Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

22/04/11 à 09:17 - Mise à jour à 09:17

Laissons à Mgr Léonard...

A-T-IL DÉFINITIVEMENT VENDU SON ÂME AU DIABLE ? Alors que, pour les chrétiens, la Semaine sainte se veut moment de silence, de méditation, de recueil ou de prière, Roger Vangheluwe a réussi à la transformer en un nouveau cauchemar.

Laissons à Mgr Léonard...

Avec son interview sulfureuse et particulièrement choquante, il a, une fois de plus, joué les pyromanes qui, pour éteindre un incendie, l'arrosent d'essence. Résultat : des mois de tentatives, souvent maladroites, de l'Eglise catholique belge pour redorer son image après les affaires douloureuses de pédophilie, anéantis. Autrefois visage respectable, aujourd'hui face sombre, Vangheluwe, une brebis égarée devenue brebis galeuse, donne de sérieux vertiges et insomnies tant à Mgr Léonard qu'au Vatican. De fait, désormais incontrôlable, l'électron libre, tout à ses "petits jeux" destructeurs, a laissé l'archevêque de Malines-Bruxelles coi. Ecoeurement, dégoût, bouillonnement de l'indignation générale, condamnation unanime, de toutes parts on attendait sa réaction. Las, Léonard s'est fait plus que discret, se contentant, du moins dans un premier temps, de cautionner sans ambiguïté les condamnations des évêques Guy Harpigny et Johan Bonny. La bénédiction papale, une fois de plus, lui faisait défaut. Pas un mot sur la forfaiture, pas de sanction, pas d'opprobre, en effet, du côté de Rome. Vangheluwe n'obéit plus aux injonctions papales, il se joue de la hiérarchie. Pis, il la nargue. Crime mais sans châtiment. Le Vatican en perd, paraît-il, son latin.

Pratique religieuse en berne, crise des vocations, clergé exsangue, l'Eglise catholique va mal. Emu sans doute par ce bien triste constat, le pape lui-même a fait son deuil du catholicisme triomphant, appelant à une "nouvelle évangélisation", dans la veine de Vatican II. Mais nombreux sont les fidèles qui n'ont pas attendu son admonestation pour vivre et partager leur foi hors des structures ecclésiales. C'est à leur rencontre que notre magazine est allé cette semaine. Communautés inédites, associations chrétiennes de cadres et dirigeants, grands rassemblements, groupes de réflexion, réseaux d'aides, blogs... la galaxie catholique belge, en pleine mutation, tisse de nouveaux réseaux de plus en plus actifs autour de projets fondateurs. De fait, le rapport entre foi et fréquentation des cultes a désormais beaucoup changé. "La baisse de la pratique n'a pas entamé le besoin de spiritualité. La foi rayonnante, confiante en l'avenir, attire. Une foi recentrée sur l'Evangile plutôt qu'une foi issue du catéchisme", affirme l'historien des religions Odon Vallet. La proportion de "militants" serait ainsi en nette progression. Face à la pénurie inquiétante des vocations sacerdotales, le rôle des laïques se voit aussi renforcé. "Désormais, entre l'autel et les chaises, le dialogue se fait d'égal à égal", épingle Odon Vallet. Des initiatives qui ne font pas nécessairement l'unanimité au sein de l'Eglise catholique, tant elles remettent en question son fonctionnement entièrement orchestré autour du rôle du prêtre. Mais elles nourrissent un mouvement irréversible, l'esquisse du futur visage du catholicisme tant outre-Quiévrain que dans notre pays. Laissons donc à Léonard ce qui appartient à Léonard et aux nouveaux réseaux cathos ce qui leur revient, même si, de l'avis même de l'abbé Eric de Beukelaer, directeur du séminaire Saint-Paul de Louvain-la-Neuve, "en matière de réseaux et de lobbying cathos, la France a quinze ans d'avance sur la Belgique".

Imaginer un avenir prometteur plutôt que de pleurer un passé révolu, les croyants d'un nouveau monde spirituel ont su ainsi trouver leur riposte face à la "tiédeur" d'une grande partie du haut clergé belge et au climat "cathophobe" qui règne dans notre société. A suivre, sans aucun doute.

Christine Laurent

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