Jonathan Dehoust
Jonathan Dehoust
Etudiant en sciences politiques à l'UCL
Opinion

16/07/16 à 14:00 - Mise à jour à 17/07/16 à 15:59

"Monsieur le Premier Ministre, retirez notre pays de la coalition internationale"

Pour un attentat ici, on répond par plus de bombes là-bas. Et pour plus de bombes là-bas, eux répondent par plus d'attentats ici. OEil pour oeil, dent pour dent. Des deux côtés, c'est la haine, le sang, la violence. C'est une chaîne sans fin qui détériore notre quotidien à tous.

"Monsieur le Premier Ministre, retirez notre pays de la coalition internationale"

© Image Globe / JULIEN WARNAND

Monsieur le Premier Ministre,

Pour lutter contre le terrorisme, en France comme en Belgique, nous postons des militaires dans les rues, nous perquisitionnons plus facilement, nous gardons à vue plus longtemps. On filtre, ferme, fâche. Nous vous offrons quelques-unes de nos libertés publiques contre plus de sécurité intérieure. Et ce cadeau donné de force, nous n'espérons pas en récupérer même le ruban : nous savons qu'il faudra accepter éternellement la contrainte, "au cas où ça recommencerait", clamerez-vous, vous ou vos successeurs, qu'importe. Le retour en arrière semble illusoire.

Mais malgré le millier d'hommes en treillis dans l'espace public, les moyens supplémentaires accordés aux services de renseignement, l'accès limité aux bâtiments, les discours d'unité nationale : les carnages se répètent sans crier gare et le sang innocent continue de couler. On parle, prie, pleure. Les calendriers se remplissent de dates funèbres. Et ça fatigue. Il n'est pas besoin d'annuler des événements, nous commençons à les éviter nous-mêmes parce que "le risque zéro n'existe pas". Des activités de détente (aller à la plage, regarder un match de foot entre supporters, voir un défilé de la fête nationale) sont désormais synonymes de stress.

Monsieur le Premier Ministre,

Pour lutter contre le terrorisme, en France comme en Belgique, nous participons à la coalition internationale contre Daech avec des bombardements qui n'éliminent pas que des djihadistes et attisent la haine anti-occidentale au-delà des frontières de ce proto- Etat. Et l'Hexagone comme notre plat pays sont aux côtés des Etats-Unis d'Amérique pour mener à bien cette interminable "guerre contre le terrorisme" entreprise par George W. Bush, le même qui a envahi illégalement l'Irak en 2004 et n'a laissé qu'un champ de ruines propice aux extrémismes religieux et au chaos. L'Irak, c'est l'épisode-pilote de la série "Etat Islamique" et Bush junior, dont la place devrait être dans la prison de La Haye, en est le co-scénariste, le co-producteur et le co-réalisateur avec son homologue britannique Tony Blair. Et nous ne pouvons compter sur Hillary Clinton pour mettre un terme à ce feuilleton.

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Je ne souhaite pas devoir m'habituer au sang sur notre sol. Je ne souhaite pas devoir m'accoutumer aux massacres d'innocents.

Politique intérieure sécuritaire, politique extérieure revancharde : c'est la défaite sur tous les fronts. Défaite de la démocratie, de la Raison, de la diplomatie ; victoire du Talion, de l'émotion, de la guerre. En France comme en Belgique.

En tant que démocrate, je respecte votre noble fonction de chef de gouvernement. Ma plume se veut lointaine des discours démagogiques qui pointent du doigt ses avantages et oublient d'en souligner le courage nécessaire à son exercice. Je vous interpelle ici publiquement parce que mon opinion est partagée par une partie de la population et que nous vivons dans une démocratie libérale qui offre la possibilité de vous poser une question et d'espérer une réponse sans l'intermédiaire obligatoire de nos représentants à la Chambre.

Monsieur le Premier Ministre,

Pouvez-vous accepter qu'une politique que vous pensiez juste et légitime se trouve être en réalité mauvaise et irraisonnée ? Pouvez-vous accepter que la loi du Talion à l'échelle internationale soit vouée à l'échec lorsqu'il nous est offert de couper les vivres économiques de Daech avant d'envoyer nos F-16 ? L'argent avant les armes. Le pognon avant les bombes - veuillez m'excuser du terme familier. Je n'ai aucunement la prétention de parler "au nom de l'entièreté du peuple belge" mais je suis persuadé que bon nombre des citoyens de ce pays n'aspirent qu'à vivre en paix : vous décidez pour nous d'une guerre que nous ne voulons pas.

Monsieur le Premier Ministre,

Retirez la Belgique de la coalition internationale contre Daech. Je ne souhaite pas devoir m'habituer au sang sur notre sol. Je ne souhaite pas devoir m'accoutumer aux massacres d'innocents. Je veux que les moments de détente redeviennent des moments de détente. Je ne veux plus que le nom de mon pays soit titré dans le générique de la série Etat Islamique.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Premier Ministre, mes salutations les plus distinguées.

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