Magnette, un faux socialiste à Charleroi

05/03/15 à 10:32 - Mise à jour à 10:32

Source: Le Vif/l'express

Ecrasant souverain de Charleroi, Paul Magnette mise sur l'attractivité urbaine pour redéployer la plus grande ville wallonne. Entre louanges et méfiance, la " méthode Magnette " divise. Premier bilan, après deux ans de mayorat.

Magnette, un faux socialiste à Charleroi

Paul Magnette © Belga

"La situation économique n'est bonne nulle part, mais pire encore ici qu'ailleurs." Paul Magnette ne tourne pas autour du pot pour évoquer Charleroi, qu'il dirige depuis deux ans. Lorsqu'il a récupéré la Ville, fort d'un score historique de 24 220 voix de préférence aux communales d'octobre 2012, elle était en "état de mort clinique". Sécurité, logement, fonction publique, commerces, grands chantiers urbains... "Tout était à l'arrêt. Et tout est plus difficile que je ne le pensais. Pourtant, je ne m'attendais pas à une partie de plaisir..." "Il y a un éternel problème à Charleroi, poursuit Paul Magnette. Les deux tiers des emplois que l'on crée ne profitent pas à des Carolos. Notre plus grand défi sera de réconcilier la géographie économique avec la géographie humaine."

Telle est la ligne directrice que l'universitaire brandit inlassablement devant les acteurs du monde économique depuis deux ans. Résultat : "Charleroi revit, s'enthousiasme Dominique Deliège, ex-président du club d'affaires B4C. La Ville a récupéré un vrai bourgmestre." De son côté, l'asbl Charleroi CentreVille observe un regain d'intérêt. "Une société représentant plusieurs grandes enseignes nous a demandé d'organiser une visite guidée de Charleroi, précise la directrice Sophie Colin. Ce n'était plus arrivé depuis très longtemps." Jean-Philippe Lebeau, président du tribunal du commerce du Hainaut, abonde : "Le retour de la confiance est très perceptible parmi les forces vives. Paul Magnette fédère des acteurs de tous les horizons." Quelques ennemis politiques d'antan lui vouent même une surprenante admiration aujourd'hui : "Objectivement, il est bien présent à Charleroi et surclasse tout le monde."

Adoubé par le parti, Paul Magnette n'a jamais dû bâtir sa popularité depuis le terrain, aux côtés des militants socialistes de Charleroi. L'homme préfère l'estrade à la salle et les livres aux mêlées populaires. "C'est le seul défaut à sa cuirasse dorée", pointe un socialiste notoire. Les réunions de quartier s'apparentent selon lui à un cahier de doléances. Une perte de temps

Par ailleurs, il a fait de la sécurité une priorité majeure, condition sine qua non du redéploiement du centre-ville. Bon nombre de commerçants et d'habitants assurent aujourd'hui que la ville est plus sûre. Le succès des "Opérations Vauban", qui s'attaquent aux incivilités et à la criminalité dans des périmètres précis de la Ville-Haute et de la Ville-Basse, font l'unanimité. C'est loin d'être le cas en revanche pour les règlements mendicité et prostitution, qu'il impose respectivement fin 2013 et fin 2014. "Deux inventions qui ne sont ni appliquées ni applicables", critique Luc Parmentier, chef de file de l'opposition Ecolo. D'après Geneviève Lacroix, coordinatrice générale du Relais social de Charleroi, cette politique complique le travail de terrain. "Notre public est devenu plus volatil. Les mesures ne font qu'occulter le problème social."

Paul Magnette serait-il un faux socialiste à Charleroi ? Le PTB-Go en est convaincu. Dans la maison PS, d'autres s'interrogent également. "Lorsqu'il était président du parti, Paul a dû développer un discours de gauche pour en promouvoir les valeurs. Aujourd'hui, il doit l'adapter à Charleroi pour séduire notamment le monde des investisseurs, dont il semble plus proche." La réponse de l'intéressé corrobore cette observation. "Il n'y a pas grand-chose d'idéologique quand on dirige une commune. La sécurité est la mission première de tout bourgmestre. Et croire qu'il n'y a que des pauvres malheureux dans les rues, c'est une image angélique de la mendicité."

L'enquête dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec notamment :

  • la difficile réforme de l'administration
  • la communication cadenassée
  • les promesses que fait Magnette aujourd'hui

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