"Mons doit devenir une ville libérale"

26/01/12 à 09:46 - Mise à jour à 09:46

Source: Le Vif

Ce jeune loup est un futur grand de la politique belge. En tout cas, il en a l'ambition et ne s'en cache pas. Chef de file du MR montois, à 26 ans, il affrontera Elio Di Rupo aux prochaines élections communales. Interview.

"Mons doit devenir une ville libérale"

© Frédéric Pauwels/Huma

Le Vif/L'Express : En octobre, vous serez la tête de liste du MR à Mons, ville que vous dirigez en coalition avec le PS. Vous présentez-vous avec l'ambition de devenir bourgmestre ?

Georges-Louis Bouchez : J'ai l'humilité de reconnaître que je vis dans une ville où les choses ne vont pas changer du jour au lendemain. Il faut quand même être raisonnable... Il y a de fortes chances qu'Elio Di Rupo reste bourgmestre. Par contre, le but que je poursuis, c'est clairement de faire basculer le centre de gravité politique à Mons. Je vais m'y atteler, même si ça doit me prendre toute ma vie pour le réaliser. L'objectif à terme, c'est que Mons devienne une ville libérale. Bien sûr !

Mons recevra en 2015 le titre de Capitale européenne de la culture. A trois ans de l'échéance, les préparatifs sont-ils assez avancés ?

Dans ce genre de projets, on est toujours en retard... On nous dit que les Jeux olympiques de Londres ne respectent pas le planning. On a dit la même chose pour la Coupe du monde en Afrique du Sud. On y arrivera ! Mons tiendra les délais. La question, c'est plutôt : comment valoriser Mons 2015 après 2015 ? Pour le moment, on a trop tendance à se focaliser sur cet unique objectif : réussir Mons 2015. Moi, je ne veux pas que, le 1er janvier 2016, tout le monde rentre à la maison en se disant qu'on a vécu une belle année et que c'était formidable d'avoir connu ça une fois dans sa vie. Mons 2015, ce n'est pas une fin, c'est un début.

Vous ne cachez pas votre admiration pour Nicolas Sarkozy, alors que tous les sondages le donnent perdant à la prochaine élection présidentielle. Vous ne craignez pas que ça vous porte la poisse ?

Plein de gens me donnent ce conseil : arrête avec Sarkozy, ce n'est vraiment pas une bonne référence. Mais je ne mentirai pas. Dans l'imaginaire collectif, un président, ça doit être quelqu'un avec beaucoup de retenue. Moi, je crois que c'est une conception archaïque, qui ne correspond pas au monde actuel. En 2012, si je vivais en France, je voterais Sarkozy. Malgré les erreurs qu'il a pu commettre, il est pour moi le politique le plus en phase avec le XXIe siècle. On vit dans un monde où tout va très vite. Et donc on a besoin de décideurs réactifs, de gestionnaires de crise. Sarkozy, il a un tel dynamisme que, quelque part, il n'est bon que quand il se trouve au pied du mur. On lui reproche d'être un excité. Mais moi, j'aimerais qu'on en ait plus, des excités.

Vous affichez votre passion pour la formule 1. Que pense le militant libéral du Grand Prix de Francorchamps, maintenu à grand renfort de deniers publics ?

C'est un événement vital pour le rayonnement de la Belgique. Le coût pour la Région wallonne s'élève, je crois, entre 4 et 5 millions d'euros par an. C'est une dépense bien plus utile que nombre de campagnes de communication, par exemple pour promouvoir la semaine de la frite. Spa-Francorchamps, c'est un circuit mythique. Moi, je pense qu'on doit davantage investir dans cet outil, pour qu'il donne le maximum de ce qu'il peut donner. On devrait se battre pour accueillir le championnat du monde moto, et créer un pôle de technologie liée à la compétition automobile.

Organiser le Grand Prix de Belgique une année sur deux, en alternance avec la France, c'est une solution ?

Pour moi, on doit le garder chaque année. Cela rejoint ce que j'ai dit sur Mons. On doit avoir de l'ambition pour notre région. En Belgique, avoir une trop belle femme, c'est mal vu. Avoir un trop beau costume, ça va pas non plus. C'est regrettable...

En 2007, vous déclariez à propos du voile islamique : "Prétendre qu'on vit dans une société ouverte mais interdire aux femmes musulmanes de porter le voile, ou aux homosexuels de vivre leur différence au grand jour, ce n'est pas accepter l'autre, c'est vouloir que l'autre soit comme moi." Vous maintenez ?

C'est une position personnelle. Elle n'engage pas mon parti. Mais je n'ai pas changé d'avis. Quand on a interdit le port du voile dans les écoles, on a dû en même temps interdire la croix autour du cou. Pendant des décennies, on a toléré des signes religieux ostentatoires, mais quand il s'agit de la religion musulmane, là, on fait marche arrière... Le problème, j'en suis conscient, c'est que le voile peut être conçu comme un signe de domination de l'homme sur la femme. Mais ce qui me dérange, c'est que au nom de certaines filles à qui on l'impose, on l'a interdit pour toutes les autres. Vous savez, il y a aussi des garçons qui font pression sur leur copine pour qu'elle porte une minijupe, histoire de frimer. On va l'interdire pour toutes les filles, sous prétexte que certaines sont forcées ? Cela n'a aucun sens. Si on interdit tout choix possible lorsque le choix pourrait être dicté par quelqu'un d'autre, alors on quitte la société libérale. Et l'Etat n'aura plus qu'à dire comment s'habiller de la tête aux pieds.

ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT

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