Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

29/03/14 à 07:40 - Mise à jour à 07:40

Les otages, les djihadistes, la Syrie et nous

Le dimanche où François Hollande accueillait, avec un triomphalisme perceptible mais contenu, les quatre journalistes français libérés des geôles de l'Etat islamique en Irak et au Levant - le groupe djihadiste le plus extrémiste de l'opposition syrienne -, Bachar al-Assad souhaitait de joyeuses Pâques à tous les Syriens depuis le village chrétien de Maaloula, soustrait au Front al-Nosra, filiale d'Al-Qaeda, par son armée. Hollande-Assad, même combat ?

Même combat contre l'islamisme radical du "défenseur de la liberté d'information" et du "protecteur des minorités" ? Ces derniers développements en Syrie démontrent, s'il le fallait encore, que l'issue du conflit dépendra aussi de cette implacable guerre des images. Et, à ce petit jeu, il n'est pas sûr que les Occidentaux sortent pour l'instant gagnants.

Dans l'agaçante théâtralisation du retour des otages propre au pouvoir français, le président Hollande n'a guère fait oeuvre de pédagogie sur le tarmac de l'aéroport de Villacoublay. Et peu de Français auront alors soupçonné que libérateurs et ravisseurs faisaient officiellement partie du même camp dans la guerre engagée depuis trois ans contre le régime de Damas. Et pour cause, l'ambiguïté de l'Occident n'incline pas aux efforts de transparence. Il serait pourtant urgent que l'Europe et les Etats-Unis clarifient leur position.

La révélation que certains geôliers pourraient être belges ou français devrait pousser à cette clarification. Il faut se rendre à l'évidence. Les Européens qui ont fait le voyage de la Syrie depuis la révolution populaire de 2011 ont, dans leur grande majorité, rejoint les rangs des plus radicaux des opposants au régime de Damas. Ce constat témoigne de la prééminence de la filière religieuse dans le recrutement des combattants et de la dimension communautaire - sunnite - de cette lutte dans un pays et une région où la cohabitation entre les tenants de l'une ou l'autre branche de l'islam et les chrétiens est déjà fragile.

Sans doute les autorités françaises, belges et européennes, trahies par leurs hésitations et leur méconnaissance de la complexité syrienne, ont-elles, à l'origine, regardé avec trop de naïveté ces combattants sans frontières, partis d'Anvers, Vilvorde ou Paris. La participation à une "guerre juste" pouvait servir de justification à leur engagement armé. Aujourd'hui, le doute n'est plus permis. Ces derniers mois, l'Etat islamique en Irak et au Levant a davantage combattu les autres mouvements rebelles que l'armée régulière, au point que le soupçon grandit que Bachar al-Assad l'épargne dans ses offensives. Le commerce des otages exercé par l'EIIL - jusqu'à 30 étrangers détenus simultanément - devrait finir de convaincre de l'ampleur des crimes de guerre commis. Il est légitime à cette aune que les djihadistes européens revenus de Syrie soient surveillés, poursuivis et, le cas échéant, condamnés pour leurs actes. Mais il faut bien reconnaître que l'élan pour le djihad en Syrie s'est aussi nourri de la lâcheté des Européens.

Prompts à souhaiter que l'opposition renverse le tyran, incapables de la soutenir militairement et désemparés devant son implosion et ses dérives. C'est pourquoi les dirigeants européens ne pourront pas faire l'économie d'une clarification. Qui sont nos alliés en Syrie ? Comment les soutient-on ? Comment les aide-t-on diplomatiquement à atteindre leurs objectifs ? Tout en sachant que dans ce genre de conflits, la partie est forcément inégale. Les démocraties avancent sous le regard de leur opinion publique ; les dictatures (Syrie, Iran, Russie...) décident.

de Gérald Papy

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