Paul Magnette: "Que les Allemands augmentent les salaires"

20/09/13 à 10:35 - Mise à jour à 10:35

Source: Le Vif

Le président du Parti socialiste Paul Magnette dénonce le dumping social de nos voisins, qui votent ce dimanche: "L'absence de salaire minimum ronge le modèle allemand".

Paul Magnette: "Que les Allemands augmentent les salaires"

© BELGA

Par Olivier Mouton
En octobre 2010, en pleine crise politique belge, Paul Magnette, alors ministre fédéral, surprenait tout le monde en indiquant qu'en cas d'éclatement du pays, "mieux vaudrait un rattachement à l'Allemagne". Une "maladresse", s'excuse-t-il alors. Une "boutade", précise-t-on aujourd'hui dans son entourage, qui n'avait pas été comprise comme telle. Devenu président du PS, l'ancien professeur de l'ULB spécialiste des questions européennes, ne souhaite plus revenir sur l'incident. Les temps ont changé : la priorité institutionnelle a cédé le pas à l'urgence socio-économique.

Le Vif/L'Express : Le PS belge a souvent été critique à l'égard du modèle allemand alors que d'autres partis voient en lui un exemple à suivre. Quelles sont vos doléances ?
Paul Magnette : L'économie sociale de marché allemande n'est pas un modèle monolithique. Elle a des aspects tout à fait inacceptables pour le PS mais aussi d'autres dont nous pourrions nous inspirer. Côté positif, leur politique de l'alternance : les jeunes de 15-18 ans suivent une formation générale à l'école tout en multipliant les stages en entreprises. Là-bas, c'est une filière d'excellence. Chez nous, cela reste un système de sauvegarde, où les jeunes atterrissent en dernier recours après avoir échoué dans le général ou le professionnel. Autre élément intéressant en Allemagne, les fonds paritaires par lesquels les entreprises et les syndicats financent ensemble des campagnes de formation dans les secteurs. Ils investissent dans le capital humain à travers une concertation sociale très forte.

Par contre, les mini-jobs, les salaires bruts à 8,5 euros de l'heure.. sont inacceptables.

Vous parlez même de dumping social...
C'est aux antipodes de notre modèle social. Soyons clairs, on ne veut même pas en discuter.

L'Allemagne est louée pour ses réformes socio-économiques structurelles sous l'ère Schröder et, précisément, pour son coût du travail moindre. Désapprouvez-vous cela ?
Le PS avait déjà fortement critiqué à l'époque les réformes menées par Gerhard Schröder. L'absence de salaire minimum ronge le modèle allemand. La plainte déposée devant la Commission européenne par le ministre fédéral de l'Economie Johan Vande Lanotte (SP.A) à propos du secteur des abattoirs est éloquente. Ils importent des carcasses de porc de Belgique pour les faire découper par des travailleurs roumains à 1 euro de l'heure avant de nous les renvoyer. C'est le pire du capitalisme européen. Cela ne rapporte même rien à la main-d'oeuvre allemande et ouvre clairement le débat du dumping salarial !

Si la croissance belge s'est relativement bien portée malgré la crise, n'est-ce pas aussi grâce à l'économie allemande dont nous sommes dépendants ?
Notre économie ouverte fait que nous sommes très liés à tous nos pays voisins, l'Allemagne mais aussi la France et les Pays-Bas. Nous avons profité de la croissance de l'Allemagne mais sa situation actuelle se caractérise aussi par une demande intérieure très compressée. Une hausse des salaires serait indispensable pour la redynamiser.

On a également critiqué l'Allemagne pour son manque de solidarité avec les pays du Sud de l'Europe. Est-ce une autre critique que vous formulez ? C'est davantage vrai aux plans rhétorique et de l'attitude que sur le fond. En réalité, ils ont apporté de l'aide, même s'ils la monnayent fortement via les taux d'intérêt. Mais la meilleure chose qu'ils pourraient faire pour aider les autres pays européens, c'est précisément d'augmenter les salaires. Angela Merkel a d'ailleurs compris que c'était une faiblesse pour son parti, la CDU, et elle a commencé à prôner une augmentation, en particulier des bas salaires. Cela réduirait le dumping social et améliorerait les capacités importatrices allemandes.

L'Allemagne doit-elle redevenir le moteur d'une Europe plus fédérale ?
L'Allemagne d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celle d'Adenauer, Schmidt ou Kohl. La rupture, ce fut Schröder. Cette génération n'a pas connu directement la guerre, elle estime avoir payé le prix qu'elle devait en payer. Angle Merkel n'a dès lors plus la même profondeur d'engagement européen.

Votre souhait pour ces élections ?
Comme socialiste, j'espère que les sociaux-démocrates l'emporteront. Mais je suis surtout soucieux de voir évoluer favorablement le débat sur l'augmentation salariale.

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