Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

24/06/11 à 05:53 - Mise à jour à 05:53

Le doigt sur la gâchette

OUI, PAS DE DOUTE POSSIBLE, LE TEMPS A BIEN suspendu son vol. Disparus, les responsables politiques, évaporés, les francs-tireurs : la Belgique politique somnole. Une pause jugée indispensable avant les nouveaux grands caucus prévus après le 15 août pour démêler l'inextricable sac de noeuds dans lequel nous sommes empêtrés.

Le doigt sur la gâchette

Par Christine Laurent

Priorité à l'institutionnel, certes, mais aussi, plus que jamais, au socio-économique. Après des mois de remous, les citoyens, trop souvent désenchantés, aspirent à la stabilité, même si celle-ci passe, inévitablement, par le changement, un paradoxe piquant ! La stabilité, oui, mais à quel prix ? De fait, si hier, l'Etat ne pouvait pas tout, demain, il ne pourra plus grand-chose. Car, à l'image de toutes les économies occidentales, nous continuons à nous enliser dans l'après-crise. Les marchés sont nerveux, les déficits abyssaux, l'emploi, véritable clé de la relance, stagne. Bref, après vingt-cinq ans de laisser-faire, la maîtrise de la dette devient une priorité, même au pays d'Obama, c'est dire ! Pas simple tout de même, tant pour la droite que pour la gauche. Sur quels leviers agir ? Faut-il ouvrir davantage les cordons de la bourse, au risque de faire exploser les budgets ? Ou freiner drastiquement les dépenses, sous peine de flanquer l'économie par terre ? Où placer le curseur ? Un choix d'autant plus délicat que, malgré un taux de croissance "honorable", la Belgique tire à peine son épingle du jeu. Plus grave, elle recule, tant en matière d'innovations, de créativité, de savoir, avec, pour conséquence, la fuite inquiétante de ses cerveaux dont le talent profitera, hélas, à d'autres plus généreux et plus argentés.

Comment assurer la relance, tout en renflouant les caisses ? Favoriser la production de richesses, tout en résolvant l'épineux dossier communautaire ? Pas à pas et en déployant des trésors d'imagination. Dans la sérénité, aussi. Un pari audacieux. Car, depuis qu'elle s'est fait débarquer du manège des négociations, on dit la N-VA tendue, nerveuse. Pis, la gâchette facile. Surtout s'il s'agit de flinguer le CD&V et son président Wouter Beke. Les kalachnikovs sont prêtes. Reste à trouver la fenêtre de tir. Un jeu d'enfant, tant les discussions fin août s'annoncent tendues et les concessions à faire, explosives.

D'autant plus qu'avec une N-VA en embuscade la marge de manoeuvre du CD&V est plus serrée encore que le chas d'une aiguille. Il y a quelques jours à peine, le ministre des Finances du Nord, le nationaliste Philippe Muyters, tirait une première salve : pas question, pour la N-VA, de laisser filer 1 euro de plus pour les autres Régions que la Flandre. Objectif : donner un premier avertissement au CD&V Kris Peeters, le ministre-président du gouvernement flamand, pour le cas où son parti serait tenté de lâcher du lest face aux francophones. Pour la N-VA, la "grrrrrande Réforme" qu'elle appelle de tous ses voeux devra se faire sans un sou... flamand ! De la pure politique politicienne. Aucune réforme de l'Etat ne pourra jamais satisfaire le parti de De Wever, surtout si celle-ci devait s'ancrer, même à court terme, dans un contexte belge. Ce n'est pas ce qu'il a promis à ses électeurs, comment pourrait-il la cautionner ?

Trois pas en avant, deux pas en arrière... pendant plus d'un an, De Wever a fait illusion. Du Sud au Nord, la main sur le coeur, tous ont chanté la même chanson : jamais sans la N-VA, c'est elle qui, avec le PS, dessinera l'avenir de notre pays. Un mantra sans crédibilité, a dénoncé très vite, pourtant, le politologue flamand Carl Devos. La N-VA a mené tout le monde politique par le bout du nez. Pour le conduire dans une impasse. Pas sûr, tout de même, que c'est ce que voulaient vraiment ses électeurs.

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