La "danse des musulmans": La presse flamande fustige Jambon

18/04/16 à 11:14 - Mise à jour à 11:29

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la dernière sortie de Jan jambon aura fait grincer de nombreuses dents. Si Charles Michel est monté au créneau pour dénoncer qu'il ne fallait ni verser dans l'angélisme ni dans l'amalgame, la presse flamande n'a elle pas été tendre en mettant en exergue le manque de preuve.

La "danse des musulmans": La presse flamande fustige Jambon

© Belga

Dans Le Standaard, qui est le journal qui a publié l'interview à l'origine de la controverse, les critiques se concentrent principalement sur le flou qui entoure "la part significative" de musulmans qui ont dansé après les attentats.

Le Standaard remarque que ni le ministre, ni son porte-parole n'ont en effet souhaité préciser ce que ce dernier entendait par "part significative". Pas la moindre preuve concrète de ce qu'il avance. Tout juste se borne-t-on à dire que "ces évènements ont existé, mais on ne va pas dire dans quelle rue ou quel quartier, car c'est cela qui serait de la stigmatisation."

Or, selon la presse flamande, en refusant de préciser qui il vise, Jambon jette l'opprobre sur tout le monde.

Jambon est sûr de ce qu'il dit... mais n'a rien pour le prouver

Quand le ministre jette ce genre d'affirmation à la cantonade, il est sûr de ce qu'il dit. Son porte-parole interviewé par le Standaard en est même certain. "Le ministre ne va jamais dire ce genre de choses, s'il n'est pas sûr ce qu'il avance."

Sauf qu'il n'y a pas la moindre petite vidéo sur Facebook ou YouTube qui puisse venir étayer ses dires et que l'information n'est pas confirmée par la police, voire fortement mise en doute. Par exemple par Johan Berckmans, le porte-parole de la zone ouest à laquelle appartient Molenbeek. A sa connaissance, il n'y a pas eu de tel incident dans leur zone. Rudi Vervoort (PS), le ministre-président bruxellois, précise lui qu'un seul fait isolé correspondant aux propos controversés du ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, a été enregistré par les services de police à Bruxelles. "La police locale de Bruxelles-Ixelles a enregistré un fait concernant deux individus qui se sont retrouvés à proximité du domicile d'un des présumés terroristes et ont voulu faire la fête", a détaillé M. Vervoort. Ces deux individus ont immédiatement fait l'objet d'une arrestation administrative par les services de police, a ajouté M. Vervoort. "Il n'y a que ce fait-là qui a été porté à ma connaissance sur le territoire de Bruxelles", a-t-il souligné, faisant remarquer qu'il avait obtenu ces explications au Conseil national de sécurité lorsque le sujet a été évoqué. On ne peut donc pas vraiment parler de "part significative".

Pour être complet, il y a bien ces rumeurs qui indiquent des événements impliquant une dizaine de personnes au petit château précise le Standaard. "Et que certains élèves se seraient réjouis en classe. Mais rien d'officiel" précise encore le journal.

Il n'y a donc pas la moindre preuve de ce qu'avance Jambon.

Un point vu également partagé par De Morgen. Dans son opinion, Bart Eeckhout avance que c'est peut-être la sortie musclée de trop. Qu'on ne peut pas laisser passer ça comme la énième bisbrouille de la rue de la loi. Pour lui, il est tout simplement inadmissible qu'un ministre d'État balance ce genre de chose sans en avoir une preuve tangible. Que c'est justement avec de ce genre phrase qu'il met le feu aux poudres et risque de mettre le pays en danger. Dans une autre opinion, le professeur de la KUL, Marc Van Ranst, dit qu'on ne peut accepter qu'un ministre fédéral lance des propos à ce point racistes et gratuits.

Le tollé provoqué par ses propos étonne tout de même le journal De Standaard, qui précise que le ministre avait déjà tenu un tel discours et même encore plus précis lors de la conférence du centre d'information et de documentation d'Israël qui s'est tenue à La Haye le 30 mars. Il y aurait dit "Le jour des attentats de Bruxelles, dans certains quartiers de Bruxelles il y avait des fêtes en rue. Pas des fêtes de deuil, non des fêtes de rue." La vidéo est à voir ici.

Les deux vice-premiers ministres flamands ne sont pas plus tendres, car pour eux aussi une petite minorité n'est pas comparable à une part significative. Pour Alexander De Croo (Open VLD) on doit se méfier des amalgames et pour Kris Peeters (CD&V) "il n'est pas sage de polariser le débat". Interrogé à son tour lundi matin, le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), a confirmé les propos de M. Peeters, tout en cherchant à calmer les choses. "Je crois que tout le monde en ces temps difficiles a droit à ses petites erreurs, mais il faut éviter de polariser davantage, l'unité fait la force", a-t-il commenté.

On pourrait s'attendre que lorsque le ministre de l'Intérieur balance ce genre de choses il agrémente tout cela de chiffres, dit la présidente des verts Meyrem Almaci. 'Il y a effectivement un problème de radicalisation. Mais alors il faut être précis. Soit il bétonne son propos, soit il s'excuse" trouve-t-elle.

Pour le porte-parole de Jambon on accorde trop d'importance au mot significatif . "Nous voulions surtout dire que c'était riche en sens" dit-il encore au Standaard...

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