29/03/17 à 09:59 - Mise à jour à 09:59

Pacte pour un enseignement d'excellence : une nième réforme, pour quels résultats ?

Nos autorités l'affirment, le Pacte d'excellence est finalisé. Une feuille de route non négociable, disent-elles. Et elles renvoient la responsabilité de la mise en application aux enseignants. Les experts ont rêvé... aux acteurs de terrain à atterrir...

Pacte pour un enseignement d'excellence : une nième réforme, pour quels résultats ?

Marie-Martine Schyns retrouve l'Enseignement obligatoire © Belga Image

Nous pensons que le Pacte présente des failles qui en compromettent la réussite. En voici quelques unes essentielles, à notre avis.

  1. Un processus de co-construction ? Les auteurs du Pacte ont choisi de mettre des institutionnels autour de la table des négociations : Pouvoirs Organisateurs, syndicats, parents, experts. Du même coup, ils ont aussi choisi de ne pas y associer les gens de terrain. Or, l'expérience de ces derniers est une expertise en soi et, en conséquence, leur place était à la table des négociations. Les auteurs du Pacte ont, une fois de plus, considéré les directeurs-trices, enseignants-es et éducateurs-trices comme de simples exécutants et non comme de véritables professionnels de l'enseignement. D'ailleurs, le terrain gronde...
  2. Une belle occasion ratée. Les auteurs du Pacte ont confisqué le débat qui aurait dû se mener au sein même des écoles. Les acteurs de terrain ont été privés d'une large réflexion sur l'état de notre enseignement : Qu'est-ce qui fait la qualité d'un enseignement ? Quels sont les freins à la réussite des jeunes ? Comment chaque école se situe-t-elle par rapport à ces problématiques ? Quels objectifs de formation des jeunes et quels moyens peut-on se donner ? Etc. C'était une occasion en or de renforcer, auprès des acteurs de terrain, la conscience de leur mission sociale et éducative. Et de les rendre acteurs d'une réforme indispensable à notre enseignement en déliquescence. Raté. Pourquoi les gens du terrain se mobiliseraient-ils pour changer structures et pratiques s'ils n'en voient pas la nécessité, leurs priorités étant de gérer les difficultés au quotidien ?
  3. Un tronc commun authentiquement polytechnique, effet d'annonce ? Pour plus d'équité, le tronc commun est allongé de 14 à 15 ans. Alors qu'il ne fonctionne déjà pas à l'heure actuelle. Une des raisons est qu'il est organisé par des écoles générales et des écoles techniques et professionnelles dont l'enseignement est forcément influencé par celui qui est proposé dans l'école par la suite. Un tronc commun ne sera véritablement commun que s'il est organisé par des écoles primaires ou des écoles non colorées, c'est-à-dire ni générales, ni techniques et professionnelles. Pas un mot là-dessus dans le Pacte... Aucune réflexion stratégique pour concrétiser cet enjeu essentiel. La pesanteur institutionnelle va jouer à plein et la reproduction sociale, à travers le quasi-marché scolaire qui met les écoles en concurrence, a encore de beaux jours devant elle.
  4. Incohérence. L'interdisciplinarité, tant plébiscitée dans le Pacte et qui pourrait donner sens à l'enseignement, n'est possible que si l'école se décloisonne (travail par projet, autres rythmes scolaires...) or le Pacte prévoit une organisation de l'école... autour des matières comme c'est le cas depuis toujours... Et la réforme des Titres et Fonctions va dans le sens d'une hyperspécialisation et pas d'un décloisonnement. Quelle incohérence et quel manque de vision pour un enseignement du 21 e siècle.
  5. Une mise en application sur 3 législatures. Les premiers élèves qui auront bénéficié de l'ensemble de la réforme sortiront en 2030, soit dans plus de 12 ans. Nous doutons de la crédibilité de mesures qui couvrent 3 législatures, quand on sait le manque de continuité d'une majorité à une autre et quand on sait à quel rythme la société se transforme. Si le Pacte devait constituer, comme annoncé, une vision prometteuse de ce que devrait être un enseignement du 21e siècle, alors il serait urgent que les centaines de milliers de jeunes concernés puissent en bénéficier très rapidement. Mais le doute est permis.

Nos autorités ont, depuis une vingtaine d'années, échoué dans leur mission de conduire avec succès notre enseignement vers plus d'efficacité et d'équité. Nous doutons de la réussite de la réforme proposée par le Pacte, rempli de compromis contradictoires et peu ambitieux, qui ne relèveront pas les défis auxquels l'enseignement est confronté. Nos autorités doivent rendre aux enseignants leur rôle éducatif et leur place d'experts. Un réel pouvoir de décision et d'action rendu aux gens de terrain, sur les objectifs et la mise en oeuvre d'une réforme, constitue une condition indispensable pour faire face aux difficultés et relever la qualité de notre enseignement.

Barbara Dufour, enseignante

Walter Feltrin, entrepreneur

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