"La désinformation syndicale distille une angoisse inutile"

05/09/15 à 14:58 - Mise à jour à 14:58

Source: Le Vif/l'express

Daniel Bacquelaine, ministre libéral, défend sa réforme des pensions, qui relève à 67 ans l'âge de la retraite. Entretien par Olivier Mouton

"La désinformation syndicale distille une angoisse inutile"

Daniel Bacquelaine. © Belga

Le Vif/ L'Express : Augmenter l'âge légal de la pension : c'est invendable, non?

Daniel Bacquelaine : Pas du tout. Cela part du constat partagé par tout le monde, si l'on excepte quelques marginaux, que le système actuel n'est pas tenable à terme. Le socialiste Michel Daerden disait lui-même qu'on allait dans le mur si on ne fait rien. D'ailleurs, les chiffres sont parlants : la sortie moyenne du travail en Belgique est de 59 ans contre une moyenne de 63,5 ans en Europe, l'espérance de vie est passée de 58 ans à 81 ans depuis la naissance du système, toutes les recherches médicales annoncent une explosion de la longévité et la Belgique est le pays où le taux d'emploi est le plus bas entre 60 et 64 ans. C'est mathématique et tous les pays d'Europe font la même chose, sauf la France.

L'opposition réplique : augmenter l'âge légal à 67 ans ne sert à rien, vous auriez pu simplement prendre des mesures pour augmenter ce taux d'emploi...

J'entends bien l'argument. Je ne suis pas du tout fétichiste de l'âge. Ce sera 67 ans en 2030, 66 ans en 2025, mais je suis beaucoup plus intéressé par la durée de la carrière. Précisons aussi que Di Rupo avait porté la pension anticipée de 60 à 62 ans, nous la portons à 63 ans à partir de 2019, avec des exceptions à 60 ans pour les carrières longues ou les métiers lourds. Si on veut à la fois rattraper la moyenne européenne de 63,5 ans et permettre ces départs anticipés, il faut forcément que certains partent plus tard. C'est inéluctable. Mais que ce soit clair : cela ne veut pas dire que tout le monde devra partir à 67 ans. Et certains pourront même toucher à l'avenir une pension plus importante, supérieure, calculée sur 47 ans de carrière au lieu de 45. Cela a été rarement souligné par l'opposition, ce que je peux comprendre.

Nous devons désormais affiner la réforme. Le Comité national des pensions doit définir les critères pour les métiers lourds, c'est une question de justice. Il faut permettre à ceux qui ont des problèmes de santé ou qui n'ont plus d'aptitude à travailler de partir plus tôt, dans de bonnes conditions, avec une pension suffisamment élevée. La plus grande solidarité de ceux qui sont en bonne santé, c'est de travailler plus longtemps.

Tout est encore possible dans ce débat ? Marc Goblet (FGTB) propose une réduction du temps de travail en fin de carrière pour permettre aux plus âgés d'aider de jeunes engagés...

La façon dont on organise les carrières est un débat majeur et je suis prêt à le relever. Mais il ne faut pas résumer cela à la réduction du temps de travail à la française, sans perte de salaires : c'est purement dogmatique et ce n'est pas acceptable. Je veux mettre en place le concept de pension partielle, pour permettre librement à des gens de continuer à travailler à temps partiel à partir de 63 ans. Cela permet à ces personnes de sortir progressivement du monde du travail et à l'employeur de continuer à profiter de leur expérience. Tout le monde est gagnant. C'est l'autre priorité du Comité national des pensions, qui devra mettre en place la réforme plus globale de la pension à points.

Une nouvelle manifestation nationale est prévue le 7 octobre. Cela vous énerve ?

Les syndicats jouent leur rôle et peuvent exprimer leurs inquiétudes. Là où je suis moins d'accord, c'est quand on verse dans la désinformation, que l'on prétend que l'on va diminuer les pensions, que tout le monde devra partir à 67 ans... Ce n'est pas très responsable. Au contraire, il faut faire de la pédagogie. J'assume ce que je décide, je ne cache pas que l'on travaillera un peu plus longtemps. Mais pas six ou sept ans, comme ils le prétendent : de un an à trois ans au plus, grand maximum. Attention ! Cette désinformation peut être contreproductive pour le bien-être des travailleurs. Cela provoque des inquiétudes inutiles.

L'intégralité de l'entretien dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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