Nous consommons, mais à quel prix?

23/10/14 à 15:52 - Mise à jour à 15:52

Source: Belga

Un milliard d'êtres humains souffrent de malnutrition dans le monde et "80% d'entre eux sont des paysans ou des pêcheurs du Sud", révèle la dernière étude du Centre national de Coopération au Développement (CNCD) présentée jeudi à Bruxelles à l'occasion du lancement de sa nouvelle campagne contre les dérives de l'industrie alimentaire.

Nous consommons, mais à quel prix?

Affiche de la nouvelle campagne de 11.11.11. © cncd.be

"C'est le paradoxe de notre société, huit personnes sur dix souffrant de la faim dans le monde sont des paysans ou des pêcheurs du Sud", déplore le secrétaire général du CNCD, Arnaud Zacharie. Les derniers scandales alimentaires, tels que l'"affaire des crevettes thaïlandaises" et les lasagnes à base de viande de cheval, ont mis une fois de plus en lumière un constat alarmant. "Les chaînes de production agro-alimentaires sont aujourd'hui tellement mondialisées qu'elles en deviennent totalement opaques." Sans réellement s'en rendre compte, le consommateur se rend complice des modes de production insoutenables imposés aux travailleurs et, en favorisant la recherche constante du prix le plus bas, nourrit le dumping social responsable de la disparition progressive de l'agriculture familiale.

"La faim dans le monde ne vient pas d'un manque de production", s'insurge Arnaud Zacharie. "Selon les derniers chiffres de l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la production mondiale pourrait nourrir 12 milliards d'êtres humains." Au-delà d'un impact social évident, la mondialisation de l'industrie agro-alimentaire a également un coût environnemental extrêmement lourd. Outre l'usage excessif de pesticides impliquant la pollution des nappes phréatiques et des sols, les circuits longs sont synonymes de transports et donc de gaz à effet de serre. La complexité de ces systèmes de production mènent également à un immense gaspillage alimentaire, estimé par la FAO à 1,3 milliard de tonnes, soit 30% de la production mondiale.

D'un point de vue sanitaire, les scandales alimentaires se succèdent et la qualité de l'alimentation ne cesse de se dégrader. "A l'heure actuelle, il y a autant de personnes souffrant d'obésité sur la planète que de personnes malnutries", souligne Arnaud Zacharie.

La solution pour contrer les multiples dérives de l'industrie agro-alimentaire pour le CNCD? Soutenir l'agriculture familiale et l'agro-écologie, favoriser les circuits courts, garantir la traçabilité sociale des produits commercialisés et enfin imposer à l'agro-industrie le respect des normes sociales. Le débat s'installe depuis plusieurs années.

"On voit de plus en plus d'alternatives liées aux circuits courts", note le secrétaire général. "De plus en plus de grandes surfaces développent des filières 'locales' et indiquent les produits de consommation 'durables'." Si toutes les initiatives sont saluées par le CNCD, c'est néanmoins de l'Union européenne que devra venir un signal fort. "Une directive sur la transparence des informations extra-financières a été adoptée en avril dernier", précise Arnaud Zacharie. Censée obliger les grandes entreprises européennes à aborder les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités dans un rapport annuel, cette dernière à néanmoins été largement affaiblie par les gouvernements nationaux.

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