Aymeric de Lamotte
Aymeric de Lamotte
Conseiller communal MR à Woluwe-Saint-Pierre et avocat
Opinion

18/11/17 à 10:12 - Mise à jour à 17/11/17 à 16:38

Mettons en place les Assises de l'Islam de Belgique

Beaucoup d'experts s'accordent pour dire que le terrorisme serait issu de deux causes : une perte de sens dans nos sociétés consuméristes qui frappent de nombreux jeunes et la présence d'un courant salafiste qui se propose comme une réponse à ce besoin de repères. C'est précisément cette vision rétrograde de l'Islam que nous entendons combattre.

Mettons en place les Assises de l'Islam de Belgique

Inviter les acteurs de l'Islam à expliquer leur vision de la religion et à définir ensemble les grandes lignes d'un islam laïque et démocrate. © THIERRY DU BOIS/REPORTERS

En janvier 2016, un article de fond de la Libre Belgique expliquait qu'une vision rigoriste et traditionnaliste de l'Islam l'emportait jusqu'à présent sur la vision libérale et sécularisée [1]. Un récent rapport de l'OCAM de février 2017 va plus loin en disant que l'Islam radical progresse au détriment de l'Islam modéré. Une des explications est que cette dernière vision de l'Islam a des références intellectuelles moins solides qui peinent à contre argumenter les discours des courants plus identitaires. Plus intégré, l'Islam modéré est aussi logiquement moins prosélyte et plus discret que l'Islam radical.

Le gouvernement fédéral a pris des mesures essentielles depuis 3 ans pour lutter contre l'influence de ce type d'Islam : un meilleur contrôle des mosquées, lutter contre la radicalisation dans les prisons, stopper le financement extérieur de l'Islam en Belgique, le Plan Canal qui a débusqué de nombreuses ASBL liées au terrorisme. Les députés sont enfin unanimes sur le fait de reprendre le contrôle de la Grand Mosquée du Cinquantenaire (actuellement dans les mains des Saoudiens), située en plein coeur de Bruxelles, qui professe une vision rigoriste de l'Islam depuis des dizaines d'années.

L'initiative la plus fondamentale n'a pourtant pas encore été prise : mettre en place les Assises de l'Islam de Belgique c'est-à-dire inviter les acteurs de l'Islam à expliquer leur vision de la religion et à définir ensemble les grandes lignes d'un islam laïque et démocrate. Invitons les musulmans et les politiques à organiser un grand conclave qui réunirait les musulmans de Belgique désireux de tracer les lignes d'un Islam qui se fonderait, comme les religions chrétienne et juive avant elle, dans notre culture belge et européenne. La meilleure manière de combattre l'islamisme est de construire, en opposition, un Islam des lumières, moderne en lui fournissant des bases intellectuelles et doctrinaires solides. Le Centre Citoyen Belge Musulman Laïque, cofondé par Hamid Benichou et Daoud Azam Daimoussi, a déjà commencé ce travail de modernisation de l'Islam et est un exemple à suivre. J'appelle tous les musulmans de Belgique à contacter Hamid et Daoud et à poursuivre le travail de réflexion avec eux.

Lydia Guiroux, dans son excellent livre ""ça n'a rien à voir avec l'Islam" ? Face à l'islamisme, réveillons-nous ! Réveillez-vous !", appelle à la mise en place d'un conclave européen qui enclencherait une réforme salutaire de l'Islam en faisant de l'esprit critique, de la tolérance, de l'égalité entre les hommes et les femmes, et de la séparation du pouvoir temporel et spirituel les principes fondamentaux qui guideront ce renouveau intellectuel et culturel. Elle propose que les sourates violentes, misogynes, antisémites, homophobes y soient déclarées hérétiques.

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Ensemble, bâtissons l'Islam de Belgique et revendiquons-le.

Lydia Guiroux imagine une liste des décisions qui pourraient être prises suite à la tenue de ce conclave/Assises :

  • Les femmes sont égales aux hommes en tout point ;
  • Seules les lois du pouvoir temporel ont force de loi ;
  • La liberté religieuse est fondamentale. Nul ne peut être persécuté ou rejeté en raison de ses convictions religieuses ;
  • L'esprit critique et le savoir sont des vertus pour tout musulman ;
  • La foi est personnelle et se vit dans la sphère privée ;
  • Le port du voile n'est en rien une obligation. Celui de la burqa et du niqab est interdit ;
  • Les fatwas de mort sont annulées ;
  • Les auteurs de fatwas seront jugés et condamnés ;
  • La charia et son apologie sont des crimes ;
  • Les châtiments corporels, dont l'excision et la lapidation, constituent des crimes ;
  • La polygamie et les mariages forcés sont interdits ;
  • Le blasphème et l'apostasie ne sont pas des crimes, et ne peuvent être poursuivis car ils font partie de la liberté d'expression et de culte des individus ;
  • La libre détermination des individus dans leur choix de vie, leurs convictions religieuses, politiques et leurs orientations sexuelles ne peut faire l'objet d'aucune menace, ni persécution ;
  • Les prêches doivent se faire dans la langue du pays ;
  • Une prière de remerciement pour ce pays doit ouvrir chaque cérémonie religieuse.

Je pense qu'aujourd'hui l'islamisme constitue la plus grande menace pour l'avenir de notre tissu social. Seulement, son influence ne diminuera pas sans qu'un Islam modernisé n'élève puissamment sa voix pour le combattre. Les près de 300 personnes qui sont mortes en Europe en 2015 et 2016 à cause du terrorisme islamiste nous obligent à refuser toute ambiguïté.

Ensemble, bâtissons l'Islam de Belgique et revendiquons-le. Et qu'on ne nous dise pas que c'est impossible.

Aymeric de Lamotte

Conseiller communal MR à Woluwe-Saint-Pierre et avocat

[1] Bosco d'Otreppe, "Qui dirige l'Islam en Belgique ?", La Libre Belgique, 30 janvier 2016.

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