Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

23/10/14 à 13:49 - Mise à jour à 15:54

Le PS et la médiocrité des vaincus

Dans La fin du courage, la philosophe française Cynthia Fleury déplorait "l'instrumentalisation qui est faite du courage par certains politiques". Parce qu'elle " le vide de sa substance, dans une sorte de forfaiture perpétuelle du langage ".

Le PS et la médiocrité des vaincus

© Belga

Ainsi, "en affirmant qu'ils font ''la rupture'', qu'ils ''parlent vrai'' sans pour autant joindre les paroles aux actes, ce sont les démagogues qui s'approprient le courage." Les mêmes dénoncent, forcément, tout ce que l'adversaire incarne, depuis son existence-même jusqu'à ses convictions, en passant par toutes ses propositions.

Depuis la formation de la coalition suédoise, début octobre, on le constate tous les jours. Ceux qui occupent désormais le pouvoir fédéral ont annoncé à cor et à cris "la rupture" mais n'ont quasiment rien avancé d'inédit, d'audacieux, d'idées réellement innovantes pour relever les défis qui s'imposent pourtant à nous tous depuis des décennies. Et ceux qui l'ont perdu, ce pouvoir fédéral, s'évertuent non pas à mener l'opposition mais à cultiver un climat quasiment insurrectionnel qui n'a d'autre but que la destruction de tout ce à quoi ils ne sont plus partie prenante.

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Le PS qui, avant les élections, mettait en garde - "Nous ou le chaos" - ne recule devant aucun moyen pour saboter la suédoise

La campagne du PS "contre le gouvernement MR/NVA" et en faveur de la manifestation en front commun syndical du 6 novembre en est la dernière illustration en date. Insertions de pages de pub dans la presse quotidienne, vidéos caricaturales à partager, site Internet créé pour l'occasion, mobilisation racoleuse via les réseaux sociaux, dénonciations simplistes... Le parti qui, avant les élections, mettait en garde - "Nous ou le chaos" - ne recule devant aucun moyen, ni dans la forme ni sur le fond, pour saboter la suédoise.

En tapant systématiquement sous la ceinture, en attisant les peurs et les colères, en s'érigeant en gardien unique de la morale, en détenteur de toutes les connaissances, de toutes les vérités et de tous les remèdes, en somme en se présentant comme le seul digne de détenir tous les pouvoirs et le seul à pouvoir légitimement s'indigner, le premier parti francophone incarne de façon hélas éclatante ce que Cynthia Fleury, évoquant l'opinion de Victor Hugo sur Louis-Napoléon Bonaparte, appelait dans son ouvrage de 2010, "l'histrion politique". Celui qui, "en ces temps de la démocratie du spectacle, a tôt fait d'éroder les procédures de vertu et de faire émerger à l'inverse un comportement pronoiaque, ou le contraire de la paranoïa : le sentiment contenté de soi-même, d'un moi se vivant comme clé optimisante du système, apprécié de tous, celui tant espéré et attendu.."

Dès lors, il méprise ceux qui s'opposent à lui ("Pas de sentimentalisme larmoyant", a éructé Paul Magnette aux fonctionnaires de Charleroi qui chahutaient le conseil communal ce 20 octobre, par crainte de licenciements collectifs pour cause d'économies). Mais il en appelle à la mobilisation générale, au nom de "valeurs", de "justice" et de "progrès", pour créer le cataclysme dont il était censé être l'alternative.

C'est pire encore que de la médiocrité. C'est de l'indécence. Les progressistes, les vrais, et ils sont nombreux parmi les militants et les électeurs du PS, méritent bien mieux. Aura-t-on enfin le courage de vouloir le comprendre, dans ses sphères dirigeantes ?

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