Clément Bourdon
Clément Bourdon
Etudiant
Opinion

04/01/17 à 14:38 - Mise à jour à 14:48

Les technologies disruptives : la société à l'épreuve du darwinisme

L'essor des technologies disruptives et du numérique nous place face à une Seconde Renaissance où Michel-Ange, Rafaël et De Vinci ont été substitués par des talents et génies d'un nouvel âge : Steve Jobs, Bill Gates, Elon Musk (CEO Tesla), Mark Zuckerberg. De façon très imagée mais non exagérée, la Silicon Valley est devenue la Florence du XXIe siècle.

Les technologies disruptives : la société à l'épreuve du darwinisme

© Getty Images/iStockphoto

L'innovation 'disruptive' se caractérise par des découvertes scientifiques qui changent radicalement les fondements des technologies actuelles et offre ainsi un nouvel environnement pour développer des technologies entièrement nouvelles, plus performantes et plus compétitives. Le terme 'disruptive' (issu de l'anglais), se réfère à la conséquence directe de ces innovations : la destruction des anciens produits/services rendus obsolètes par l'émergence de cette innovation. Le meilleur exemple en la matière est l'iPhone d'Apple. L'iPhone (et le marché des smartphones qu'il a créé ensuite), a littéralement détruit le marché des téléphones mobiles traditionnels tel que nous le connaissions (qui achète encore un Nokia traditionnel, non tactile, sans accès à Internet ?). La voiture électrique est en passe de produire le même effet destructif sur l'industrie automobile 'traditionnelle'.

Les technologies 'disruptives' sont d'actualité et il est frappant de constater que cette réalité est totalement absente de l'agenda politique en Belgique (que ce soit au niveau fédéral ou au niveau régional). L'adaptation à cette nouvelle réalité constitue sinon un enjeu majeur, la clef pour éviter un désastre socio-économique qui pourrait résulter de l'incapacité de l'Etat d'adapter ses politiques à une société qui a déjà radicalement muté.

Il est ainsi aisé de percevoir les implications des innovations disruptives. Des entreprises ou bien même des secteurs entiers sont d'ores et déjà condamnés. A l'heure des véhicules autonomes, les conducteurs de taxi, bus, trams auront-ils encore une raison d'être ? Idem pour le facteur quand le courrier pourra être délivré par drone. Qu'en est-il de l'interaction entre l'être humain et l'Intelligence Artificielle ? Il incombe aux décideurs politiques d'anticiper la transition entre le Neandertal et l'Homo Sapiens qui s'imposera (très) tôt ou tard. Cette transition ne doit pas être pour autant synonyme de condamnation ou de perte d'emplois. Car au même moment, ce sont de nouveaux emplois, de nouvelles opportunités qui émergent. Le tout est de permettre à chacun de saisir ces opportunités.

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Le pouvoir politique doit-il condamner le progrès ou créer un environnement propice à son développement ?

Cela pose ainsi un faux dilemme au pouvoir politique et derrière lui, l'appareil législatif : les nouvelles technologies doivent-elles s'adapter à un appareil obsolète qui pose un frein à l'innovation (se traduisant par des contraintes voire des sanctions, comme la condamnation de la société Uber par le tribunal de commerce) ou le pouvoir politique doit-il s'adapter à ces nouvelles technologies ? En d'autres termes, le pouvoir politique doit-il condamner le progrès ou créer un environnement propice à son développement et permettant à chacun de saisir les nouvelles opportunités créées par les vagues d'innovation?

Actuellement, le régulateur adopte une logique réactive pour encadrer des faits. Ce n'est qu'au moment que la technologie se présente sur le marché avec les problèmes qu'elle peut amener sur le plan légal et celui de la concurrence (cfr. : Uber et les services de taxi), que le régulateur décide d'intervenir. Au moment où la Belgique condamnait Uber (soit, en 2015), la société offrait aux USA un nouveau service de transport avec des voitures autonomes. Cet exemple démontre le fossé qui existe entre les vagues d'innovations disruptives rapides et l'intervention étatique lente.

Or, à l'heure du numérique, nous ne vivons plus dans un monde de faits mais dans un monde dominé par les données. A l'inverse, le régulateur devrait se baser sur ces données (les statistiques, par exemple). Ainsi, les investissements croissants et la tendance dans un secteur particulier constatés durant une période X permet de prédire à une période X+a que ce secteur va émerger, pour anticiper les problèmes et résoudre la question de la transition entre les nouvelles technologies et les anciennes technologies. Le régulateur doit être proactif et non plus réactif dans un environnement dominé par les données.

L'Etat doit garantir du long terme et de la stabilité. Pour survivre, les acteurs économiques d'hier (que ce soit un géant automobile, la banque, ou l'agriculteur), doivent se moderniser au risque de s'éteindre ou être menacés. D'autre part, il incombe à l'Etat de garantir cette transition qui touche non seulement le secteur économique et emploi, mais aussi celui de la formation (on ne peut plus être formé une fois, à vingt ans, pour toute sa vie).

En 2014, aucun des 4 accords de gouvernement du pays ne prévoyait de politique claire dans le secteur numérique qui était alors une réalité. En 2019, il en sera grand temps, au risque de reléguer la Belgique à un Etat Neandertal.

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