il ne s'agissait pas d'une liste noire proprement dite et d'autres mouvements sectaires actifs en Belgique ont pu ne pas y figurer. "On estime que plusieurs dizaines de milliers de personnes en Belgique sont touchées par les dérives sectaires", résume le député fédéral.

Une dizaine d'années après la France, la notion d'abus de faiblesse a été récemment inscrite dans le code pénal belge et permet de faire condamner toute personne abusant de la faiblesse d'autrui, notamment dans le cadre de dérives sectaires. On ignore pour l'heure le nombre de cas dans lesquels cette nouvelle prévention a pu être utilisée par la justice.

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