Aymeric de Lamotte
Aymeric de Lamotte
Conseiller communal MR et avocat
Opinion

22/04/15 à 11:03 - Mise à jour à 13:32

Non, Madame et Monsieur les députés "Ecolo", Excellence ne signifie ni utilitarisme ni inégalité !

Réaction à la carte blanche de Barbara Trachte et Philippe Henry "Education: Non, Madame la Ministre, Excellence ne signifie pas Emancipation" du mercredi 15 avril.

Non, Madame et Monsieur les députés "Ecolo", Excellence ne signifie ni utilitarisme ni inégalité !

Joëlle Milquet, ministre de l'Enseignement (cdH) © BELGA

Dans leur carte blanche du mercredi 15 avril, les députés Barbara Trachte et Philippe Henry tirent à boulets rouges sur les notions d'excellence et d'élitisme. Ils contestent ainsi l'intitulé du Pacte ("Pacte pour un enseignement d'Excellence") présenté par la ministre de l'Education, Joelle Milquet, début janvier dernier. Celui-ci a pour but de réformer l'enseignement pour les dix années à venir. Selon ces élus, l'excellence renverrait à "une vision néolibérale et utilitariste de l'éducation" et serait "tout le contraire d'une vision de l'enseignement à visage humain, qui assure à chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, une formation de base solide et un apprentissage citoyen". Cette opinion fait suite à celle de Bernard Delvaux, sociologue à l'UCL, qui avait déjà critiqué dans la Libre Belgique cet intitulé en ce qu'il "provient du dictionnaire économique et est lié aux notions de management, de compétition "[1]. Il proposait de le remplacer par "Pacte pour un enseignement émancipateur ".

Cependant, il me semble que ce sociologue ainsi que ces députés manquent de profondeur historique et, par là même, se méprennent en brandissant ces notions comme les produits et outils "malfaisants" de la "perfide" main néo-libérale. A distinguer excellence et émancipation, ces messieurs auraient-ils oublié que Condorcet, dans son Rapport sur l'instruction publique de 1792, présentait déjà l'excellence comme pierre angulaire de notre système d'instruction? Il voyait en cette dernière la forme la plus haute de l'égalité. D'ailleurs, comme le souligne le Recteur de l'ULB, Didier Viviers, "Promouvoir l'e?galite?, c'est maintenir la qualite? des enseignements, c'est-a?-dire celle du diplo?me obtenu, qui seul doit assurer les chances professionnelles du diplo?me? "[2]. Dans l'esprit des Lumières, l'excellence et l'élitisme ont, comme but majeur, de favoriser tous les talents, quelle que soit leur origine sociale. Pour le philosophe français, excellence et émancipation de l'individu vont de pair. Il est vrai que, au sein d'une société globalisée de plus en plus compétitive, certains usent de cette notion d'une manière déshumanisante, mais faut-il pour autant jeter Condorcet avec l'eau du bain?

Que signifie dès lors cette conception d'émancipation, de liberté débarrassée de l'excellence? Ce discours contient tous les symptômes d'une idéologie politique gauchisante qui continue inlassablement à confondre égalité et égalitarisme et qui érige l'école uniforme en modèle sacro-saint. Frappez moi ces têtes qui dépassent! Condorcet s'exprime très clairement "contre une égalité qui ne serait que le nom de la haine vouée à l'excellence"[2]. La gauche française (Najat Vallaud-Belkacem, Benoit Hamont,..) incarne à merveille cet égalitarisme à marche forcée à travers des exemples édifiants tels que la mesure de la quasi-suppression du redoublement, du souhait, avant "Charlie", de troquer les notes sur 20 par une "évaluation bienveillante"[3]. En Belgique, nos élites politiques de gauche semblent également embrasser cette dangereuse tendance. Une illustration criante est le décret Marcourt qui diminue le seuil de réussite de 12 à 10/20 dans l'enseignement supérieur. Quant au cdH, à la barre de l'enseignement obligatoire en Belgique francophone depuis plus de 10 ans, il a eu davantage comme souci de peaufiner les statistiques en abaissant sans cesse le niveau que d'inculquer aux enfants les matières fondamentales.

Si le choix de l'intitulé du Pacte me paraît donc des plus adéquat ainsi que les propos introductifs de la Ministre de l'Education soulignant son désir d'améliorer "la qualité " de l'enseignement et son objectif de favoriser " la réussite sans organiser un nivellement par le bas", est-il encore possible de faire mine de croire le cdH sur ce sujet? Peut-on encore placer une once d'espoir dans un parti dont les catastrophiques décrets 'Inscription' ont causé tant d'ennuis aux élèves et à leurs parents? Comment imaginer que le nouveau Pacte remplira son objectif d'excellence alors que les décrets 'Inscription' ont lamentablement échoué à rencontrer leur objectif de mixité sociale? Le cdH a perdu toute crédibilité sur le thème de l'enseignement. En effet, une confiance, ça ne se donne pas, ça se mérite.

S'il faut évidemment lutter contre les taux toujours attristants de l'échec et du décrochage scolaire, une école de l'indifférenciation n'est guère une solution. Bien au contraire, à l'inverse de ce qui a été dit par les députés 'Ecolo', il s'agit bien dans la notion même d'excellence que réside la solution en favorisant sa diversité et en permettant à chaque jeune de développer ses talents. Condorcet remis au goût du jour par Didier Viviers, nous rappelle que veiller à l'égalité, ce n'est pas égaliser les situations, mais faire en sorte d'établir, autant que possible, les conditions de l'indépendance de chacun[2]. Il doit exister une élite des menuisiers comme il existe une élite des mathématiciens et il appartient à l'Etat de la valoriser[4]. C'est ainsi que, les qualifications techniques et professionnelles doivent être mieux valorisées, plus performantes (formations en alternance "écoles-entreprises") et tournées davantage vers les métiers en pénurie. Il faut promouvoir l'intelligence des mains ! Enfin, il est urgent que l'enseignement s'adapte aux métiers de demain (dès 2030) car 60% d'entre eux n'existeraient pas encore aujourd'hui. Ensemble, bâtissons notre enseignement sur le travail et le mérite quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent!

[1] La Libre Belgique, Vendredi 9 janvier 2013, p. 23.

[2] Didier Viviers, Recteur de l'Universite? libre de Bruxelles : "Savoirs et pouvoir, ou la modernite? de Condorcet".

[3] Mis au placard après les attentats terroristes du 11 janvier (cfr. Figaro.fr "Najat Valaud-Belkacem ne veut pas supprimer les notes à l'école" du 13/02/2015).

[4] Natacha Polony, Figaro vox, "Réponse à Claude Lelièvre : "Oui, l'Ecole Républicaine est morte !", 19/02/2014.

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