Le business trouble des foyers "pirates"

14/10/16 à 08:30 - Mise à jour à 13/10/16 à 18:38

Ces structures commerciales non agréées qui hébergent des personnes qu'on ne peut caser ailleurs voguent dangereusement entre véritable solution et extorsion de fonds des plus cyniques. Alter Échos, média d'analyse des problématiques sociales, revient sur cette problématique aussi complexe que sensible.

Le business trouble des foyers "pirates"

Image d'illustration © iStock

Les foyers dits "pirates" accueillent des personnes qui, parce qu'elles se trouvent à la croisée de plusieurs problématiques (trop ou pas assez malade, trop jeune pour une maison de repos, polytoxicomanes, avec des troubles mentaux non diagnostiqués, etc.) ne disposent d'aucun hébergement. Ne s'intégrant dans aucune des cases du circuit officiel, celles-ci n'ont souvent d'autre choix que la rue ou des lieux qui ne sont pas agréés. Ces endroits aussi appelés SHNA (structures d'hébergement non agréées) ont le mérite d'exister, mais ne sont pas la solution idéale puisqu'ils sont très peu ou pas encadrés. À noter que ces structures sont aussi polymorphes puisque cela va du projet caritatif tenu par des religieuses à des lieux ouvertement commerciaux.

Si le phénomène n'est pas nouveau, il semble prendre de l'ampleur ces dernières années. En 2010, l'offre à Bruxelles s'élevait à 189 lits répartis en 12 structures commerciales et caritatives. En 2014 celle-ci est passée à 312 lits rien que pour les structures commerciales avec des prix oscillant entre 700 à 1.150 euros par mois pour le toit et le couvert, selon Alter Échos. L'appât du gain ne serait pas le seul en cause. Le peu de moyens disponibles pour ouvrir de nouveaux lits dans le circuit officiel, des lits de plus en plus rares en psychiatrie, mais aussi le durcissement des normes en maisons de repos expliquent en partie cette recrudescence. Il n'y a pas si longtemps, il n'était pas étrange de voir des maisons de repos bruxelloises afficher une moyenne d'âge de 40 ans. Mais depuis 2009 des quotas ne permettant que 5 à 10% de "jeunes" comme résidents ont été introduits.

Comme ces structures non agréées sont très peu contrôlées, les dysfonctionnements ne sont pas rares révèle encore Alter Échos. "La frontière entre l'aide aux plus démunis et l'exploitation de la misère est très vite franchie", stipule une étude de la Strada (Centre d'appui au secteur bruxellois d'aide aux sans-abri) sur le sujet. Ces foyers ont souvent un effectif réduit qui risque d'être plus facilement tenté par la solution de la camisole chimique. "Des problèmes de surmédicalisation ont été dénoncés à plusieurs reprises dans des SHNA" précise encore Alter Échos. Néanmoins devant la pénurie sans cesse croissante dans le circuit dit "officiel", il est délicat de fermer ces lieux. D'autant plus que certaines maisons se veulent professionnelles et offrent une indéniable forme de stabilité et de souplesse à leurs résidents. "Ces maisons dites "pirates" bénéficient d'un vide juridique et tant qu'elles n'enfreignent pas les réglementations communales en matière d'urbanisme et de salubrité, elles n'ont rien de condamnable" précise encore le site.

L'affaire du Home Massimo

Jeudi dernier la police judiciaire fédérale et les services sociaux ont fait fermer ce centre non agréé qui hébergeait "46 résidents, essentiellement des personnes sans abri, souffrant de problèmes de santé mentale ou de toxicomanie" selon Belga.

La résidence était infestée par les rats et les résidents, privés de leur carte bancaire, étaient peu et mal nourris pendant que le gestionnaire paradait à bord d'une Ferrari rouge sur Facebook. L'homme en question se trouve aussi être le frère de Madame C.R. Une femme qui semble s'être construit un véritable empire sur la misère humaine précise Alter chos. "Le nom de Mme R. et ses fils apparaissent dans une cinquantaine de sociétés: deux maisons dites "pirates" à Bruxelles (La résidence Laila à Forest et la Forêt à Woluwe-Saint-Pierre), des résidences services, des maisons de repos à Bruxelles et en Flandre, des entreprises de soins à domicile, salons de beauté, etc." Selon Alter Échos elle possède également "un important patrimoine immobilier, dont des appartements qui nous ont été décrits comme étant parfois à la limite de la salubrité et loués à plutôt bon prix. Les personnes vulnérables - ancien sans-abri, ex-détenus, toxicomanes, personnes âgées précarisées - constituent l'essentiel de son "core business". Des personnes qu'elle fait parfois passer d'un établissement à l'autre ou vers ses appartements. "

Si madame R. et ses fils font actuellement l'objet d'une enquête de la cellule traite des êtres humains de la police fédérale, il n'est pas dit que celle-ci aboutisse. En effet malgré de nombreuses plaintes et manquements on est, selon une source syndicale à la CSC interviewée par Alter échos, "devant le profil d'une personne manipulatrice, qui connaît très bien la législation et en joue pour rester dans les limites de ce qui est permis". L'enquête en entier est à lire ici.

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