Les drones en liberté surveillée

04/04/15 à 10:21 - Mise à jour à 10:21

Source: Le Vif

Ils se vendent comme des petits pains alors que leur usage professionnel était jusqu'à présent interdit. D'ici peu, les drones auront droit de cité dans le ciel belge. Mais le cadre fixé par la prudente ministre Galant mécontente le secteur. Et certains de ses collègues flamands.

Les drones en liberté surveillée

© BELGAIMAGE

Jusqu'à présent, la loi belge interdisait tout pilotage de drone en dehors des terrains de modélisme. Autrement dit, aucune exploitation commerciale ou professionnelle n'était possible sur le territoire belge. La DGTA (Direction générale du transport aérien) pouvait, certes, délivrer des dérogations pour des vols de tests ou de recherches, mais l'administration ne compte que deux personnes pour y répondre. "Autant dire qu'il fallait attendre un certain temps avant d'obtenir une réponse", soupire Emmanuel Prévinaire, administrateur délégué de Flying Cam, la firme liégeoise mondialement connue et multiprimée.

Chez FlyingCam comme ailleurs dans le petit monde belge des objets volants identifiables mais sans pilote à bord, on était las d'attendre. Car pour les quelque 170 entreprises actives dans ce secteur en Belgique, il était urgent que le gouvernement encadre ce type d'activité et le dope même: le potentiel économique est évident, même s'il ne faut pas le surestimer. Un rapport de la Commission européenne n'évalue-t-il pas à 150.000 le nombre d'emplois qui pourraient voir le jour d'ici à 2050 sur la planète européenne du drone?

L'an dernier, il s'est vendu entre 10.000 et 15.000 drones de loisirs en Belgique. On en trouve déjà à 80 euros alors que les plus chers, réservés aux professionnels, peuvent se facturer jusqu'à 50 000 euros. En France, 100.000 aéronefs sans pilote ont trouvé acquéreur en 2014.

Toute une chaîne de professions et de spécialisations est concernée par le développement - ou non - de l'économie du drone: les constructeurs, bien sûr, mais aussi les fabricants et distributeurs d'émetteurs, de GPS, de caméras de tout genre, les spécialistes du traitement des images captées depuis le ciel et tous les utilisateurs professionnels potentiels comme les agronomes, agriculteurs, géographes, distributeurs de colis de type Amazon, services de secours, surveillants de la pollution marine, etc. La liste est longue.

Or en Belgique, le secteur se sent doublement bridé: d'abord par l'interdiction de tout vol professionnel, qui a prévalu jusqu'ici, et par les limites de l'espace aérien disponible. Dans ce petit pays qui est le nôtre, les deux tiers du ciel sont contrôlés par le département de la Défense ou par Belgocontrol, le gestionnaire des routes aériennes, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas accessibles pour des raisons de sécurité. Il est ainsi interdit de survoler Bruxelles, Anvers, Liège, Charleroi ou Ostende, ainsi que toute zone proche d'un aéroport ou de centrales nucléaires.

Pressée par le secteur, la ministre de la Mobilité, Jacqueline Galant (MR), s'est donc attelée à la rédaction d'un arrêté royal sur l'utilisation des drones à des fins professionnelles. Son prédécesseur dans la fonction, Melchior Wathelet (CDH), avait commencé le travail et c'est sur cette base que le nouveau texte de loi s'est construit.

Que contient le nouvel arrêté royal? Selon les informations récoltées par le Vif/L'Express, il prévoit pour l'essentiel d'autoriser des vols de drones professionnels à une hauteur maximale de 300 pieds (90 mètres), à condition que le pilote conserve toujours la vision de son appareil en vol et que celui-ci ait lieu dans une zone autorisée; d'imposer une licence de télé-pilote, accessible seulement aux plus de 18 ans qui auront suivi une formation théorique et pratique obligatoire et passé l'examen médical ad hoc; d'instaurer un registre d'immatriculation et un agrément des appareils; et de sanctionner les pilotes qui mettraient en péril les personnes, les biens ou la sécurité aérienne. Des dérogations restent possibles pour des vols qui ne répondraient pas à ces contraintes de base et qui seraient considérées comme à haut risque, en cas de survol de la foule, par exemple. Elles seront du ressort de la DGTA.

Un accord conclu avec le département de la Défense permettra aux télé-pilotes d'exploiter aussi l'espace contrôlé par l'armée lorsque celui-ci ne sera pas utilisé par les militaires.

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec:

  • la perplexité des entreprises
  • l'Europe plus ambitieusla méthode de travail critiquée
  • l'agacement flamand

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